Une piste pour la réforme régionale

Puisque le gouvernement persiste à croire qu’il vaut mieux parler de la taille et de la forme des régions avant que de parler de leurs compétences, faisons contre mauvaise fortune bon cœur.

Tout le monde sauf peut-être une partie de l’entourage du président de la République est persuadé de l’impossibilité de la carte à 14 régions dont cette monstrueuse région « vole-terre », ainsi surnommée puisque les trois personnalités importantes de ces trois régions (Holland pour le Limousin, Royal pour Poitou-Charentes et Sapin pour Centre) sont issues de la même promotion de l’ENA, Voltaire.

Partant de là, chacun y va de son petit schéma. On aura tout vu et tout entendu, du plus subtil comme le dossier Onesta (du nom de cet élu de Midi-Pyrénées qui en a piloté les travaux) au plus stupide comme la proposition faite par des élus bretons de fusionner Bretagne et Pays de Loire mais de mettre en place une Assemblée de Bretagne qui ne reprenne que les 4 départements bretons auquel s’adjoindrait le département de Loire-Atlantique. Dans le genre simplification administrativo-politique, on a trouvé mieux, franchement.

Tous les critères ou presque ont été essayé : l’attractivité économique (effet métropolitain), la géographie, l’histoire, les habitudes, sauf peut-être un l’intuitu personnae.

En effet, on est d’une région non parce qu’on nait de cette région mais parce qu’on sent y appartenir. Il y a certes les vieilles régions où histoire, géographie et attractivité des centres économiques se sont plutôt harmonieusement combinés pour créer presque spontanément un sentiment d’appartenance.  Et puis, il y a les autres, celles à qui 30 ans de décentralisation n’ont pas suffi pour créer un sentiment fort d’appartenance.

Une enquête menée par LH2 pour la PQR du 19 au 24 juin donne les résultats suivants concernant l’attachement des habitants à leur région

Bretagne :90%

Alsace : 84%

Nord-Pas de Calais : 81 %

Provence-Alpes-Côte d’Azur : 80%

Midi-Pyrénées : 79%

Auvergne : 79%

Poitou-Charentes : 78%

Lorraine : 77%

Basse-Normandie : 77%

Languedoc-Roussillon : 76%

Rhône-Alpes : 74%

Limousin : : 72%

Bourgogne : 72%

Aquitaine : 71%

Franche-Comté : 71%

Haute-Normandie : 70%

Champagne-Ardennes : 70%

Centre : 67%

Picardie : 66%

Pays de Loire : 65%

Ile de France : 62%

Le premier constat qu’on peut faire, c’est qu’aucune région ne peut dire que ses habitants ne l’aiment pas. Mais « être attaché » à sa région n’est pas forcément un sentiment fort d’appartenance. On peut l’être faute de mieux, c’est vraisemblablement ce que veulent exprimer un certains nombre de Ligériens, de « Centriens », voire d’« Ardenno-Champenois». Le cas des Picards est peut-être différents : si les habitants de l’Oise ont un fort tropisme francilien, on peut penser que ceux de la Somme se sentent plus d’une affinité avec les Montreuillois, ou même les Boulonnais et ceux de l’Aisne avec la Thiérache et le Cambrésis.

Si donc on essaie de fonder un découpage sur cette base d’adhésion, il ne faut surtout pas toucher aux régions de forte adhésion, Bretagne, Alsace, Nord-Pas de Calais, PACA, Midi Pyrénées, Auvergne.

A l’inverse les régions de moindre adhésion Pays de Loire, Centre, Picardie, Champagne-Ardennes ne sont pas à ce point cohérentes qu’on ne puisse toucher à leur intégrité. Pour des raisons différentes l’Ile de France et la Haute-Normandie ne sont pas concernées, l’une parce qu’elle est trop grande, l’autre parce qu’elle manifestement une anomalie politico-administrative. Mais que peut-on en faire ? Les découper. Pourquoi pas ?

Quitte à avoir une région parisienne hypertrophiée, il ne serait pas malséant d’y rattacher l’Oise qui sociologiquement et économiquement est déjà francilienne. Le reste de la Picardie se sentira d’autant plus à l’aise  d’être rattaché au Nord-Pas de Calais avec lequel il est en continuité géographique, culturelle et historique. Economiquement, cela se discute. Et tant qu’à faire et parce qu’il y a une forme de continuité entre l’Est de l’Aisne et les Ardennes, y rattacher ce département qui de toute façon se sent mal aimé de la Champagne.

Mais alors que faire de la Champagne ? La rattacher à la Bourgogne ? Cela aurait peut-être une cohérence historique mais aussi bien la Bourgogne que la Champagne ont eu des frontières tellement mouvantes au cours des siècles qu’il reste aléatoire de se servir de ce critère pour les regrouper. Pour le reste, géographie, culture, économie, il y a peu d’atomes crochus, sans compter que mettre Champagne et Bourgogne ensemble pour un œnologue, c’est un peu un crime. Et si pour parler comme les nouveaux économistes, on considère que certaines régions sont des marques, incontestablement « Champagne » et « Bourgogne » sont deux marques solides et mondialement connues et en terme de marketing ce serait une hérésie de mettre ensemble deux marques aussi connues . Alors rattacher la Champagne à la Lorraine ? C’est déjà plus cohérent géographiquement et même économiquement. Les grandes voies de circulation vont plutôt dans ce sens.

Reste le cas des Pays de Loire et du Centre. Si les habitants de Loire Atlantique développent une adhésion plus forte à la Bretagne pourquoi faudrait-il les retenir de force ? Historiquement, culturellement, économiquement, cela se tient. Il faudra cependant ensuite gérer l’équilibre d’un territoire qui aura la particularité d’avoir trois métropoles. Et tant qu’à découper cette région Pays de Loire, constatons en semble que Laval et la Mayenne regarde déjà plus vers Rennes que vers Nantes..Mais que faire du reste de la région ? Le Nord de la Vendée regarde vers Nantes mais le Sud a déjà un pied dans les Charentes. Un rattachement de ce département à une région devenue cohérente comme Poitou-Charentes ne serait dès lors par inconvenant. Les autres départements, Sarthe exceptée, sont dans le Val de Loire. Avec l’intégralité de la Région Centre, il pourrait constituer justement un ensemble géographiquement, historiquement et économiquement cohérent qui s’appellerait justement « Val de Loire » et puisque la mode est aux « Régions-marque », c’est sur que Val de Loire est  une marque mondialement presqu’aussi connue que Champagne ou Bourgogne.

Du coup que nous reste-il ?

Deux Normandies qui ne demandent qu’à fusionner.

Une Bourgogne et une Franche-Comté qui au niveau de leurs exécutifs régionaux ont déjà dépassé le stade du flirt poussé

Un Limousin orphelin dont il serait temps de se rappeler qu’il fait géographiquement partie du Massif Central et qu’un mariage avec l’Auvergne ne serait pas contre nature. Cette région Massif Central pourrait d’ailleurs récupérer le Morvan, donc la Nièvre qui ne se sent pas forcément à l’aise dans une Bourgogne qui lui est étrangère.

Un Languedoc-Roussillon écartelé entre la Catalogne  au sud à partir de Perpignan et la Provence à l’Est à partir de Nimes. Un mariage de raison avec Midi-Pyrénées qui malgré son nom improbable semble mieux admis de ses habitants ? Montpellier est une trop vieille métropole pour l’accepter. Mais peut-être que, nécessité faisant loi, l’attrait de la riche voisine suffira.

L’Aquitaine reste donc seule. La marier dans un grand arc atlantique avec Poitou-Charentes, augmenté de la Vendée. L’idée est séduisante…sur le papier. C’est pas la Guyenne, C’est pas la Saintonge. Ça n’a donc aucune cohérence historique mais cela a au moins une unité géographique, le littoral et ces régions ont l’habitude de travailler ensemble sur ces dossiers là

Voilà tout le monde est casé ? Et non, il reste la Sarthe qui sera libre de choisir son destin.

Donc cela donnerait du Nord au Sud

Une grande région Nord-Picardie amputée de l’Oise et augmentée des Ardennes

Une grande région Champagne-Lorraine amputée des Ardennes

Une petite région Alsace

Une grande région Normandie reconstituée

Une grande région Bretagne augmentée de la Loire Atlantique et de la Mayenne

Une grande région Val de Loire composée de la Région Centre, du Maine et Loire et de la Sarthe (j’ai provisoirement choisi pour les Sarthois !)

Une très grande région Ile de France augmentée de l’Oise

Une grande région Massif Central composée de l’Auvergne, du Limousin et de la Nièvre

Une grande région Bourgogne Franche-Comté amputée de la Nièvre

Une grande  région Arc Atlantique composée de Poitou-Charentes augmentée de la Vendée et de l’ Aquitaine

Une région Rhône-Alpes inchangée car c’est déjà une grande région

Une région PACA inchangée

Une grande région Roussillon et Midi-Pyrénées

Si on rajoute la Corse, cela fait pile poil 14 régions. Ce n’est pas plus absurde que le découpage Hollande. Cela a le mérite de conserver intactes les régions à forte personnalité (fort taux d’adhésion des habitants) et de rattacher les zones un peu moins ancrées dans le cœur de leurs habitants à des zones de plus forte adhésion, en espérant l’effet de contagion.

Ceci n’est donc que le 2.374° schéma de découpage territorial en attendant les suivants.

Mais au fait des régions pour faire quoi ? Et comment fonctionneront-elles ? Avec quels moyens ? Avec quel exécutif ?

Comme ce n’est pas dans le projet de loi en discussion, pourquoi voulez-vous donc que j’en parle ?

PS : ne commencez pas à vous déchaîner pour critiquer mes propositions. Il ne s’agit que d’une pochade destinée à dénoncer la façon absurde dont on mène actuellement le débat.

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