Les miracles de l’économie circulaire ?

Pour ceux qui ne le savent pas encore, le principe de base de l’économie circulaire est que « les sous-produits (on dit aussi les co-produits pour ne pas les vexer) d’une activité sont la matière première d’une autre activité, tout aussi lucrative et utile que la première, du moins l’espère-t-on.

Il y a deux ou trois ans j’avais déjà été intrigué par une usine de fabrication d’andouille d’Ille-et-Vilaine qui tentait de valoriser ses graisses excédentaires en les utilisant pour produire l’énergie-chaleur nécessaire à la fabrication de cette succulente charcuterie.

Maintenant, on est en train de passer au stade supérieur et ce sont des véritables usines qui sortent de terre, comme nous le montre le reportage ci-dessous (si vous arrivez à y accéder, je vous recommande la vidéo de 5 minutes qui y est incorporée)

http://www.actu-environnement.com/ae/news/biocarburants-dechet-viande-20375.php4#video&xtor=ES-6

Les déchets de viandes trouvent un nouveau débouché en France dans les biocarburants

Je regrette évidemment qu’on continue à appliquer à ces carburants le qualificatif de « bio » qui s’il est étymologiquement correct reste sémantiquement très suspect. Pour les agro-carburants de la première génération, la question ne se posait pas trop puisqu’il s’agissait de la valorisation directe de production agricole « ad hoc ». Ici c’est plus compliqué puisqu’il s’agit de valoriser ce qui ne peut pas l’être directement dans une production agricole mais bien d’un processus industriel autonome dont la source est, qu’on le veuille ou non, de la biomasse ou si vous préférez une matière organique. Le problème sémantique, lié au préfixe bio, qui dans la représentation collective est assimilé de plus en plus à alimentation bio, donc saine, est donc ici plus difficile à résoudre. C’est pourquoi je suggèrerais qu’on appelât ces carburants des organo-carburants. Ce terme pourrait également s’appliquer aux carburants qu’on finira bien par produire à partir des déchets ligneux et autres sous-produits de l’entretien des cultures ou à ceux qu’on produit déjà à partir des micro-algues.

Cette question sémantique réglée, à mon niveau du moins, intéressons-nous d’un peu plus près à ces  esters et  glycérine produits à partir des déchets non consommables de viande. Que cela finisse ainsi plutôt qu’en farine animale est déjà un progrès. Que cela fournisse un complément de carburant plutôt que d’être tout simplement brulé dans les chaudières des équarrisseurs, cela mérite déjà plus d’attention et nécessite qu’on vérifie que le bilan énergétique global des deux filières soit fait le plus objectivement possible. En effet, si la prouesse technique de transformer des déchets de bovins en carburant proche des hydrocarbures par ses performances est en soi intéressante, il n’est pas sûr que cela soit d’un grand intérêt économique. En effet, les agro-industriels nous avaient fait miroiter dès les années 90 que le colza et autres plantes oléagineuses étaient l’avenir énergétique de la France. Or force est de reconnaitre que le bilan énergétique global est plus que mitigé dès lors qu’il fat consommer presqu’autant d’énergie pour produire ces carburants que l’énergie que ces carburants sont capables de restituer à travers les moteurs à explosion dont nous disposons. Compte tenu de la complexité du processus décrit, ne peut-on pas craindre le même bilan. Evidemment, cela plomberait singulièrement les perspectives de développement de cette filière. Toutefois, il y a une différence majeure entre ce processus et celui qui permet, à partir de colza ou de tournesol cultivés d’aboutir à un carburant utilisable seul ou combiné avec un hydrocarbure d’origine fossile . Dans ce dernier cas, on a soustrait des terres agricoles à la production alimentaire pour faire de l’énergie, mais si peu. Dans le premier processus, la même énergie, c’est-à-dire peut-être pas grand-chose quand on fera le bilan final, est produite à partir de quelque chose dont on aurait rien fait autrement et c’est justement cela qui fait la différence. Il n’y a pas substitution d’usage mais complément de production et c’est en cela que le concept d’économie circulaire peut être considérer comme un cercle vertueux.

Ce n’est peut-être pas l’exemple le plus probant en la matière mais il méritait quand même d’être mis en exergue ne serait-ce que pour montrer que la seconde génération d’organo-carburant est bien plus intéressante que la première, n’en déplaise au PDG de Soprofitéol. Evidemment si le bilan énergétique global du processus de transformation des graisses animales en organo-carburants se révélait négatif, notamment du fait du bilan transport pour collecter toute cette masse de graisse ultime, mon raisonnement serait différent et il s’agirait là plus d’un joli coup de greenwashing que d’une nouvelle boucle d’économie circulaire.

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