« Non à l’écologie qui bride l’économie ! » C’est un faux débat, madame !

En stigmatisant « l’écologie » la secrétaire départementale de l’UMP du Finistère  se trompe de débat. Ce qui est en cause, ce n’est pas l’écologie, c’est bien l’économie dont on
s’aperçoit mois après mois qu’elle est de moins en moins au service des hommes. En réponse, on a envie de dire et c’est ce que les écologistes disent d’ailleurs : « Non à l’économie qui brise les hommes ! »

Illustration ci-dessous

S’engouffrant dans la brèche ouverte par la reculade des socialistes, la secrétaire départementale de l’UMP, par ailleurs membre des instances dirigeantes nationales de l’UMP a cru bon d’en profiter pour régler ses comptes avec les écologistes. Mais elle se trompe de combat et ce pour plusieurs raisons, des raisons politiques politiciennes mais aussi des raisons de philosophie politique.

Commençons par la politique politicienne et son cortège de polémiques

1° Raison : La taxe Poids Lourds n’est pas une taxe écologique

Telle qu’elle est conçue, la Taxe Poids Lourds n’est pas un impôt écologique, si tant est que cette expression « impôt écologique » ait un sens. En effet, la TPL n’est jamais qu’un impôt de plus prélevé qui plus est par un opérateur privé, qui évidemment, comme les Fermiers Généraux de l’Ancien Régime va s’engraisser sur la bête. Pour qu’elle ait un sens, cette taxe aurait dû dans le contexte actuel se faire à coût nul pour les entreprises, par exemple en allégeant le coût du travail, puisque c’est ce qui pose réellement problème aux entreprises car contrairement à ce que voudrait nous faire croire madame Le Brun, les écologistes ont une vision de la fiscalité qui n’est pas punitive mais pédagogique. Je développe un peu. Puisque le diesel est mauvais pour nos poumons, pour la planète et que les réserves de pétrole ne sont pas extensibles, il faut en réduire l’usage. Et comme les dirigeants d’entreprises sont des gens rationnels, le meilleur moyen de les inciter à réduire l’utilisation d’un moyen de production (ici le transport routier), c’est encore d’en augmenter le coût. Comme d’un autre côté, les mêmes chefs d’entreprises, avec le même raisonnement, réduisent l’emploi et que cela rajoute de la crise sociale à la crise économique, la logique veut qu’on réduise le coût de l’emploi. C’est une piste à creuser. Elle a été ouverte par le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi qui manifestement a été aussi mal pensé que la TPL. En modifier les règles d’accessibilité, exiger des contreparties et moduler sa mise en œuvre en fonction des secteurs d’activité ou des régions, voilà des pistes qui mériteraient d’être creusées et qui débrideraient l’économie en respectant les hommes et leur environnement.

2° Raison : La Taxe PoiidsLourds est une taxe UMP

Madame la secrétaire départementale de l’UMP, membre des instances dirigeantes de l’UMP semble avoir oublié que cette taxe a été conçue par un membre du gouvernement UMP et mise en œuvre par un autre membre du même gouvernement UMP. Ce que certains découvrent, avec une stupeur hypocrite, c’est que le système conçu entre 2009 et 2012 est particulièrement pervers. En effet, la machinerie était parait-il tellement complexe que l’Etat ne pouvait pas la mettre en place. On a donc confié à un consortium privé le soin de prélever cette taxe et celui-ci, quoiqu’il arrive devra être payé. Cela rendait évidemment inéluctable sa mise en œuvre. C’est ce qu’on fait les socialistes sans plus regarder dans le détail le texte réglementaire publié par le gouvernement UMP entre les deux tours de la présidentielle.  Et voilà maintenant que notre dirigeante UMP vient nous dire qu’elle était contre, qu’elle a toujours été contre. Pourquoi ne l’a-t-elle pas dit dès 2008, mais c’est vrai qu’à l’époque, elle n’était au mieux que la petite maire d’un chef-lieu d’arrondissement et qu’elle a dû avoir peur de se faire taper sur les doigts par le Grand Patron. Cela dit, elle avait l’occasion en mars 2012 de lui dire son opposition quand elle l’a accueilli, non pas dans sa Mairie, devant laquelle manifestait un peuple en colère, mais sur les hauteurs de la ville. Peut-être cela eut-il  permis de retenir le funeste stylo qui signa ce décret de mai 2012 qui permit la mise en œuvre de cette pantalonnade fiscale. En distrayant 23% du produit d’une taxe, on bride plus sûrement l’économie sans bénéfice ni pour l’environnement, ni pour les salariés, ni même pour les entreprises, sauf bien sûr celles du consortium. Mais peut-être est-ce cela qu’elle appelle « l’économie » ? J’en doute quand même.

Et puis il y a des raisons de philosophie politique

3° Raison : L’économie est au service des humains et non l’inverse

Justement venons-y à cette économie que paraît-il l’écologie briderait. L’économie, dans l’esprit des écologistes du moins, n’a de sens que si elle apporte un réel meilleur-être (qui ne se limite pas au confort matériel, encore moins au toujours plus de richesses). Or nous constatons depuis des décennies en Bretagne que notre environnement ne cesse de se dégrader, en commençant par l’eau de nos rivières mais aussi par une détérioration croissante de la qualité de nos paysages pour ne prendre que ces deux exemples.  De plus, nous constatons hélas depuis quelques mois que cette économie-là ne parvient même plus à fournir à toutes les femmes et tous les hommes un revenu suffisant. Une économie qui rejette sur le bas côté des travailleurs par centaines n’est pas une économie humaine. Si c’est celle-là que l’écologie bride, ce n’est pas grand mal. Si maintenant la bride vient de la réglementation, comme le soutiennent ceux-là même qui ont largement contribué au grand gâchis social que nous constatons maintenant, il convient de se poser la question de l’origine de cette réglementation. Le plus souvent elle part du constat que les règles du « bien vivre ensemble » sont largement bafouées par certains et qu’il convient d’y mettre des limites. Tout l’art en l’occurrence est de trouver où se trouvent ses limites et comment on les met en œuvre. Mais jeter le bébé avec l’eau bain, vous allez un peu vite, madame Le Brun. Mais demander à desserrer une réglementation dont on se rend compte qu’elle ne suffit déjà pas à réduire les troubles écologiques, ce n’est pas débrider l’économie, c’est « brimer la planète », mais cela est une question de philosophie politique et depuis des mois, nous savons que nous n’avons pas la même philosophie sur beaucoup de points.

4° Raison : gouverner c’est prévoir

Votre économie, madame la secrétaire départementale de l’UMP, est une économie de courte vue, qui regarde le monde dans son rétroviseur. Au début des années 70, ceux qui ont conçu le modèle économique breton l’ont fait en rupture avec le modèle existant et en regardant vers l’avenir, vers l’an 2000 et ils ont eu raison. Mais l’an 2000, maintenant c’est hier et en 40 ans il y a beaucoup d’eau qui a coulé sous les ponts. Quand on est pionnier, il faut s’attendre à être un jour ou l’autre rattrapé par la horde des imitateurs. C’est ce qui est arrivé à des pans entiers de l’économie bretonne. Regardons donc plutôt vers l’avenir. Vous avez raison sur un point, madame Le Brun : la Bretagne est une péninsule de plus de 300 kilomètres de long et le regretter ne changera rien à l’affaire. Est-ce à ce point une tare qu’il faille exiger un assistanat permanent. A ce que je sache la Grande-Bretagne n’a jamais exigé que son statut insulaire lui vaille un statut dérogatoire. La géographie existe, on ne peut rien contre. Prenons-là au pire comme une contrainte, au mieux comme une opportunité et de ce point de vue les fondateurs de BAI avaient raison de penser que leur avenir était en partie sur l’eau. Et comme gouverner c’est prévoir, gardons à l’esprit que les plus hautes autorités en matière d‘énergie nous annoncent une énergie chère. Comme l’énergie est le facteur-clé du transport, il faut se préparer à ce vrai choc énergétique. Ce qui est vrai pour l’énergie l’est aussi et encore plus  la qualité des eaux et des sols, ce qui dans une région dont la vocation agricole n’est remise en cause par personne peut se révéler problématique. C’est justement parce qu’ils pensent aux générations futures et qu’ils essaient d’avoir une vision globale de la situation que les écologistes pensent et prônent qu’il faut réglementer aujourd’hui de peur que d’autres interdisent demain, les activités qui font la richesse de notre région.

Enfin, madame Le Brun, vous vous êtes trompé de débat en vous trompant de cibles. En attaquant « l’écologie qui bride l’économie », vous pensiez attaquer un parti politique avec lequel vous êtes en désaccord et qui appartient (encore) à un gouvernement que vous combattez. Mais  en attaquant cette « écologie qui bride l’économie », vous montrez du doigt en fait des centaines d’associations qui regroupent des dizaines de milliers de citoyens en Bretagne dont l’objectif essentiel est que nous ne laissions pas à nos enfants une planète en moins bon état que nous l’avons trouvé et qui espèrent même que par leurs actions, ces mêmes enfants vont contribuer à leur tour à rendre meilleure cette planète. Et pour cela, ils trouvent VRAIMENT que certains vont trop loin et qu’il faut VRAIMENT qu’on limite leur capacité de nuisance.

Et comme je le disais, tout l’art de la réglementation est dans son application et donc dans l’écoute réciproque

Mais ce n’est pas en lançant ces anathèmes contre un courant de pensées  que vous ferez avancer les choses et j’ai bien peur que, ainsi, nous devions à notre tour dire « non à l’économie qui brise les hommes », « non à l’économie qui brime l’avenir de nos enfants ».

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