Quelques mensonges autour de la « Taxe Poids Lourds »

Tout d’abord rappelons quelques vérités

Une fois de plus la mise en œuvre de la taxe sur les véhicules de transport de marchandises est reportée à des jours meilleurs Et c’est un peu plus du Grenelle de l’Environnement qui se détricote.

Il faut dire qu’au départ, il y avait une bonne idée : renchérir le mode de transport le plus polluant pour inciter les entreprises à modifier leurs habitudes en matière logistique. Le schéma était gagnant-gagnant puisque de ces discussions du Grenelle chacun était sorti avec une façon d’utiliser cette ressource  budgétaire. Pour les uns, cela se traduisait par des moyens supplémentaires pour développer des modes de transport des marchandises plus écologiques , le fret ferroviaire, les transports fluviaux ou le cabotage. Pour les autres, cela voulait dire la suppression concomitante d’une autre taxe.

Puis les choses sont allées vite. Il y eut d’abord dans la loi de finances de  2007 la création, sur le papier, d’une taxe sur les véhicules de transport de marchandises, création qui n’eut aucune suite. C’est pourquoi il y eut en 2009  la loi Borloo, du nom de son auteur, ministre du gouvernement de François Fillon, Premier Ministre du Président Sarkozy. Cette loi  n’eut son décret d’application qu’en pleine campagne électorale présidentielle. Et encore ce décret était suffisamment mal rédigé pour ne pas être applicable.

Faute d’avoir remis l’ouvrage sur le métier, les socialistes ont donc eu à gérer une mécanique ingérable

Et maintenant  voici les mensonges, petits ou grands qu’on a pu entendre ces derniers mois

Contre-vérité n°1 : la TPL est à l’origine de la crise agro-alimentaire

C’est difficile à croire compte tenu de l’historique rappelé ci-dessus. Les problèmes que connait l’agro-alimentaire ne datent pas de 2012 même si beaucoup de situations précaires se sont déliter à partir de ce moment là. Par contre, ce qui est sûr, c’est que l’agro-alimentaire breton va très mal et que cette taxe, qui frappe prioritairement ces activités exportatrices dont les débouchés ne sont pas majoritairement locaux était peut-être le petit poids de trop qui a fait se rompre la corde. Il faut donc l’entendre. Mais comme la mesure était annoncée de longue date, il aurait été de la responsabilité de ces entrepreneurs d’en anticiper la mise en œuvre et s’adapter. Certains l’ont fait en diversifiant leurs modes de transport et en prévoyant une modification de leur organisation logistique.

Contre-vérité n° 2 : la TPL va pénaliser l’économie française

Une taxe est TOUJOURS une charge supplémentaire, si elle n’est pas compensée par ailleurs. Donc cette assertion serait vrai si la France avait décidé seule d’appliquer une taxe sur les poids lourds pour réduire les effets néfastes du diésel sur notre santé et sur l’environnement de manière générale. Or,  elle existe dans une dizaine de pays de l’UE  dont l’Allemagne, l’Autriche, la Suède ou la Tchéquie, et aussi  en Suisse, c’est-à-dire des pays qui se portent plutôt bien économiquement. Mais peut-être ne s’agit-il pas en fait de la même taxe. Les modalités de mise œuvre semblent en effet bien mieux acceptées. Il aurait été bon de tirer les leçons de ces expériences dont la plus ancienne, la Suède me semble-t-il remonte à plus de 10 ans.

Contre-vérité n° 3 : la TPL va tuer l’économie bretonne

La Bretagne est une péninsule, comme je l’ai rappelé dans un billet hier et les transports sont une contrainte particulière. C’est pourquoi le dispositif avait été largement allégé avec notamment une réduction des taux de 50% et la plupart des parcours locaux exonérés. Le coût réel final pour la région Bretagne est de 42 à 45 millions. Compte tenu de la richesse créée en Bretagne, cela représente effectivement peu et dire que l’économie bretonne serait « à l’agonie » pour cette raison est au minimum un abus de langage, au pire un gros mensonge. Mais il ne demeure pas moins que l’annonce simultanée de plusieurs licenciements massifs dans l’agro-alimentaire mais aussi dans les industries de biens de consommation donne cette impression que le modèle économique breton est en train de sombrer. Dans la panique qui a saisi certains, on dit parfois des choses qui dépassent la pensée. C’est humain, ce n’en est pas moins condamnable quand on se prétend responsable .

Contre-vérité n°4 : la TPL  va tuer les transporteurs routiers

Taxe sur les véhicules poids lourds, elle a vocation à remplacer la taxe à l’essieu qui n’est payée elle que par les transporteurs français. Au lieu de pénaliser  un peu plus une profession qui pâtit de plus en plus de la concurrence des entreprises de l’Europe orientale, cela rétablit , au contraire, en France,  les conditions de concurrence. Mais une chose est certaine, c’est que les beaux jours du transport routier sont peut-être derrière lui, puisque le but d’une taxe sur les véhicules de transport de marchandises est de faciliter le transfert de la route vers le rail. Faute de perspectives ou d’alternatives, on peut comprendre l’inquiétude des entreprises de transport, surtout quand elles n’ont pas anticipé ces évolutions.

Contre-vérité n°5 : la TPL est payée plusieurs fois par la filière en France mais une seule fois pour les produits importés.

Pour illustrer ce propos , le principal syndicat agricole s’appuie sur les allers-retours qui accompagnent le cycle de vie d’un élevage. Cela concerne l’alimentation animale, le plus souvent importées ou transformées loin des lieux d’élevage alors qu’une alimentation plus naturelle se ferait à proximité des exploitations. Cela concerne aussi les abattages. A cet égard, le cas de GAD est symptomatique. Au cours de ces derniers jours, on a ainsi appris qu’un tonnage significatif (800.000 porcs) étaient abattues hors de Bretagne. Evidemment cela fait des transports en plus. La fermeture de Lampaul-Guimiliau fait que la zone la plus densément productrice de porcs devra envoyer ses porcs à plus de 150 kilomètres pour les faire abattre avant de les rapatrier dans la zone où se trouvent les entreprises de transformation. Evidemment, cela fait des allers et retours, mais ce n’est pas la faute de la taxe.

Et dernier des mensonges et peut-être le plus énorme

Contre-vérité n° 6 : la TPL est une taxe écologique

Dans la mesure où cette taxe se met en place sans contrepartie réelle, ce n’est jamais qu’une taxe de plus. C’est là, la faute commune de l’UMP dont les ministres Borloo puis Kosciusko-Moricet ont conçu le système et le PS qui l’a mis en œuvre sans remise en cause, en aucun cas celles des écologistes, qui contrairement à ce que ces deux partis et leurs porte-voix répètent à satiété, ont toujours plaidé pour la mise en place d’une taxe qui serait intégralement dédiée à ce qu’on appelle « le transfert modal ». Le ministre des transports fait à cet égard un magnifique contre-sens en affirmant que si la Bretagne va payer 40 millions au titre de cette taxe,mais qu’ elle recevra 135 millions pour moderniser ….son réseau routier. Certes, mais ce n’est pas le meilleur moyen de faire passer le taux de fret routier de 99% à un taux plus raisonnable.

Mais pourquoi ces mensonges ?

Parce que cela remettait en cause les processus de production dans l’agriculture qui fait la part belle aux allers-retours des marchandises

Parce que certains, la grande distribution, préfèrent faire venir de loin ce qu’ils peuvent trouver localement

Parce qu’il y a des intérêts politiques à le faire : l’UMP, pour la nommer a fait donner ses relais socio-économiques pour mettre en difficultés un gouvernement qui s’est lui-même fragilisé et surtout en criant très fort tenter de faire oublier sa grande part de responsabilité dans ce fiasco

Parce que enfin, cela permet de détourner  l’attention des vraies causes de la situation économique de la Région. C’est pour cela que MEDEF et FNSEA hurlent si fort

Parce que surtout,  les socialistes n’ont pas osé faire la grande réforme fiscale et qu’ils bricolent n’importe quoi

Et pourtant ça marche. Pourquoi ?

Parce que dans ces mensonges, il ya, comme nous l’avons vu, une partie de vérité et qu’en s’appuyant sur cette petite part de vérité que la majorité vérifie, parfois douloureusement, au quotidien pour assener ces gros mensonges, certains ont un peu joué aux apprentis sorciers car il y a réellement un ras le bol et il faut en tenir compte. Car surtout Il y a u réel désespoir d’une partie de la population et qu’on ne joue jamais impunément avec le désespoir des peuples

 

Donc que faire ? Reporter ?

Il ne restait plus en effet qu’à reporter l’application de cette mesure. Cela a été fait mais cela ne résout rien.  Les vrais problèmes (écologiques, économiques et sociaux)restent posés.

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