Une révolte des bonnets rouges ? Le croyez-vous vraiment ?

Samedi, beaucoup de manifestants de Pont-de-Buis, dans le Finistère,  se sont faits avoir par quelques esprits malins qui ont cru subtil de les affubler de bonnets rouges pour leur faire croire que leur combat était dans la continuité de cette révolte anti-taxes dans laquelle certains en Bretagne veulent voir les prémisses de la Révolution Française.

Certes, l’élément déclencheur  de la révolte des Bonnets rouges fut aussi une taxe et même deux : l’une sur le tabac et l’autre sur le papier timbré, c’est-à-dire rien que nous ne connaissions maintenant et qui fait partie de notre quotidien même si nous râlons contre le coût des paquets de cigarettes ( si on est fumeur) et contre les « frais de notaire » quand on achète ou vend un bien immobilier ou  pour n’importe quel autre acte notarié.

A l’époque aussi, ce n’était ni les premières, ni les seules taxes qui pesaient sur le  pauvre peuple de France dont Vauban faisait au roi Louis XIV une description si catastrophique et catastrophée.  Mais le montant de ces taxes venait peser lourd sur les revenus, ce n’était pas une pincée de plus dans la balance fiscale mais une lourde pelletée et c’est là que la comparaison commence à diverger.

En effet, ce que ne disent pas ceux qui portaient samedi, et parfois de façon ridicule, ces bonnets écarlates, c’est que ces révoltes, un peu partout en Bretagne, se sont rapidement transformées en jacqueries contre les privilégiés locaux. Or qui sont aujourd’hui  les privilégiés cibles potentielles de ces manifestants ?

Sont-ce les écologistes qu’on dit à l’origine de tous ces maux ? A part peut-être un ou deux parlementaires qui se prennent pour des petits marquis ou des faiseurs de roi, on ne peut pas dire que les écologistes qu’ils soient ou non membres du parti homonyme, puissent  être considérés comme des privilégiés.

Sont-ce les socialistes ? Là, la question mériterait d’être posée mais comme depuis 55 ans, ils partagent le pouvoir avec la droite et le centre, mettons les dans le même panier mais il serait trop facile de montrer du doigt les partis de gouvernement, leurs parlementaires, leurs élus locaux et leurs ministres. Ils sont pour la plupart au service de l’intérêt général, même s’ils n’oublient pas, et c’est humain, leurs intérêts particuliers. Il y a fort à parier que placés dans la même situation, les partis qui ne sont pas encore  « de gouvernement » connaitraient les mêmes dérives. On l’a vu dans leur gestion municipale.

Non, les vrais privilégiés de notre société, ce sont ceux qui captent à leur profit ou au profit  de leurs actionnaires une part croissante des richesses. Il n’est pas trop difficile de reconnaître dans cette description les entreprises de la grande distribution. Il n’y a pas si longtemps, les agriculteurs ont mis à mal (c’est chez certains d’entre eux une seconde nature) les installations d’un hypermarché morlaisien et viennent régulièrement faire entendre de la voix contre eux. C’est pourquoi cela apparaît un peu farce que toutes les enseignes de la grande distribution aient décidé d’une « heure de grève de solidarité »(on espère quand même que cette heure sera payée aux caissières !) avec les entreprises qu’elles ont-elles-mêmes mises en difficulté à cause de leur politique de compression des prix d’achat. Alors, elles sont trop heureuses de trouver ainsi un bouc émissaire permettant de détourner l’ire des éleveurs mais aussi bientôt des ouvriers licenciés de l’agro-alimentaire.  C’est un peu comme si la noblesse bretonne (pas les petits hobereaux  mais les grands seigneurs les Rohan, les Lamballe etc..) avaient coiffé le bonnet rouge pour affronter Versailles.

Parmi les privilégiés, n’oublions pas les patrons du MEDEF. Certes, tous les membres du MEDEF ne sont pas des grands patrons d’entreprises cotées en Bourse et on peut même dire que la plupart ne sont pas dans ce cas-là mais quand même, les chiffres d’évolution des revenus disponibles par catégorie depuis une quinzaine d’année ne les rangent pas parmi les perdants de la crise. Aussi pourrait paraître comique cette image du patron du MEDEF Finistérien coiffé du couvre-chef inventé pour l’occasion par une entreprise du cru (notons toutefois que la coupe de ses marinières est plus seyante que celle de ces « machins » qui ne ressemblaient à rien à force de vouloir singer tous les symboles) : il avait l’air aussi à l’aise avec cette chose sur la tête qu’un président de la République avec un casque de chantier en visite d’usine. Mais cela n’est plus drôle du tout quand on veut faire croire que tout le monde a les mêmes intérêts dans un combat contre …la taxe.

Les mêmes intérêts les coopératives agricoles type CECAB et les ouvriers de chez GAD ?  les mêmes intérêts les patrons de l’agro-alimentaire et les ouvriers de chez DOUX , de chez Tilly ou de chez Jean Gaby ?

Alors de grâce si vous voulez manifester ensemble, faites-le sans dévoyer les symboles. Et si vous avez l’intention de manifester ensemble samedi, n’oubliez pas que dans vos rangs il y a beaucoup de gens qui ont des raisons d’être indignés, en colère contre le sort qui leur est fait mais aussi quelques uns (beaucoup moins nombreux mais beaucoup plus bruyants dans les médias)qui ne sont là que pour protéger leurs privilèges et que c’est la défense de ces privilèges qui vous ont mis là où vous êtes maintenant.

Ne vous limitez pas à la « Taxe Poids lourds », exigez que soient mis sur la table toutes les causes qui font que le modèle agro-alimentaire breton a besoin maintenant d’un second souffle.

PS : à suivre deux billets, l’un sur « les mensonges autour d’une taxe » et l’autre « et maintenant que la taxe est reportée que fait-on ? »

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2 commentaires pour Une révolte des bonnets rouges ? Le croyez-vous vraiment ?

  1. lemoine001 dit :

    Manœuvres factieuses ?

    • Que des factieux en profitent pour semer un peu de trouble est indéniable. Cela ne veut pas dire qu’il s’agissent de manœuvres factieuses. Par contre il est aussi indéniable qu’il y a autour de cette instrumentalisation du symbole des « Bonnets Rouges » une vaste manipulation de l’opinion et d’une partie de ceux qui ont participé à ces manifestations.

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