« Il faut remettre les écologistes à leur juste place! »

Dans une interview récente au Figaro, le député socialiste pro-nucléaire, pro-OGM, pro-gaz de schiste Christian Bataille a eu cette phrase définitive, croyait-il, pour sceller le sort de ses alliés dans la majorité présidentielle.

http://www.lefigaro.fr/politique/2013/08/02/01002-20130802ARTFIG00433-bataille-ps-il-faut-remettre-les-ecologistes-a-leur-juste-place.php

«Il faut remettre les écologistes à leur juste place»

Eh bien figurez-vous, je suis d’accord avec lui! Il faut remettre les écologistes à leur juste place et rendre à César ce qui appartient à César et aux écologistes ce qui appartient à toute la mouvance écologiste.

Quand il y a plus de vingt ans, les écologistes parlaient de réchauffement climatique dus aux gaz à effet de serre (GES) , il y avait des sourires amusés. Depuis, les travaux du GIEC ont montré que les choses étaient plus complexes et qu’il valait mieux parler de changement climatique, puisque ces fameux GES pouvaient aussi bien générer de brutales périodes de froid, de très violentes précipitations, des vents d’une puissance inouïe que de fortes canicules. Or l’année 2013 vient de nous apporter tout cela, comme l’année 2012 d’ailleurs et ce pas uniquement en Bretagne, pas uniquement en France mais sur l’ensemble de la planète.

Quand il y a plus de vingt ans, les écologistes mettaient en garde sur les risques que faisaient peser sur la biodiversité, les pratiques industrielles et agro-industrielles, on les renvoyait à leur « petits oiseaux et leurs petites fleurs ». La disparition progressive des abeilles et maintenant aussi des papillons des prairies, pour ne citer que ces espèces particulièrement utiles à l’activité humaine commence à faire peur à certains professionnels de ladite agro-industrie.

Quand il y a plus de vingt ans, les écologistes s’inquiétaient de l’état sanitaire de nos cours et plans d’eau, on essayait de minimiser leurs craintes en parlant de seuil et d’inocuité. Maintenant, nous savons que TOUS NOS COURS D’EAU contiennent des pesticides (et pas que des traces) que les nitrates sont largement en cause dans la prolifération des algues vertes sur certaines portions du littoral breton (il n’y a que certains syndicalistes agricoles pour croire que ce sont les phosphates de lessive qui provoquent ces invasions!).

Alors oui! remettons les écologistes à leur juste place. Sur tous ces sujets, les centaines d’associations qui se battent tous les jours ont eu raison avant tout le monde et il faut leur en savoir gré.

Mais sûrement le député socialiste ne voulait-il pas s’adresser à eux mais à un parti avec lequel pourtant il a fait alliance pour 5 ans. Or, ce parti, aussi mal foutue que soit sa démarche, a eu le mérite de proposer un projet, mal défendu peut-être, qui permettait de répondre à ces défis. Et contrairement à ce que dit le dit député, ces réponses n’étaient pas de refus pur et simple du progrès technique mais une façon différente de l’envisager. Quand Monsieur Bataille, qui est un esprit simple (je le sais, je l’ai côtoyé pendant deux au Conseil régional du Nord-pas de Calais) envisage ce progrès que dans une dimension : la production, nous les écologistes l’envisageons sur au moins trois dimensions dont la plus importante n’est vraisemblablement pas la productivité.

Parler d’obscurantisme dans ces conditions fait sourire et nous ôtons allégrement la paille qu’il a mis dans notre oeil.

Quand dans les années 80, il présidait, en tant que Vice-Président du Conseil Régional Nord-Pas de Calais, aux destinées économiques de cette région anciennement industrielle, l’industrie était en train de disparaitre. 30 ans après, elle continue de disparaître malgré les centaines de millions de francs puis d’euros qu’il s’est échiné à y injecter. Cherchez l’erreur!

Croire qu’on peut sortir de la pire conjonction de crises qu’ait connu l’Europe depuis des siècles en appliquant des recettes qui ont amené ces crises, n’est pas exactement ce que j’appellerai un jugement « éclairé ». Or c’est ce qu’il nous propose.

Alors oui, remettons les écologistes à leur juste place. Quand ils proposent de réussir la transition énergétique en misant sur l’efficacité énergétique de l’industrie, la rénovation thermique des bâtiment, le recours accru aux énergies renouvelables, ils ne plaident pas pour un retour en arrière mais au contraire pour une utilisation rationnelle des technologies disponibles ou qu’il faudrait développer. C’est cela le progrès, mais ce n’est sûrement pas celui de Monsieur Bataille.

Quand ils proposent de mettre fin à l’obsolescence programmée des appareils électriques et électroniques, quand ils plaident pour une éco-conception des produits depuis sa fabrication jusqu’à l’élimination des déchets qu’ils produisent, en passant par leur maintenance, ils ne proposent pas un retour en arrière, ils ouvrent la voie vers une nouvelle approche de l’économie fondée sur le service que rend un bien et non sur la possession de ce bien.

Posséder à tout prix un bien dont on sait qu’il est fait pour ne pas durer ou dont on ne se servira que au mieux à 5% du temps disponible, ce n’est pas faire preuve d’un esprit « éclairé ».

Monsieur Bataille , n’oubliez pas que vous êtes socialistes et que historiquement votre parti a toujours eu des rapports conflictuels avec le patronat. C’est pourquoi, on est surpris de vous voir défendre systématiquement les mêmes positions que le Mouvement des Entreprises de France, comme l’a récemment démontré la pantalonnade qui a conclu le débat sur la transition énergétique.

Alors oui, Monsieur Bataille, vous avez deux fois raison :

1°. il faut remettre les écologistes à leur juste place

2° le combat entre les progressistes et les obscurantistes ne fait que commencer

Mais là où vous avez tort c’est que vous vous situez dans le mauvais camp.

Les écologistes sont pour une politique industrielle ambitieuse mais respectueuse des équilibres naturels, répondant aux besoins des gens et créatrice d’activité localement.

En agriculture, le progrès, ce ne sont pas les OGM, c’est la recherche d’une utilisation la plus intelligente possible des combinaisons qu’offre un terroir. Certains appellent cela l’agro-écologie. L’INRA y investit au moins autant que dans les OGM et notre recherche n’a pas à rougir de cela au niveau mondial. Certes cela ne génère pas de brevets ni de rente de situation, mais peut-être est-ce cela la définition du progrès pour Monsieur Bataille.

Je le crois quand il dit qu’il n’est le lobbyiste de personne mais c’est encore plus ballot, car les firmes citées dans l’article paient très cher, des lobbyistes, des vrais, pour dire exactement la même chose.

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