Le sucre, une énergie qui donne la patate!

L’avion solaire du Pr Piccard, troisième du nom, en est encore au stade expérimental, mais quand on voit la rapidité avec laquelle entre 1920 et 1935, l ’aviation s’est développée, certains espèrent qu’il ne faudra pas vingt ans pour passer du stade « vol-raid » au stade vol commercial. Toutefois, dans l’esprit des plus sceptiques mais aussi de ceux qui voient plus loin que le bout de leur nez, ces espoirs risquent d’être déçus . En effet, nul ne connait les limites de développement des techniques de transformation de l’énergie solaire d’une part et d’autre part les techniques actuellement disponibles sont fortement consommatrices de ressources naturelles rares.

Comme il est certain que l’ère des hydrocarbures d’origine fossiles a dépassé son apogée, malgré les tentatives pathétiques et dangereuses de retarder l’échéance, certains se disent qu’il vaut mieux avoir plusieurs fers au feu et prolonger par d’autres voies l’ère des moteurs thermiques. Lors du salon du Bourget, les pétroliers ont fait fort

http://www.latribune.fr/green-business/l-actualite/20130620trib000771494/un-airbus-a321-fait-un-toulouse-le-bourget-en-volant-au-sucre.html#xtor=EPR-2-[Green+Business]-20130625

Un Airbus A321 fait un Toulouse-Le Bourget en volant… au sucre

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/services/transport-logistique/20130620trib000771531/demain-les-avions-voleront-avec-du-sucre-et-apres-demain-avec-des-epluchures-de-pommes-de-terres.html#xtor=EPR-2-[Industrie++Services]-20130624

Demain les avions voleront avec du sucre, et après-demain avec des épluchures de pommes de terres

Utiliser la canne à sucre comme carburant, ce n’est pas nouveau. C’est même devenu une spécialité brésilienne. Il faut dire que depuis 1930, les Brésiliens savent que leurs productions agricoles dites « tropicales » peuvent  se révéler d’excellents carburants puisque à cette époque, on brulait dans chaudière des trains, les énormes surplus de café dont la demande mondiale ne voulait plus. Cela devait être agréable pour les passagers. Le terme de « train expresso » prenait ici tout son sens.

Mais en 2013, rien de tel : il n’y a pas crise de surproduction de sucre, compte tenu de la mauvaise manie des IAA du monde entier de saupoudrer tous les aliments d’une grosse pincée de cet édulcorant. Donc quand on utilise la canne à sucre pour faire du carburant, c’est soit en empiétant sur les surfaces à usage alimentaire avec les conséquences qu’on peut imaginer sur les cours mondiaux, soit en empiétant sur les espaces naturels mis ainsi en culture  avec les conséquences qu’on peut imaginer sur la biodiversité. Certes les pétroliers ont beau jeu de dire que les surfaces cultivées en canne à sucre ne couvrent que 1% des terres cultivables mais que se passera-t-il lorsque les compagnies aériennes vont dépasser le stade expérimental ?

C’est pourquoi ils parlent déjà de l’étape suivante et là on évoque une nouvelle piste : les épluchures de pomme de terre. Ils auraient également pu parler de la bagasse de canne à sucre, des fanes de carottes . C’est exactement le même discours que les producteurs d’agro-carburants européens : la perspective d’une seconde génération, supposée plus écologique, justifie tous les excès de la première génération.

Restons un instant sur cette histoire d’épluchures de pommes de terre et autres résidus. Compte tenu des objectifs de production prévus, il en faudra des tas de patates pour fournir la matière première. L’objection vaut aussi pour les autres sources évoquées : la paille, les bois de taillis. La question de la collecte industrielle se pose immédiatement dès qu’on passe au stade de production de masse. Quand le service militaire existait encore, on disposait d’une source importante et concentrée. Or, avec la suppression de la conscription a également disparu la corvée de patates. Mais « heureusement », la restauration collective et le « prêt-à-cuisiner » s’est fortement développé. On pourrait alors imaginer que se constituent des complexes industriels autour de la transformation de la pomme de terre : d’un côté les frites congelées, la purée en flocon et les pommes de terre calibrées et ensachées, nues et sous vide, et de l’autre la raffinerie d’épluchures. Ça, c’est le rêve des agro-industriels de la FNSEA.

Imaginez alors les campagnes de promotion qui pourraient être faites : avec chaque paquet de chips gagnez des miles sur votre prochain vol « Air Potatoes ». Pour un peu que vous preniez un vol low cost au départ de l’aéroport de Paris-Beauvais (si, si je vous jure, cela existe !), vous pourriez au décollage et à l’atterrissage, survoler à la fois les champs qui fournissent la matière première et l’usine qui la transforme. C’est la version productiviste du « circuit court ». Nul doute qu’un communicant sans scrupule saura utiliser cet argument pour expliquer que le développement durable, c’est ça !

Il n’empêche que cela pose quand même un petit problème, qui est justement celui de la taille.

Quand les stratèges des transports aériens parlent de 30 à 40% des besoins couverts par les agro-carburants, ils n’ont pas l’air de se rendre compte de ce que cela représente comme tas d’épluchures à transformer. On a pas fini de manger des chips, frites et autres purées.

Si on déroule le schéma de production jusqu’au bout, si on veut suivre les taux de croissance du trafic aérien que prévoient les mêmes stratèges, si d’autre part on ne veut pas grever les coûts de transformation par des frais de collecte trop importants, il faudra que la quantité de pommes de terre disponible dans un rayon de X kilomètres soit suffisante pour alimenter la raffinerie en épluchures. Comme les pommes de terre ne poussent pas en étages, cela veut dire obtenir des rendements colossaux, donc des engrais en veux-tu, en voilà ! (Comme maintenant en Pays Picard quoi). C’est un modèle de développement comme un autre.

Indirectement c’est aussi cela qui se joue autour de projet comme Notre-Dame-des-Landes. En effet, si on applique ces principes à ce projet. 10 millions de passagers par an, cela veut dire des milliers et des milliers d’avions qui atterrissent et qui décollent . Cela veut dire des milliers et des milliers de pleins à faire. Avec 30% de fuel-patate, cela en fait des hectares de pommes de terre.

D’un côté le bocage breton, de l’autre une sorte de pénéplaine couverte de patates bourrées de produits nourrissants et « machin-cides ». Vision de cauchemar ? Surement, mais on n’en sera pas loin. Cela dit, vous n’êtes pas obligé de partager ma vision de l’avenir. La votre m’intéresse aussi alors.

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