A la tête du client

Voilà une expression qui ne date  pas d’hier. Quand il m’arrive de chiner dans une brocante, j’ai toujours à l’esprit cette anecdote tirée de « la gloire de mon père » de Marcel Pagnol, où le prix de quatre chaises d’occasion dépend plus de la dette urgente du brocanteur et de la dégaine du chaland que du calcul économique.

De même , combien d’artisans font leurs devis au moins en fonction de la taille et du degré de confort de la maison du client plus que de la réelle difficulté du chantier ? De même est-il conseillé de ne pas trop manifester d’intérêt pour un objet convoité , que ce soit dans le bazar de Marrakech ou à la Grande Braderie de Lille. Cela s’appelle « à la tête du Client » et c’est vieux comme le négoce.

C’est pourquoi je ne comprends pas pourquoi les députés ont dans le collimateur cette pratique dès lors qu’elle s’instaure sur Internet

http://entrepreneur.lesechos.fr/entreprise/tendances/actualites/l-ip-tracking-dans-le-collimateur-des-deputes-10030529.php?xtor=EPR-1500-[LEE_quotidienne]-20130627-[s=461370_n=6_c=608_]-1681742[_SDV]@1

L’IP Tracking dans le collimateur des députés

Mais peut-être ces députés sont-ils choqués parce que cela se passe sur Internet à l’insu des visiteurs. Même pas semble-t-il. Ce qui les choque ce serait plutôt « la rupture d’égalité » entre les clients en employant des expressions très crues comme « affecte le processus décisionnel de la personne en faussant les informations à sa connaissance » ou «  payer des prix différents pour un même service ou un même produit, sans qu’aucun mécanisme économique puisse le justifier ».

Mais doit-on rappeler que c’est justement ce différentiel d’information qui a fait le succès du capitalisme naissant et qui est encore au cœur du système actuel théorisé par le Prix Nobel sur l’appellation d’ « asymétrie de l’information.

Doit-on aussi leur rappeler que les compagnies d’aviation, bientôt suivi par toutes les entreprises de transport, SNCF compris, ont affirmé « optimiser leur coefficient de remplissage » en pratiquant le « yield management » dont la conséquence immédiate est qu’il n’existe plus de tarif de transport publice et que dans le même avion ou le même train, à condition de confort et de rapidité identique, deux voisins peuvent avoir payer un prix variant du simple au triple « sans qu’aucun mécanisme économique puisse le justifier » sauf justement ce principe de l’ « asymétrie de l’information.

Ces parlementaires ont donc raison : il faut supprimer cette pratique du IP Tracking, pour les raisons qu’ils invoquent, mais cela veut dire aussi supprimer également le « yield management » et toutes ces pratiques qui fleurissent sur Internet. C’est la fin d’une forme d’économie casino où le jeu c’est « la recherche de la bonne affaire »  et le gros lot « la bonne affaire en question. On est loin du coup des principes de l’économie libérale, concurrence pure et parfaite, transparence du marché et toutes ces vieilleries qui date du début du XIX° siècle.

On est quand même au XXI° siècle, que diable !

Hélas ?

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