« Il est impossible de gagner sans tricher »

Pour une fois, Lance Armstrong va me servir à quelque chose. En effet, il vient d’avoir une déclaration qui mérite plus qu’un commentaire désabusé du genre : «  De la part de ce sale type, plus rien ne m’étonne. »

http://tempsreel.nouvelobs.com/sport/20130628.OBS5010/lance-armstrong-seme-des-clous-sur-la-route-du-tour.html

Lance Armstrong : « Il est impossible de gagner le Tour sans dopage »

Je ne suis d’ailleurs pas le seul à avoir réagi à cette déclaration stupide. L’économiste hétérodoxe Jean Gadrey a aussitôt rebondi pour faire remarquer que ce n’est pas la course qui fait le dopage mais le dopage qui fait le dopage. Personne ne peut gagner le tour sans se doper

En effet, c’est frapper au coin du bon sens de dire que avec ou sans dopage, la course quelle qu’elle soit aurait de toute façon eu un vainqueur. Jean applique ce principe à l’économie de manière générale mais on pourrait appliquer le même raisonnement à toutes les situations où il y a concurrence à commencer par la vie des entreprises.

Le dogme qui est à la base de l’économie de marché, du système capitaliste et du libéralisme économique est que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes dans une économie où la concurrence est parfaite et non faussée. Mais depuis mon premier billet sérieux sur un blog,

La fraude systémique : une criminalité sans criminels

mes lecteurs savent que c’est une vue de l’esprit et que la fraude est un élément de la gestion des affaires comme un autre. C’est d’ailleurs pour cela que les gouvernements, sauf les plus « libéraux », mettent en place une réglementation dont le but est de réduire les trop grandes dérives du système. Quand des entrepreneurs réclament moins de contraintes administratives, ils réagissent avec leurs tripes mais ne rendent peut-être pas compte que ce n’est pas les règles qui sont en cause mais la façon dont elles sont parfois mises en œuvre.

« Après tout, diront certains, ce n’est pas parce que quelques gros fraudent qu’il faut sévir sur les plus petits, qui eux n’ont souvent pas les moyens de frauder à grande échelle. Et puis, renchériraient les mêmes, ne vaut-il pas mieux laisser quelques fraudeurs passer entre les mailles du filet que de brimer le dynamisme de la majorité. » Erreur d’interprétation regrettable : la fraude de quelques uns se fait FORCEMENT au détriment des autres un peu comme les « victoires » de Lance Armstrong. Et puis, que vaut-il mieux, un sport de plus en plus contrôlé comme le cyclisme où les « affaires » se multiplient mais en référence à un passé qu’on espère révolu ou d’autres sports tout aussi gangrenés mais où la règle du silence fait que le dopage est INDISPENSABLE pour réussir?

Prenons d’autres exemples comme ces propos tenus par des responsables d’entreprises qui n’ont de cesse de réclamer un abaissement de ce qu’ils appellent « les charges » , qui justifient le recours à des entreprises bidons pour employer de la main d’œuvre venant des pays de l’Union européenne où la main d’œuvre est moins chère, qui justifient enfin les délocalisations au motif que la concurrence internationale les y oblige. Sans tomber dans un protectionnisme excessif, ne serait-ce pas aussi un service à rendre aux habitants des pays qui sont cette « concurrence » que de plaider dans les instances internationales pour une application de nos normes sociales de préférence.

De la même manière, ne peut-on penser que les dirigeants agricoles bretons ont tort d’appeler à la désobéissance civile au motif que la réglementation environnementale nuit au développement de pratiques qui par ailleurs coûteront cher un jour ou l’autre aux contribuables français, quand la Commission Européenne sera lasse de fermer les yeux sur le non-respect de la directive nitrate. Cette réglementation a sa raison d’être et il serait préférable de porter dans les instances internationales ou communautaires, la parole de pratiques culturales plus respectueuses de l’environnement et du droit des salariés.

Mais il est vrai que si les sportifs se dopent, c’est surtout parce qu’ils ne sont pas sûrs de gagner parce qu’il est plus difficile de s’entrainer dur tous les jours que de recourir à une pharmacopée douteuse. De même, dans le monde des affaires, on essaye de contourner les parce qu’on n’est pas sur d’être le meilleur et que c’est souvent plus difficile d’être un patron socialement et environnementalement responsable. Dans tous les cas le manque de confiance en soi et une certaine formes de paresse intellectuelle sont à l’origine de la transgression de la règle , avec toujours en filigrane, une certaine mystique de la performance alliée à une certaine avidité.

Le tout forme un cocktail explosif, bien plus dangereux que n’importe quel « pot belge », qui fut dans les années noires du cyclisme, le poison préféré du peloton.

 

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