Les élites

En général, je ne raffole pas trop des articles du Financial Times qui lui raffole du « French bashing » . Mais je dois dire que la dernière attaque contre nos élites ne manque pas d’acuité, ni de pertinence

http://www.lesechos.fr/economie-politique/politique/actu/0202760424803-quand-le-financial-times-charge-l-elite-francaise-566009.php?xtor=EPR-100-[NL_8h]-20130514-[s=461370_n=2_c=202_]-1681742@2

Quand le Financial Times charge l’élite française

Nous sommes finalement un pays très monarchiste qui aime beaucoup l’aristocratie. Cela est sûrement lié à ce goût, qu’on nous prête, du panache et de la gloriole.

Je sais gré au Financial Times de reconnaître que les Trente Glorieuses sont (un peu) le fait de ces élites que maintenant nous décrions. Je dis un peu car compte tenu de la reconstruction nécessaire, je ne suis pas sûr que la France n’aurait pas, de toute façon, connu une période continue de croissance forte. Toujours est-il que ce sont ces élites, formées au service de l’Etat principalement (Polytechnique reste une école militaire et l’ENA ne formait à l’époque que des fonctionnaires, pas des banquiers ou des patrons de presse) qui ont inventé ce modèle de développement qui s’est appelé la » planification à la française ». Mais justement si on parle de cette époque de la planification, on ne peut quand même pas passer sous silence que celle-ci ne pouvait fonctionner sans de puissants relais dans les corps intermédiaires et auprès des acteurs économiques. Or, ni les syndicalistes, ni la plupart des chefs d’entreprises n’étaient coulés dans ce moule . La grande force de ces élites fut donc de comprendre la société dans laquelle ils vivaient parce que justement ils y vivaient et quoiqu’on dise ils en étaient issus. Durant les trente glorieuses, « énarque fils d’énarque », cela n’existait pas et ne pouvait pas exister parce que l’ENA était trop récente. Par contre énarque fils d’instit, cela était possible et n’était pas encore considéré comme une curiosité. . Il faut dire que les élites des générations précédentes avaient pour la plupart tellement failli entre  1924 et 1936 puis entre 1940 et 1945 qu’il fallait un renouvellement des souches. Depuis, c’est mis en place ce que Bourdieu a si bien décrit comme » la reproduction des élites ».

C’est une évidence de dire aujourd’hui que l’ascenseur social est en panne. En fait, il n’est pas en panne : on l’a démonté de façon assez méthodique afin que les castes puissent se reproduire à l’abri des contaminations extérieures. Toutefois, pour éviter les inconvénients d’une trop grande endogamie, on admet avec parcimonie de nouvelles cellules mais on les reprogramme. C’est un peu ce que John Lennon décrivait dans une de ces chansons « working class hero » :

« there is room at the top, they are telling you still,

but first you must learn how to smile as you kill. »

Cela m’amène à penser que cette reproduction des élites n’est peut être pas un mal typiquement français et que nos voisins britanniques ont finalement à peu près le même système que nous sauf que, au lieu de s’appeler ENA ou Polytechnique, leur centre de reproduction portent des noms plus poétiques, comme Oxford ou Cambridge. Ce faisant, ils tombent dans le même travers que nous et que « les PDG  et les écrivains à succès s’y fréquentent aussi assidument » à Londres qu’à Paris et que « les élites politiques, du monde des affaires et de la culture font partie des mêmes cercles d’amis, se marient entre eux » et dans le cas britanniques fréquentent (encore) les mêmes clubs.

Mais en quoi la faillite des élites françaises est alors plus scandaleuse que la faillite des élites dans la plupart des pays européens.  Cela vient certainement de la supercherie , religieusement entretenue depuis plus de 5 décennies, de « la méritocratie républicaine ». Quand on constate que sans vergogne, certains passent du service de l’Etat au service de la Banque, de la Banque à la direction de médias privés, mettent à profit leur formation de haut niveau en mathématiques pour développer des algorithmes boursiers plutôt que de faire valoir les savoir-faire dans le développement d’entreprises de haute technologie, on ne peut que se dire qu’une partie de ces élites se sont servis sans servir ( par référence à la devise de l’ENA qui serait, si je me souviens bien « servir sans s’asservir » que de mauvais esprit on traduit en « servir sans se servir »).

Peut-être est-il temps de renouveler nos élites?

Mais comment s’y prendre? Refaire le coup de l’ENA, école de la méritocratie républicaine? Ce n’est plus crédible! Elargir le champ de recrutement des grandes écoles? La création du 3° concours dans les grandes écoles de l’administration montre les limites de l’exercice, de même que les tentatives de démocratisation de Science-Po initiées par le précédent directeur de cette école-type de la reproduction des élites.

NON, la solution passe sûrement par la refonte du système des grandes écoles. Je dis bien refonte et non pas disparition. Les grandes écoles sont en quelque sorte des pôles d’excellence de l’enseignement supérieur. Il convient donc de les considérer comme tels et donc en faire le sommet de la pyramide des regroupements universitaires qui ne manqueront pas de se faire dans les prochaines années. Ces collèges d’excellence au lieu d’être l’alternative à l’Université n’en seraient alors plus que la pointe terminale. Cela induit naturellement la suppression du système des classes préparatoires. Par contre, l’Université pourrait être bien inspirée de reprendre à son compte le système de fonctionnement de ces CPGE dans ce qu’elles ont de meilleur en évitant de reprendre à son compte évidemment cette idéologie de la « compétition à tout prix » au profit d’une autre approche qu’on pourrait appeler « la coopération à tout va »

Ainsi disparaitrait cette exception française qui fut un temps sa force mais qui faute d’avoir su se renouveler et éviter la consanguinité contribue largement à la perte de compétitivité de la Nation. C’est dans ce contexte qu’il convient par exemple de replacer cette polémique tellement franco-française sur l’introduction de l’enseignement en Anglais à l’Université, polémique dans laquelle je me garderais bien d’intervenir tellement j’y ai entendu de bêtises que je ne veux pas y rajouter les miennes. Je note toutefois que cela fait longtemps que des enseignements se font en Anglais à HEC, à l’ESSEC ou à Polytechnique. Comme quoi, il n’y a pas que du mauvais dans les grandes écoles.

Mais là nous sommes loin de la formation de nos élites puisque enseigner en Anglais, c’est justement fait pour attirer les élites des autres pays. « Elites des autres pays »? Mon oeil!!

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