Un an après, il est temps de changer de cap… avec les entreprises

Pour fêter le premier anniversaire de l’élection de François Hollande, Ouest-France faisait le 6 mai dernier un inventaire des promesses tenues ou non tenues vis-à-vis des entreprises.

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/hollande-an-apres-quelles-mesures-ont-impacte-vie-entreprises-06-05-2013-96114

Hollande, un an après : quel bilan pour les entreprises ?

On constate à la lecture de cet article que du point de vue, très libéral, de la rédaction d’Ouest-France, le bilan est globalement positif, ce qui en soi, pourra paraître suspect à tous ceux qui pensent que les socialistes, aussi libéraux que les libéraux, font autant de cadeaux au « grand patronat » que l’UMP. Naturellement la réalité est bien plus nuancée. Mais il convient de reprendre un peu cet inventaire et d’analyser ou cela coince éventuellement.

En ce qui concerne la BPI, les dissensions apparues dès le premier Conseil d’Administration entre le Directeur Général et la Vice-Présidente montrent bien que cet outil financier risque d’avoir du mal à se positionner. Autant la position du DG sur le financement exclusif des « bons coups » semble hors champs d’une banque publique (la BPI n’est pas un fonds de placement), autant la position de la VP sur le sauvetage des entreprises rappelle trop de mauvais souvenirs sur l’interventionnisme bancaire de l’Etat. Mais comme nous avons réclamé à cor et à cri la création de cette « grande banque publique d’investissement », il faut tout faire pour que cela marche : un boite à outil à 42 milliards d’euros, ça se bichonne. Il faut notamment un pilotage stratégique plus puissant, s’appuyant sur une vision prospective de notre économie. Vous voyez qu’on en est encore loin.

La « création » du livret d’épargne industrie est une fausse création. En effet, il ne fait que remplacer dans les faits le livret de développement durable créé lui-même en janvier 2007 pour remplacer le CODEVI et donner l’illusion qu’on allait s’intéresser un peu à l’avenir de la planète (via le concept très flexible de développement durable) en mobilisant l’épargne sur le financement des économies d’énergie. Supprimer cette illusion peut être considérée par certains comme un mauvais signe car il marquerait un recul des socialistes par rapport au chiraquisme finissant en matière de défense du futur de la Terre (souvenez vous du « la maison brûle et nous regardons ailleurs! »).

Par contre la vraie création, c’est le doublement du plafond et le pire, c’est que cela risque de marcher malgré des taux de rendement qui réduisent comme peau de chagrin puisque la collecte sur les livret A continue aussi fortement que l’a dernier. Dommage que dans la manoeuvre, le financement de la transition énergétique est disparu des priorités. Mais comme dirait l’autre : « On ne peut pas tout faire. ». Cela dit si un signal fort n’est pas donné pour financer la transition écologique de l’économie et notamment la transition énergétique, cela risque de tousser de plus en plus du côté de chez nous les écologistes qui venons UNANIMEMENT de demander au gouvernement de changer de cap! Là aussi, une boussole prospective semble manquer.

Concernant le Crédit Impôt Recherche, c’est sûrement une bonne chose d’en faciliter l’accès aux PME mais il aurait été au moins aussi judicieux de mieux cerner les critères définissant l’innovation et puisqu’il s’agit d’argent public commencer à faire un peu de sélectivité dans les secteurs d’innovation.
Là aussi, une boussole prospective semble manquer.

Concernant le coût du travail, en supprimant l’essentiel de la loi TEPA, il est mis fin à ce scandale de l’égoïsme de ceux qui ont un emploi ( et c’était d’autant plus scandaleux quand cette défiscalisation touchait des heures supplémentaires faites par des fonctionnaires) mais le crédit d’impôt assis sur la masse salariale a du mal à convaincre. Cela dit les entreprises auraient tort de se plaindre : un cadeau de 20 milliards d’euros, en général, cela ne se refuse pas. La difficulté de démarrage du dispositif laisse cependant un peu pensif : certains ont-il du mal à croire au cadeau qui leur est fait? D’autres souhaiteraient-ils plus cyniquement faire lanterner le gouvernement pour qu’il lâche plus de leste, en somme qu’il laisse l’avantage fiscal sans la contrepartie recrutement? Ou tout bêtement n’avons-nous pas à faire actuellement à une classe économique tétanisée qui ne veut plus croire à son avenir, au moins en France? Toutefois, une chose est sûre : hormis les entreprises qui se jettent sur toutes les aubaines (en général les plus grosses car elles peuvent se le permettre), il faut se rappeler qu’un chef d’entreprise n’embauche en général que parce qu’il a des perspectives de commandes suffisantes pour donner du travail à ceux qu’il veut embaucher. C’est basique mais c’est incontournable. Il est donc urgent de passer de l’incantation à la mobilisation EFFECTIVE.

Dans le même ordre d’idée, il convient de remettre en perspective la loi dite de « sécurisation de l’emploi » issue de l’accord national entre les syndicats d’employeurs et DES syndicats de salariés. Je ne reviens pas sur la présentation très partisane qu’en fait Ouest-France car dans ce texte, tout n’est pas aussi rose que le journaliste veut bien le dire. Ce texte à lui seul ne créera aucun emploi pour la même raison qu’un emploi ne se crée que si derrière, il y a du travail à faire. L’urgence est donc bien pour le gouvernement de redonner des perspectives en matière d’activités économiques, de développement de nouveaux marchés. L’investissement public est une de ces pistes mais pas pour faire des Notre-Dame-des Landes. Afficher lors de la prochaine conférence environnementale une inflexion forte sur la transition écologique de l’économie qui créera réellement des emplois nouveaux dans des segments d’activité pour l’instant encore mal explorés serait sûrement un signal fort que le changement de cap est opéré et ce pour deux raisons: la première est que l’investissement public serait de retour et la seconde est que l’activité économique va se développer sur des créneaux où la concurrence internationale est moins forte soit parce qu’il s’agit de marchés nationaux (construction et rénovation de bâtiment par exemple), soit parce que dans ces domaines nos  entreprises (souvent jeunes et en plein développement) ont encore une avance technologique.

Quant au volet fiscal, il y aurait beaucoup à redire sur cette « révolution fiscale manquée » que constitue la LFR 2012 et la LFI 2013. Ne revenons pas sur cette stupidité de 75% et il aurait mieux valu l’oublier que s’acharner à l’appliquer quitte à donner le spectacle ridicule d’une taxe sur les revenus individuels payée exclusivement par l’employeur. La vraie révolution fiscale en matière de taxation des bénéfices, ce n’est pas de faire une différence entre les entreprises en fonction de leur taille mais de créer des discriminations entre entreprises en fonction de leur comportement économique. Une entreprise qui réinvestit ses bénéfices plutôt que de les redistribuer mérite effectivement un petit coup de pouce, ne serait-ce que pour redonner un peu de véracité au fameux théorème de Schmitt (les bénéfices d’aujourd’hui, sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain) Des taux d’IS différents selon que le bénéfice est distribué sous forme de dividendes ou garder en réserve aurait eu dans ce cadre un plus grand sens économique. Mais la vraie révolution fiscale aurait été la suppression de toutes ces exceptions, qu’on appelle des niches fiscales, qui permettent aux plus grandes entreprises d’élever l' »optimisation fiscale » au niveau de l’art et de payer ainsi trois fois d’impôts que les PME.

Pour le reste (choc de simplification et médiateurs de tous poils), cela relève plus de la sociologie que de la science économique et devrait nous interroger sur pourquoi en France nous adorons autant les normes et pourquoi dans le milieu des entreprises françaises, les relations inter-entreprises relèvent plus de la féodalité et du Moyen-Age que du XXI° siècle. Vieux pays monarchiste dans l’âme, la France semble avoir, de ce point de vue, beaucoup de mal à faire sa Révolution (petit clin d’oeil à ceux qui dans la presse nous parlent d’un 1789 à rebours).

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