L’ETAT STRATEGE EST-IL DE RETOUR?

Pour fêter le premier anniversaire de son premier quinquennat, le Président de la République avait réuni tous ses ministres pour un séminaire gouvernemental dont la principale annonce a été que l’Etat pourrait céder des participations qu’Il détient dans des entreprises françaises pour pouvoir investir ailleurs.
http://www.acteurspublics.com/2013/05/06/l-etat-va-ceder-des-participations-pour-investir

L’État va céder des participations pour investir

Vendre des actions de sociétés nationalisées, l’idée n’est pas nouvelle. Déjà en 1986 le gouvernement Chirac l’avait fait puis tous les gouvernements ou presque s’y sont mis, le record étant détenu par le gouvernement Jospin.

Certes, cela crée des remous à gauche, du moins dans une partie de la gauche pour qui les nationalisations sont un des « acquis » du CNR et que revenir là-dessus, ce serait comme brader les idéaux de la Résistance. Depuis 1945 et même depuis 1981, les conditions économiques ont bien changé et les entreprises qui restent dans le giron de l’État n’ont peut-être plus le même intérêt stratégique qu’à l’époque.

Dans la gestion de son portefeuille d’actions, l’Etat se comportait alors comme un rentier dans une mauvaise passe puisque de l’aveu même des dirigeants de l’époque, le fruit de ce ces « privatisations » devait majoritairement être consacré au désendettement. Certains n’hésitaient pas à parler à ce propos de « vente des bijoux de famille ». Il est vrai que vendre des entreprises pour assurer ses fins de mois n’est pas très glorieux mais surtout, en faisant baisser la pression extérieure, cela diminuait l’urgence d’une réflexion sur les causes de ces déficits publics permanents depuis 30 ans.

La bonne nouvelle donc est que cette fois-ci, les ventes d’action ne serviront pas au désendettement mais à l’investissement. L’annonce est courageuse car entre 1998 et 2013, l’endettement public a été multiplié par 3 et la tentation était grande de faire, en plus grand encore, ce que les gouvernements précédents avaient fait plus ou moins discrètement. 

La diminution de la dette attendra donc un peu que les réformes de structure de l’Etat produisent leur effet et que dans le même temps les investissements programmés produisent leurs effets structurels.

Car en effet, le pari essentiel du Président de la république est là : la vente d’actions d’entreprises doit servir au financement d’investissement porteurs d’avenir. Quelques pistes ont été esquissées par le Premier Ministre mais cela reste encore bien vague. Le fait que la BPI, le Commissariat général aux investissements et le commissariat général à la prospective soit de la partie montre clairement que l’État envisage, non seulement de continuer à jouer son rôle d’aménageur ( à fonds perdus apparemment) mais aussi souhaite intervenir directement dans le financement d’entreprises nouvelles.

Se faisant, il espère contribuer à remodeler le tissu économique en fonction d’orientations stratégiques définies en concertation avec les forces vives de la Nation.

Mais pour cela, il faudra encore que la BPI affine sa doctrine, ce n’est ni une machine à produire des hauts rendements comme le rêvent les banquiers publics qui  peuplent sa direction, ni un outil de sauvetage des vestiges industriels du passé comme le revendiquent les politiques qui gravitent autour de son conseil d’administration. Si la BPI intervient selon le schéma décrit pendant la campagne électorale de l’an dernier, les quelques milliards retirés de la vente d’une partie du capital de quelques mastodontes permettra de mettre sur les rails des tas de jeunes pousses dont on peut penser qu’une partie d’entre elles seront les grands de demain. Ainsi loin de se désengager de l’économie, l’État aura au contraire renforcer son rôle d’impulsion. C’est le contraire d’une privatisation. Ce n’est pas une nationalisation pour autant. Ce serait tout simplement du développement intelligent.

Si tel est le cas, on pourra dire que l’Etat Stratège est de retour. Mais s’il ne s’agit que d’un nouvel effet d’annonces, il est à craindre pour le Président que ce « premier » quinquennat soit également le dernier, ce qui est d’un intérêt mineur, sauf peut-être pour lui, mais ce serait sans aucun doute la porte ouverte à des aventures qu’on qualifie selon qu’on soit plus ou moins optimiste d’extrêmes ou de populistes car pour le coup, il n’y aurait plus d’alternatives dans l’offre politique classique.

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