Consumeurisme contre transition écologique : l’exemple de l’obsolescence programmée.

Un projet de loi et une proposition de loi sur le même sujet, la protection du consommateur, présentés par deux personnes appartenant à la même majorité parlementaire montre à l’évidence qu’il y a bien deux modèles de développement économique et qu’ils ne sont pas compatibles

Lequel d’entre nous n’a jamais pesté contre un appareil électro-ménager qui tombait en panne dans les semaines qui suivaient la fin de la période de garantie puis qui s’étrangla de rage en constatant que le produit n’était pas réparable ou alors à tel coût qu’il valait mieux … en racheter un autre?

Lequel d’entre nous ne s’est jamais offusqué de constater que moins d’un an après avoir acheté le dernier PC portable celui-ci suffisait à peine pour accueillir les nouvelles applis et qu’il fallait dare-dare en racheter un autre plus puissant ou plus rapide, sans compter ces téléphones portables fournis gratuitement, ou presque avec un abonnement (pas gratuit celui-là) et qui se révélaient « has been » avant même que la première année de l’abonnement ne prenne fin?

Nous avons donc tous d’une manière ou d’une autre expérimenté ce qu’on appelle savamment « l’obsolescence programmée », qui est devenue vitale à l’économie telle qu’elle fonctionne maintenant, du moins dans les pays développés où notre taux d’équipement est tel que sans cela, il ne resterait plus qu’à fermer les usines…..dans les autres pays.

Dans cette affaire, il y a deux victimes. Il y a d’abord vous (ou moi) c’est à dire le consommateur un peu gogo, beaucoup « vache à lait » dont la fonction essentielle est justement de consommer toujours et encore. C’est pour cela d’ailleurs qu’on fait si attention à votre pouvoir d’achat, mais cela a des limites quand même. Et puis il y a la planète car figurez-vous que ces produits que vous achetez, que vous « a jeté », ils ne sont pas faits avec du vent mais avec des métaux issus de minerais extraits du sous-sol, de matières plastiques issus de la synthèse de produits pétroliers et on a consommé de l’énergie pour réaliser ses transformations et pour amener ces produits jusque dans votre hypermarché chéri. Et c’est donc tout cela que vous jetez à la poubelle, sous la contrainte des pratiques cupides et stupides d’entreprises mercantiles

un rapport des Amis de la Terre dénonce les méfaits de cette obsolescence commerciale des produits

http://www.datapressepremium.com/RMDIFF/2005515//ObsolescenceCommerciale.pdf.

Leur position est plus clairement explicité sur ce site

http://www.amisdelaterre.org/obsolescence.html

Il se trouve que les conclusions de cette ONG rejoignent en grande partie celles d’une grande agence de l’Etat, l’ADEME, qui dans ce rapport http://www2.ademe.fr/servlet/getDoc?cid=96&m=3&id=84636&p1=30&ref=12441 fait un certain nombre de propositions concrètes pour mieux analyser la durée de vie des équipements électriques et électroniques.

Ces propositions sont en partie reprises dans le projet de loi sur la consommation que le ministre de l’économie sociale et de la consommation, Benoit Hamon, vient de présenter en Conseil des Ministres et qui sera bientôt débattu par l’Assemblée Nationale

http://www.assemblee-nationale.fr/14/dossiers/projet_de_loi_consommation.asp

Malheureusement, ce projet ne s’intéresse qu’à la défense des consommateurs et encore cela ne concerne que la garantie apportée et la réparabilité des produits

Voici en effet ce que dit ce projet de loi :

« Le fabricant ou l’importateur de biens meubles doit informer le vendeur professionnel de la période pendant laquelle les pièces détachées indispensables à l’utilisation des biens seront disponibles sur le marché. Cette information est obligatoirement délivrée au consommateur par le vendeur, avant la conclusion du contrat et confirmée par écrit, lors de l’achat du bien. »

Le fait que les associations de défense de l’environnement soient exclues des actions de groupe montre bien que seule la défense du consommateur importe. Il faut bien que le pouvoir d’achat du consommateur ne soit pas trop écorné si on veut que le système surnage pendant la crise et c’est dans la logique des sociaux-démocrates d’allumer des contre-feux pour circonscrire les effets les plus dévastateurs du système capitaliste mais sans le remettre en cause car il n’y a pas de modèle de rechange.

Et puis il y la proposition de loi présenté par Jean-Vincent Placé, le président du groupe écologiste au Sénat qui s’inspire beaucoup plus des analyses faites par les Amis de la Terre. En quelques articles, ce texte crée un délit d’obsolescence programmée, rallonge les délais de garantie, instaure la réparabilité comme un mode de conception normal de tout appareil et pose les jalons d’un nouveau rapport aux objets que nous utilisons, l’économie de la fonctionnalité.

Ainsi, une approche écologique d’une question économique permet à la fois de répondre à ces deux attentes apparemment contradictoires : ménager les ressources naturelles et maintenir le niveau actuel de jouissance des biens industriels.

Il y a bien entre ces deux textes une différence d’approche. D’un côté, on reste dans le champ de référence de l’économie de marché dont le productivisme est le moteur, de l’autre, on entre dans un nouveau paradigme (mot très à la mode chez certains écologistes pour dire « champ de référence ») qui replace la fonction de production à sa véritable place : répondre aux besoins des gens sans empiéter sur la capacité des générations futures à y répondre également.

Il convient en outre de noter que le calcul à court terme du projet de loi se révèle être désavantageux pour ceux-là même qu’il prétend défendre. En refusant d’introduire dans son projet de loi un allongement de la durée de garantie au motif que cela renchérirait le prix des biens de 20% est un mauvais calcul. En effet, un produit valant 100 dont la durée de vie programmée est de 2 ans coûte sur le long terme beaucoup plus cher qu’un produit valant 120 dont la durée de vie serait au moins de 4 ans.

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