Qu’est-ce qu’un entrepreneur ?

Voilà une bonne question à laquelle tente de répondre…un psychiatre !

http://entrepreneur.lesechos.fr/entreprise/une/qu-est-ce-qu-un-entrepreneur-10028508.php?xtor=EPR-1500-[LEE_quotidienne]-20130422-[s=461370_n=6_c=600_]-1681742[_SDV]@1

Qu’est-ce qu’un entrepreneur ?

Un psychiatre, cela s’occupe a priori des problèmes psychiatriques, c’est-à-dire de troubles du comportement liés à un fonctionnement « différent » du cerveau, pour autant que je sache, n’en n’ayant jamais fréquenté personnellement. Qu’il puisse s’exprimer sur un sujet comme les entrepreneurs, pourquoi pas, après tout, puisque tout le monde actuellement s’exprime sur tout, y compris moi-même sur ce blog. Mais pour autant quitte à s’exprimer, qu’on essaye de le faire de façon honnête.

Dans ce billet il y a en effet deux  thèmes différents, d’un côté il y a l’entrepreneur et de l’autre il y a l’acte d’entreprendre. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

Commençons par l’entrepreneur :

Entrepreneur= créateur d’entreprise

Il y a d’abord la version qu’en présente notre psy : le créateur d’entreprise. Cette présentation un peu caricaturale mérite d’être sérieusement corrigée.

1°) Un VRAI créateur d’entreprise ne « se jette pas dans le vide » comme cela. Il a un projet, c’est-à-dire un produit ou un service, une innovation, il a une étude de marché, il y a un business plan. Bref il se jette dans le vide avec un semblant de parachute mais il n’est pas sûr que son parachute s’ouvrira ni qu’il est suffisant pour éviter le crash.

2°) Certes, le créateur d’entreprise est seul mais comme sont seuls tous ceux qui à un moment donné de leur vie ont décidé de prendre en main leur destinée, il est seul comme sont seuls, ceux qui tous les jours doivent, dans leur for intérieur, prendre des décisions qui influeront sur l’avenir de dizaines voire de centaines d’autres. Mais c’est oublier que la création d’entreprise peut aussi être une création collective. Quand il y a plus de 30 ans j’accompagnais des chômeurs dans la création de SCOP, ils connaissaient tous les mêmes affres de la création que le créateur individuel mais comme il s’agissait d’une aventure collective, cela devenait une « solitude à plusieurs ».

3°) Certes le créateur d’entreprise, qu’il soit individuel ou collectif prend le risque d’y laisser son patrimoine mais il n’est pas obligé d’être totalement imprudent. Je connais, pour les avoir fréquenté quand j’étais moi-même dans la partie, des « entrepreneurs en bâtiment » au moins trois fois faillis et dont la maisonnée continuait pourtant à prospérer.

4°) Certes le créateur d’entreprise « est le responsable au premier chef et il sait que tout dépend de lui » mais il n’est pas le seul dans ce cas. Pour avoir participé à des cellules de crise en préfecture type ORSEC, je peux également témoigner qu’un préfet dans ces conditions est aussi le responsable au premier chef et qu’il sait aussi  que tout dépend de lui.

5°) Certes, le créateur d’entreprise va consacrer à son œuvre au moins 65 heures par semaine et j’ai connu lors de ma première création d’entreprise, des mois et des mois où la journée se commençait par les lancements de chantiers avant 8heures et se terminait par la dernière visite chez un client (pour récupérer les chèques) vers 22 heures. Mais l’investissement temps n’est pas nécessairement la bonne mesure. Je connais des chefs de service au Ministère des Finances qui, quand vous les quittez, à l’issue d’une réunion vers 18 heures, vous disent « bonne après-midi ! » car pour eux, la journée ne se finira au mieux que dans 5 heures. La chronophagie est surtout un mal français !

Cela c’est pour la version n°1.

Entrepreneur = chef d’entreprise

Et puis il y a la seconde version celle que semble décrire l’apostrophe du patron d’EADS « Les gouvernements n’ont pas à jouer les entrepreneurs. » Dans ce cas le mot entrepreneur est compris dans son acception « chef d’entreprise ». Mais personne ne me fera croire que le patron d’EADS est arrivé à la tête d’EADS comme s’il se jetait dans le vide sans client et sans garantie (c’est d’ailleurs à cela que servent les golden hello et les golden parachutes). De même que personne ne me fera croire que le patron d’EADS est à la tête d’EADS dans sa solitude, si ce n’est la solitude que je décrivais plus haut  de tout responsable face à l’exercice de sa responsabilité.

Il y a donc un abus de langage à appeler « entrepreneur », un chef d’une grande entreprise,  celui qui n’est rien d’autre que le chef d’orchestre d’une plus ou moins  grande organisation.

En cela, il ne se distingue guère de n’importe quel chef de toute grande organisation, ce qui inclut des directeurs d’administration centrale et donc aussi des ministres. Qu’est-ce qui les distingue quand même fondamentalement ?

Peut-être leurs motivations ?

Et la réponse se trouve dans cet article

http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20121003trib000722629/les-femmes-sont-elles-des-entrepreneurs-comme-les-autres-.html#xtor=EPR-2-[Lactu+du+jour]-20121004

Les femmes sont-elles des entrepreneurs comme les autres ?

Les femmes sont des entrepreneurs comme les autres parce qu’elles mettent de l’avant « l’épanouissement personnel », « l’indépendance personnel » « la liberté de son temps et de son lieu de travail »

Peut-être leur rapport aux risques ?

Quand vous révocable ad nutum, le risque personnel existe fortement mais en général un ministre ou un grand commis de l’Etat n’est pas redevable sur ces biens propres de ses éventuelles erreurs. Heureusement d’ailleurs pour certains qui auraient rapidement été ruinés.

Mais peut-être n’est-ce  pour aucune de ces raisons et que c’est pour cela qu’on retrouve à la tête de nombreuses entreprises importantes françaises des énarques ou des polytechniciens, formatés au départ pour le service de l’Etat.

Mais peut-être que là je pousse un peu loin le bouchon.

Entreprendre hors de l’entreprise ?

Et puis il y a l’autre versant de la question qui est l’acte d’entreprendre. Or qu’est-ce qu’entreprendre ?

Entreprendre c’est d’abord faire un pari sur un avenir qu’on ne maîtrise pas, c’est aussi vouloir agir sur cet avenir.

Entreprendre c’est aussi  vouloir donner vie à une idée.

Entreprendre, c’est ensuite se donner les moyens de réussir, c’est-à-dire réunir les compétences et les ressources nécessaires pour que cette idée ne reste pas qu’une idée.

Entreprendre c’est enfin assumer les choix, TOUS les choix que l’on fait.

Entreprendre, c’est forcer le temps

Comme le faisait remarquer un chef d’entreprise, passer de la direction de sa société aux instances dirigeantes  est un grand choc culturel : pour un chef d’entreprise habitué à ce qu’une décision soit rapidement suivie d’effet, la relation avec l’administration est forcément frustrante parce que ce qui caractérise fondamentalement celle-ci c’est son temps de réponse nécessairement long.

Et c’est peut-être pour cela que vraisemblablement cette ministre a tort de dire que son gouvernement « entreprend tous les jours. » Il n’aura jamais la même relation au temps qu’un entrepreneur !

Mais elle a quand même plus raison que notre psychiatre : si ce gouvernement fait des choix, prend des risques et les assume, il sera plus proche de l’acte d’entreprendre que ce psychiatre qui manifestement s’y connait encore moins en entreprenariat !

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