démondialisation : un chat noir au gouvernement?

Manifestement il y aurait dans ce gouvernement un ministre qui porte la poisse aux entreprises qu’il défend. Qu’il aille soutenir les salariés d’une raffinerie menacée de liquidation et au bout du compte cela se termine par ..rien du tout, tous les repreneurs potentiels ayant jeté l’éponge. Qu’il aille soutenir des sidérurgistes en menaçant leur patron des pires mesures de rétorsion et au bout du compte cela se termine par…rien du tout si ce n’est l’annonce de l’arrêt définitif des hauts-fourneaux. Qu’il s’en prenne à une des plus vieilles familles industrielles françaises (ils fabriquaient déjà des outils au milieu du XIX° siècle) et au bout du compte, voilà plusieurs centaines d’ouvriers sans emploi et leur usine frappée d’alignement. Et on ne saurait oublier sa glorieuse campagne pour le « achetons français » qu’il avait entamé en fanfare la marinière sur les épaules. Las, ce fabricant de marinière vient de se faire évincer d’un marché public important, l’équipement de la police nationale et cela moins d’une semaine après que le ministre en question ait lancé une campagne sur l’achat public « responsable » (comprenez « national »). Alors, qu’en penser? Serait-il devenu le chat noir de ce gouvernement, celui qui porte la scoumoune à toutes les entreprises auxquelles il apporte son soutien? Certains se disent que les PME fournisseurs de l’Etat devraient se méfier depuis qu’il a lancé sa nouvelle campagne pour inciter les services de l’Etat à privilégier les productions françaises.

Les choses ne sont pas aussi simples.

En fait il semblerait plutôt que notre homme soit plus Don Quichotte que Porte-Poisse. En effet, dans chacun de ces dossiers, il s’est plutôt positionner dans la défense des petits confrontés à la cruauté des puissants . La raffinerie dont il était question était quand même la propriété d’un des plus grands groupes pétroliers mondiaux pour lequel un effort financier de soutien à la reconversion n’était pas un challenge hors de portée. Les hauts fourneaux qu’on éteint étaient la propriété d’un des deux plus grands groupes sidérurgiques mondiaux pour lequel un effort financier de maintien ou de reconversion n’était pas un challenge hors de portée. Quand à l’usine automobile condamnée, elle appartient comme je l’ai dit à une des plus vieilles familles industrielles de France qui en 150 et quelques d’histoire a connu beaucoup plus d’années largement bénéficiaires que d’exercices en déficit et pour laquelle un effort financier de soutien ou d’aide à la reconversion n’aurait pas été un challenge hors de portée. Grosso modo , notre Don Quichotte de la démondialisation se trouvait confronté à l’implacable logique de la mondialisation et il était dans son rôle de vouloir s’y opposer. Il a perdu mais pas totalement car les questions que posent ces trois dossiers restent pour l’instant sans réponse. Si la France a choisi la voie de la mondialisation heureuse contre la démondialisation peureuse, elle n’a pas encore apportée de solutions aux problèmes que génère cette option à commencer par l’effort d’adaptation de l’appareil de formation et surtout par la nécessaire reconversion de ces milliers de travailleurs qui spontanément n’ont pas été accompagnés dans cette voie.

Reste le dernier cas, cette goutte d’eau qui dans mon esprit à mis le feu aux poudres (comme aurait pu dire Pierre Dac). Voilà une entreprise française, que dis-je bretonne, parfaitement ancrée dans son terroir, qui conçoit et produit sur place la majeure partie de ce qu’elle vend, qui garantit une qualité de haut niveau et qui dans le cadre d’une procédure se trouve évincée au profit d’un consortium à la tête duquel on trouve non pas une entreprise de confection mais …une filiale spécialisée dans le soutien logistique aux troupes d’un grand groupe énergétique français. Le lien avec l’uniforme des policiers français n’est pas évident de prime abord.  Et la riposte que notre ministre a organisé sonne comme un aveu que dans l’affaire la démarche est vicieuse.

http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/finistere/armor-lux-l-entreprise-n-habillera-plus-la-police-nationale-17-04-2013-2073984.php

Police. Armor-Lux rayée des fournisseurs, Montebourg intervient

En effet demander au patron de ce grand groupe bancaro-énergéticien d’accepter de prendre ses protégés comme sous-traitant, c’est reconnaître implicitement que le titulaire du marché du point de vue strictement industriel ne sert à rien, qu’il s’est simplement imposé comme intermédiaire pour accaparer une partie de la valeur ajoutée de ce marché, c’est à dire en d’autres termes de s’accaparer une partie du budget d’équipement de la police nationale, à l’heure où justement ces budgets sont a priori soumis au rabotage. Le plus étrange dans ce dossier est que le même jour ou presque où ce groupe se voyait attribuer par le ministère de l’intérieur un marché d’équipement de la police nationale, estimé à 25 millions d’euros, il se voyait notifier par le ministère de la Défense le même marché pour l’équipement des armées, sauf que l’échelle de grandeur n’est pas la même : on parle ici de 1 milliard d’euros. Ce n’est pas en favorisant ainsi les grands groupes qu’on permettra aux PME, réduites dès lors au rang de sous-traitants, de devenir des Entreprises de Taille Intermédiaires capables de rivaliser avec le Mittelstand allemand. La marge que ces grands groupes ponctionnent indûment à mon goût, spolie le contribuable d’une part (puisque le ministère paye plus cher ce qu’il achète) et réduit d’autant la marge brute des entreprises qui en fin de compte font le travail. Contrairement à ce que disent TOUS les candidats à la présidence du MEDEF, ce n’est pas uniquement en réduisant le train de vie de l’Etat qu’on améliorera le taux de profitabilité des entreprises  mais d’abord en réduisant la prédation de quelques grands groupes sur le reste de l’économie. Dans cette affaire, il faut bien reconnaître que l’Etat a sa part de responsabilité : il est un acheteur inconséquent.

Et toutes ces considérations parce que à partir d’un dossier ou deux, un ministre a pu apparaître à certains comme un porte-poisse!

PS: pour éviter toute réaction d’animosité procédurière des entreprises en question, je n’ai cité aucun nom dans le corps du texte. Toutefois afin que vous compreniez de quoi il s’agit, je vous dit comme cela en vrac que j’ai parlé dArmor Lux, d’Arcelor, de la famille Peugeot, de Monsieur Montebourg et du groupe GDF-Suez

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