Eating horse? shocking!

De la viande de cheval dans des lasagnes, c’est à peu près aussi choquant pour un Anglais que si on vous disait qu’on a trouvé de la viande de chien dans des pâtés impériaux. Et cela réveille les vieux mythes xénophobes.

Mais peut-être fallait-il que ce soit aussi choquant pour que viennent à jour les pratiques peu ragoutantes des internationales de la malbouffe.

En effet, rien dans la pratique n’est contraire à la santé publique et comme la vie de nos concitoyens n’étaient pas menacée, il n’y avait aucune raison pour que les autorités sanitaires vétérinaires interviennent et d’ailleurs ce ne sont pas elles qui sont intervenues.

Le fait qu’il y ait tromperie sur la marchandise justifie pourtant que les pouvoirs publics agissent et c’est ce qu’ils ont fait par l’intermédiaire de la DGCCRF.

On n’en est encore qu’au début d’une enquête qui sera peut-être plus longue qu’on ne le pense. Mais surtout, il est à craindre qu’on ne soit qu’au début d’une longue série de révélations sur les manipulations qui peuvent intervenir tout au long de la chaîne de production.

Les premiers éléments révélés par les journaux ne laissent en effet aucun doute sur le fait que cette « contamination » est tout sauf accidentelle

http://www.ouest-france.fr/actu/societe_detail_-Les-revelations-des-lasagnes-anglaises-au-cheval-_3636-2162450_actu.Htm

« Les révélations des lasagnes anglaises au cheval »

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/02/09/viande-de-cheval-findus-et-un-fournisseur-francais-portent-plainte_1829624_3224.html

« Viande de cheval : Findus et un fournisseur français portent plainte »

Il s’agit donc bien d’une fraude organisée . Mais la question est par qui et dans l’intérêt de qui? La chaîne d’investigation est longue et tortueuse. En effet, quand vous mangez vos lasagnes, mais cela est aussi vrai pour les raviolis, la moussaka et la plupart de ces plats cuisinés, imaginiez-vous que ces spécialités d’origine italienne, ou grecque ou espagnole étaient produites par un groupe d’origine suédoise, dont une filiale de droit luxembourgeois achetait à une entreprise française des produits fabriqués par une entreprise française qui s’approvisionnait en Roumanie en passant par des intermédiaires néerlandais, le tout étant revendu au Royaume-Uni?

Un tel système ne peut fonctionner que sur la confiance qui devrait exister entre une entreprise et son fournisseur car aussi fournie que puisse être la réglementation communautaire en la matière, elle ne permet pas de garantir que dans tous les pays de l’Union, les dispositifs de contrôle soient tous de la même qualité, et de toute façon, quand bien même ils seraient maximum, nul ne peut mettre un gendarme derrière chaque sous-traitant.

Et c’est justement les faiblesses de ces pactes de confiance qui me font penser que d’autres affaires du même genre vont apparaître dans les mois qui viennent.

Le maillon faible dans ce dispositif est peut-être justement que donneurs d’ordre et fournisseurs ne se connaissent pas et passent par l’entremise de traders. Le mot est employé à dessein mais il correspond bien à la réalité. Ces intermédiaires n’ont en effet pas d’autre utilité dans le circuit que d’acheter et de revendre n’apportant aucune valeur ajoutée au produit comme par exemple du stockage, du transport ou du conditionnement. Par contre ils présentent l’immense avantage de créer un écran supplémentaire dans la traçabilité des produits et c’est peut-être justement ce que recherchent ceux qui ont mis au point ces circuits un peu tortueux.

En effet, quel est le métier d’un trader? C’est d’avoir de l’argent disponible, un bon système d’information lui permettant de savoir, avant les autres où il y a des déséquilibres d’offre et de demande, quel que soit la nature du bien et d’agir vite pour accentuer encore ce déséquilibre à son profit. Eh, oui! car dans cette affaire, la seule chose qui l’intéresse, c’est le profit qu’il peut en retirer. D’où cela vient et à quoi cela va-t-il servir, peu importe. C’est une pratique courante et de grands groupes français, par ailleurs respectés pour leur poids dans le négoce mondial des matières premières, se sont faits une spécialité de ce métier. Quand il est bien fait, ce métier permet de réguler les marchés. Quand il est contrefait, cela donne ce n’importe quoi où seul la marge bénéficiaire est importante.

Remarquez que c’est la même logique qui a présidé à la création de produits financiers très sophistiqués qui sont devenus célèbres sous le nom de « subprimes ».

mais que peut-on faire contre cela? La chose la plus simple serait peut-être reconstituer le lien de confiance tout au long de la chaîne d’approvisionnement, ce qui m’amène à dire que le mouvement qu’on appelle avec un peu de condescendance « le locavore » n’est peut-être pas qu’une lubie de « bobos » mais correspond à une réaction plutôt saine de consommateurs qui veulent reprendre un peu de maîtrise sur ce qu’on leur vend.

En effet quand tout est produit et transformé dans une même région, il est relativement facile de retracer le parcours des différentes matières qui s’incorporent dans un produit fini et surtout, il se crée des liens entre donneurs d’ordre et fournisseurs qui peuvent devenir des liens de confiance. Il convient toutefois de veiller à ce que ces liens ne deviennent pas des liens de sujétion vis-à-vis du principal transformateur comme dans le cas du système Doux en Bretagne, ou vis-à vis de la grande distribution.

Accessoirement, en organisant localement le système de production, on limite sensiblement les transports intermédiaires de marchandise donc le « poids carbone » du produit (le « poids carbone » étant la quantité de CO² émise tout au long du processus de transformation).

Et tout ça pour quelques lasagnes?

Oui, car il n’y a pas que les lasagnes en cause mais la façon dont une partie de l’industrie agro-alimentaire s’est organisée en Europe en profitant des libertés , mais aussi des failles, qu’offrent la réglementation communautaire en matière de circulation des marchandises au sein des 27 pays qui composent l’Union.

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