To be or not to be, that is the question

Pour être plus précis il aurait fallu écrire “to be in or to be out [of European Union] that is the question” Il s’agit bien entendu de la question référendaire que le Premier Ministre brtiannique a promis de poser à ses concitoyens dans le cas où il gagnerait les prochaines élections générales.

La tentative de chantage est « minable », comme disait son homologue français en parlant d’autres formes de chantage et surtout elle montre la faiblesse actuelle de ce gouvernement. Quand on en est à cette posture « retenez-moi ou je fais un malheur ! » c’est qu’on n’a plus grand-chose dans sa besace à négocier ou qu’on n’a plus vraiment envie de négocier.

« Un ami qui vous veut du bien »

Ceci dit, la déclaration tonitruante (tiens tonitruant, ça me rappelle un autre Premier Ministre qui s’appelait Tony et qui s’y entendait aussi à jouer au chat et à la souris avec l’Union Européenne mais sur l’air du « je t’aime, moi non plus ») de Mr Cameron a le mérite de libérer la parole de certains que l’attitude du Royaume-Uni au sein de l’Union a toujours un peu agacé voire franchement irrité.

Déjà au début des années 70, quand il était question de l’entrée du Royaume-Uni dans l’Europe, cela n’allait pas de soi. On se souvient du veto gaullien. A l’épreuve du temps, on se rend compte d’ailleurs qu’il n’avait pas totalement tort de se méfier de ceux qui l’avaient tant « aidé », à coup de savonnage de planche et de petites mesquineries pendant son séjour londonien.

Le marché Commun contre l’Europe

Qu’ils le veuillent ou non, les Britanniques sont les représentants d’une vision de l’Europe qui est la cause du désamour des opinions publiques à son égard. D’avoir réussi à imposer aux « élites bruxelloises » l’idée que finalement l’UE est un grand marché et que ce qui importe est que les règles de libre circulation des biens, des services et des capitaux soient parfaitement respectées. Ils ont beau jeu ensuite de contester la bureaucratie bruxelloise accusée d’être le fossoyeur du projet démocratique alors que c’est justement cette approche très pointilleuse du respect des règles qui, combinée au refus d’une plus grande intégration et d’une convergence des modèles, a généré cette prolifération de règlements et de directives qui essaient vaille que vaille de faire que dans les 27 Etats de l’UE un semblant d’homogénéité existe quitte à faire cohabiter tout et son contraire. Et comme l’application d’une telle réglementation ne va pas de soi, sa mise en œuvre est donc lente et tatillonne.

Le meilleur service que le Royaume-Uni pourrait effectivement rendre à l’UE serait d’abandonner ces principes (ce qui sera impossible) ou de partir (c’est ce dont Mr Cameron nous menace)

Le beurre et l’argent du beurre

L’Union Européenne n’est pas un supermarché où chacun vient puiser dans les rayonnages ce qui l’intéresse, ce n’est pas non plus un club où on joue pour des haricots et où un butler prévenant vous rend à la sortie la somme d’argent que vous avez déposé en entrant . En d’autres termes, il ne peut y avoir d’Europe « à la carte » ni le maintien du principe imposé par la charmante Maggie « I want my money back » (« rendez-moi mon fric »).

L’Union Européenne ce ne peut pas être une organisation qui crée en son sein une monnaie, à laquelle tous les membres n’ont pas adhéré (c’est leur droit le plus strict) et qui compte parmi ses membres, un pays qui héberge la plus formidable machine de guerre mise en œuvre pour lutter contre cette monnaie. Et dire que l’on prétend que les Britanniques ont inventé le fair-flay (il est vrai que celui-ci ne leur sert que quand ils gagnent!)

Le splendide isolement

Contrairement à ce que dit Mr Cameron dans son discours, le Royaume-Uni est isolationniste. Il a une longue tradition en la matière. Mais il fut une époque où cet isolement pouvait être qualifié de splendide. En effet, quand l’Angleterre était à la tête du plus grand Empire qui ait jamais existé, la Grande-Bretagne pouvait se permettre de ne pas tenir compte du reste du monde. C’était le temps où lorsque le brouillard se levait sur la manche les journaux londoniens pouvaient titrer « brouillard sur la Manche. Le continent est isolé. »

Maintenant, ce n’est plus possible puisqu’il y a le Tunnel. A ce propos, si le référendum aboutissait, faudrait-il fermer le tunnel, ou à tout le moins rétablir des postes frontières au deux bouts ?

Une initiative pas si inopportune que cela

Du coup, le discours de Mr Cameron apparaît finalement comme une initiative bienvenue. Elle fait écho aux propos tenus il y a peu par Mr Delors qui s’interrogeait dans un écrit sur l’opportunité du maintien du Royaume-Uni dans l’Europe.

Cela permet de poser clairement la question qui peut se poser aussi pour d’autres membres de l’Union : jusqu’où accepte-t-on que les pays jouent avec les règles du jeu de l’Union ? Cela vaut aussi pour tous les pays qui ne respectent même pas les règles du marché concurrentiel en hébergeant des paradis fiscaux, en pratiquant le dumping fiscal ou le dumping social, en trichant avec les règles de transparence budgétaire. C’est la question de la fiabilité des partenariats intra-communautaires que cette sortie de Mr Cameron permet de poser. Mais comment dit-on loyauté dans la vingtaine de langues parlées dans l’Union?

C’est aussi la question de l’intégration renforcée, en d’autres termes de la fédéralisation de l’Union qui se pose. Le Royaume-Uni n’en veut pas, d’autres non plus.

Par contre, un certains nombres d’Etats ont bien compris que la construction ne pouvait durer que si elle se renforcer et si, pour reprendre l’expression de Mr Fabius, il doit y avoir malgré tout une Europe « à la carte », ce sera pour aller plus loin , non pour revenir en arrière.

En mettant son petit chantage sur la table, Mr Cameron va peut-être accélérer cette évolution et du coup, peut-être que Mr Cameron n’aura pas besoin de faire son référendum. Il restera là où il est, dans un second cercle pendant que d’autres seront en train de se bâtir collectivement un nouvel avantage comparatif dans un monde plus en plus concurrentiel.

Et dans ce cas « vae victis »

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