RSE: Etre actionnaire, un acte responsable?

L’actionnaire est au capitalisme ce que le naturaliste est à l’écologie. Sans lui, le système n’aurait jamais pu fonctionner mais en grandissant, le système tend à s’en émanciper et le renvoie dans les marges mais quand tout va mal et qu’il faut retrouver ses fondamentaux, on est bien content de le trouver là.

Le financement de l’économie par l’épargne.

C’est un peu ce qui se passe actuellement , avec d’un côté des entreprises qui rencontrent beaucoup de difficultés  à trouver des financements auprès d’un secteur bancaire qui se cache derrière le renforcement des règles prudentielles issues de Bâle III pour être encore plus frileux qu’avant la crise, et de l’autre une épargne qui reste abondante, et je ne parle pas là des masses financières considérables qui se déplacent à la vitesse de la lumière d’une place financière à l’autre, mais qui hésite à s’investir dans l’économie réelle, échaudée à la fois par ce qui se dit sur les pratiques boursières et par la concurrence d’autres types de placement

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20130110trib000741798/epargne-une-revolution-a-petits-pas-se-prepare.html#xtor=EPR-2-[Banque++Industrie+financiere]-20130111

Epargne : une révolution à petits pas se prépare

On peut en effet faire confiance aux organismes financiers pour faire preuve d’imagination afin d’équilibrer au mieux, dans leurs intérêts mais aussi celui de leurs mandants, la perspective de gain et les perspectives de risque. Avec une telle logique, il est difficile de prendre en compte la raison d’être de cette épargne, c’est à dire  financer l’économie, c’est à dire financer l’investissement privé ou public. Dans le métier de conseiller financier, cela devient presque accessoire. C’est parce que ceci est perdu de vue, qu’il devient difficile d ‘attirer l’épargne vers le financement de l’économie.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20130115trib000742647/le-financement-de-l-economie-par-l-epargne-une-cause-perdue-.html#xtor=EPR-2-[Banque++Industrie+financiere]-20130118

Le financement de l’économie par l’épargne : une cause perdue ?

Mais pour expliquer ce « combat perdu d’avance », je ne suis pas sûr d’ailleurs que l’argument fiscal soit en l’occurrence l’argument le plus pertinent, du moins pour ce qui est des placements boursiers, via un organisme bancaire. Le meilleur moyen de l’évacuer serait sûrement de modifier radicalement le mode d’imposition des placements financiers  et de considérer que, quelle que soit la nature du support financier, les revenus qu’ils procurent sont des revenus comme les autres et comme tels doivent être imposés selon le barème général de l’I.R.P.P.Accessoirement, cela veut aussi dire que les éventuelles pertes liées à un investissement direct dans une société par action doivent être également imputées sur ce revenu imposable, voire même étalées sur plusieurs années si elles sont importantes. Cela n’aurait que des avantages, dont ceux de la simplicité et de l’égalité devant l’impôt.

L’actionnaire n’est pas un épargnant comme les autres

Placer son argent dans le capital d’une société n’est pas nécessairement un réflexe de rentier. C’est aussi et peut-être surtout un acte de foi, dans l’avenir de l’entreprise, de ce qu’elle peut créer mais aussi de ce qu’elle peut rapporter. Même si cela n’est plus vraiment sensible dans les entreprises qui font un appel public à l’épargne, l’actionnaire a d’abord une mentalité de propriétaire, avec tout ce que comprend le terme de propriété, c’est à dire l’« usus et abusus« . C’est le cas de la plupart des PME et d’une majorité d’entreprises de taille intermédiaire où la constitution de l’actionnariat se fait souvent dans le cadre des réseaux, familiaux, professionnels ou territoriaux. Il s’agit donc bien là de parties prenantes qui prennent réellement part à la vie de l’entreprise. Etre actionnaire dans ces conditions est un acte responsable, du moins en ce qui concerne les intérêts spécifiques de la société qui possède l’entreprise

Dans les entreprises faisant  un appel public à l’épargne, la situation est un peu différentes surtout si cela se fait par l’intermédiaire de la Bourse. Le comportement est plus proche de celui du rentier voire du spéculateur et plus le titre est actif en bourse plus l’aspect spéculatif a tendance à l’emporter sur le côté rentier. Ici l’actionnaire n’est plus le particulier, au mieux c’est un investisseur institutionnel, au pire un fonds spéculatif. On a tendance à stigmatiser ces investisseurs, en les accusant de tous les maux qui frappent les entreprises et leur financement. Il est vrai que depuis deux ou trois décennies, la part prélevée par les actionnaires sur les richesses créées par les entreprises a beaucoup augmenté au détriment des autres parties prenantes, salariés et fournisseurs notamment. C’est vrai que certaines décisions humainement et socialement condamnables ont été dictées par des groupes d’actionnaires plus concernés par le montant de leur dividende ou l’évolution du cours de leurs actions que par  les conséquences de ces décisions pour l’entreprise et ceux qui en y vivent et la font vivre. Ce sont là les conséquences du droit de propriété que leur octroie la possession de titres.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20130109trib000741472/apres-la-fronde-de-ses-actionnaires-aviva-boucle-une-nouvelle-cession-d-actif.html#xtor=EPR-2-[Banque++Industrie+financiere]-20130111

Après la fronde de ses actionnaires, Aviva boucle une nouvelle cession d’actif

Mais cela va parfois au-delà

En effet, depuis quelques temps, une fraction de l’opinion publique s’émeut de ce que les entreprises fabriquent et  toutes les productions ne sont plus considérées comme politiquement correct. Mais là la sensibilité à tel ou tel segment de l’activité économique dépend de la façon dont l’actualité évolue.

Ainsi suite à la fusillade mortelle de Newton, le fonds de retraite des enseignants de Californie a décidé de se retirer des entreprises de fabrication et de vente d’armes

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20130110trib000741725/apres-la-tuerie-de-newtown-le-deuxieme-fonds-de-pension-americain-se-desengage-des-armes.html#xtor=EPR-2-[Banque++Industrie+financiere]-20130110

Après la tuerie de Newtown, le deuxième fonds de pension américain se désengage des armes

Mais il est sûrement un peu rapide de dire que ce fonds a réagi en fonction de considérations morales. Il a surtout considéré que cette activité commençait à devenir risquée et que leur responsabilité pouvait être engagée, y compris pénalement. C’est certes une façon d’être responsable, mais ce mot a tellement d’acceptions différentes!

Plus intéressante déjà est la réaction du fonds souverain norvégien. Celui-ci est nourri par la rente pétrolière et est très strictement contrôlé par le gouvernement norvégien, lui-même sous la pression d’une opinion publique nourrie des principes moraux du  luthérianisme

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/01/11/le-plus-gros-fonds-souverain-du-monde-fait-le-tri-dans-ses-investissements_1815920_3234.html

Le plus gros fonds souverain du monde fait le tri dans ses investissements

Quand on pèse plus de 500 milliards d’euros, cela donne un certain poids à ce genre de décision.

Et puis, il y a ces investisseurs qui font profession d’investir de façon socialement responsable et pour qui les critères précédemment énoncés ne sont plus les seuls critères, ni les plus importants. Il arrive même que leur activisme dérange

http://www.novethic.fr/novethic/isr_investissement_socialement_responsable,acteurs,l_activisme_actionnarial_engagement_risque,139060.jsp?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_content=novethicInfo&newsletter=ok

L’activisme actionnarial : un engagement risqué ?

Avec de tels agissements, on est loin de la veuve écossaise qui attend son chèque trimestriel de son fonds de pension, ou même du gros commerçant finistérien qui a investi dans le projet de ferme éolienne que lui a bien vendu son commensal du Rotary, par ailleurs propriétaire d’un gros garage automobile.

Ainsi Investir de manière Socialement et Ecologiquement Responsable peut être un manière aussi de rendre les entreprises dans lesquelles on investit plus responsables dans ce qu’elles produisent et vendent et dans la façon dont elles produisent et vendent.

Il y a bien une autre façon d’être responsable en investissant dans l’économie, c’est d’investir dans l’économie sociale et solidaire, mais actuellement, compte tenu des statuts et des règles de rétribution de l’investissement et de cession du patrimoine des entreprises, cela reste quelque chose d’anecdotique parce que très compliqué. Il semblerait que le projet de loi que nous concocte le ministre en charge de ce secteur est un peu muet sur la question.

Si vous avez des idées sur la question, vous pouvez les apporter au « labo de l’ESS » qui de son côté cherche aussi.

http://www.lelabo-ess.org/?-Les-Outils-financiers-solidaires

Publicités
Cet article, publié dans l'économie comme on la subit, l'économie comme on la voudrait, RSE, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s