Plus fort que les emprunts russes

La société Eurotunnel se pose en tant qu’opérateur essentiel sur le littoral du Nord-Pas de Calais poussant même l’arrogance jusqu’à se proposer comme sauveteur de ses principaux rivaux. Ce fut d’abord le rachat des bateaux de Sealink, reloués ensuite à la SCOP d’exploitation qui a repris les navettes. C’est maintenant la candidature à une concession de service public pour les deux grands ports du Nord-Pas de Calais que le Conseil Régional, propriétaire ne veut pas gérer en direct.

http://www.lagazettedescommunes.com/148590/eurotunnel-candidat-a-la-gestion-des-ports-de-calais-et-boulogne-sur-mer/?utm_source=quotidien&utm_medium=Email&utm_campaign=05-01-2013-quotidien

Eurotunnel candidat à la gestion des ports de Calais et Boulogne-sur-Mer

C’est à croire que le miracle vendu aux petits actionnaires lors du lancement de la société en 1986 est en train de se réaliser.

Pas si simple !

Lorsqu’en 1986, les gouvernements français et britanniques ont lancé officiellement le chantier du tunnel sous la Manche et que Mme Thatcher avait mis son veto à un financement public, il aurait fallu se méfier. C’était avant l’heure, le même montage que les partenariats publics-privés qui ont fait florès en France ces 5 dernières années.

Il y a cependant dans cette aventure une circonstance aggravante : l’appel à l’épargne public et une sollicitation insistante auprès des petits épargnants. Il fallait voir dans le Nord-Pas de Calais comment on a vendu cette opération. C’était à qui aurait acquis le plus de ces actions qui étaient présentées comme autant de témoignage de la foi en l’avenir retrouvé de la Région. Et il est vrai que les premières années (alors que les premiers coups de pioche n’avaient pas encore été donnés) ceux qui avaient acheté ces actions ont eu l’impression d’avoir fait l’opération du siècle : une plus-latente de 200% pour un petit épargnant habitué aux 2.25% de son livret A, cela le faisait rêver . Et encore se disait-il, ce n’est rien quand les travaux seront finis et que les recettes vont enfin arriver, ce sera le Pactole.

Hélas, il fallut déchanter : les travaux coûtaient plus chers que prévu. Puis les rentrées financières furent moins fortes que prévu. L’entreprise au bord du dépôt de bilan, un cours de Bourse des actions tombés au plancher, les petits épargnants ont été lessivés, sauf certains

http://www.boursilex.com/VIE%20DES%20AFFAIRES/les_actionnaires.htm

http://www.boursilex.com/VIE%20DES%20AFFAIRES/les_actionnaires_d’eurotunnel_et_la_restructuration_financiere.htm

C’est le classique « coup d’accordéon » : les actions ne valant plus rien, on réduit le capital mais comme il faut de nouveau du capital, nouvelle souscription avec de nouveaux actionnaires  qui entrent ainsi à prix cassé dans l’affaire. Et comme par un coup de baguette magique, les affaires redémarrent et les bénéfices arrivent.

C’aurait été un cas isolé, je dirais, ce n’est pas de chance, mais dans la décennie suivante, la même opération s’est renouvelée avec les privatisations de services publics. Dans un premier temps, une forte souscription et un envolée des cours fait croire au miracle du capitalisme populaire, puis assez brutalement, les cours dévissent, le petit actionnaire s’en va ou s’il reste, ce qui lui reste est tellement symbolique que cela revient au même. Après une opération de nettoyage de l’actionnariat et l’arrivée, à très bas prix donc, de nouveaux actionnaires de référence, aussi brutalement les cours reviennent à des niveaux normaux en même temps que les dividendes réapparaissent. Inutile de citer les entreprises en question, les petits actionnaires, ceux qui ont cru au capitalisme populaire issu des privatisations s’en souviennent.

Pour en revenir à Eurotunnel, on a du mal à croire que les prévisions aient été si fausses jusqu’en 2004 pour devenir si justes après 2007, sauf à penser qu’il y avait derrière cela des arrières-pensées à très long terme. Car obtenir une concession de 100 ans pour un investissement qu’on n’a même pas réalisé (l’actionnaire de référence actuel n’est entré pour la première fois au capital qu’en 2009) montre que certains savent penser leurs intérêts sur un longue période.

Nul ne sera étonné si je dis que cet heureux actionnaire est bien connu par son habileté à manipuler les choses et les chiffres financiers

http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/09/07/eurotunnel-deux-fonds-de-goldman-sachs-vont-etre-les-premiers-actionnaires_1236807_3234.html

« Eurotunnel : deux fonds de Goldman Sachs vont être les premiers actionnaires »

http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2011/09/29/97002-20110929FILWWW00530-eurotunnel-goldman-sachs-depasse-25.php

« Eurotunnel: Goldman Sachs dépasse 25% »

Franchement, les « bandits soviétiques » avec le non-remboursement des emprunts contractés par le Tsar, font figure d’enfants de chœur comparés aux grands prédateurs de la Finance mondiale qui s’y entendent pour capter à faibles coûts, l’argent des petits épargnants. Il faut bien que quelqu’un alimente la machine à un moment donné pour que les joueurs puissent jouer….à nos dépends.

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Un commentaire pour Plus fort que les emprunts russes

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