L’Etat et les entreprises 2/5 L’Etat stratège

La France, parmi les plus grandes  puissances économiques, du monde ne peut cependant pas espérer exceller dans tous les domaines de l’économie. Comme les autres économies nationales, l’économie française doit définir quels seront les axes stratégiques de son développement dans les décennies à venir. Il n’est pas dans le rôle des entreprises de mener cette réflexion: elles n’en n’ont ni la vocation, ni les moyens. Le seul qui dispose encore du temps nécessaire et des leviers d’action est l’Etat.  Encore faut-il qu’il ne soit ni sourd, ni aveugle, ni impotent.

Penser  l’économie de 2030

Fautes d’avoir fait ce travail de prospective et de l’inscrire dans une démarche stratégique partagée, l’Etat n’a pas permis à l’économie française de tirer pleinement partie de la mondialisation dans laquelle elle est entrée à reculons. Pourtant, les structures existent, conseil de l’analyse stratégique, conseil de l’analyse économique, héritiers de la défunte Commission nationale du Plan  mais aussi toutes les officines parapubliques et privées, mais encore le Conseil Economique, Social et Environnemental, qui ne se prive jamais d’émettre des avis, mais enfin les commissions parlementaires dont la production de rapport est impressionnante quantitativement et qualitativement. Il convient de les faire travailler ensemble autour d’une volonté commune incarnée par le pouvoir politique. Cette coordination devrait être au cœur du dispositif gouvernemental. De la capacité de l’Etat à organiser leurs travaux dépend sa faculté d’être ni sourd, ni aveugle. Le rapport de madame Yannick Moreau  « pour un commissariat général à la stratégie et à la prospective va dans ce sens, son implémentation (comme on dit en franglais) serait un sérieux coup de pouce à la compétitivité globale de l’économie française.

De sa volonté de les traduire dans des orientations stratégiques fortes dépend sa capacité à ne pas rester impotent. Les exemples chinois, coréens,  allemands ou même japonais, pour ne parler que d’économies nationales comparables sont là pour nous rappeler qu’une orientation politique forte n’est jamais antinomique de l’efficacité économique.

Se donner les moyens de nos ambitions

Les entreprises de demain, les produits et les services qui feront les marchés de demain n’existent pas encore. Ils n’existeront vraisemblablement jamais si des orientations fortes ne sont pas données en matière de formation des hommes (c’est notre principale richesse) et en matière de recherche, puis de recherche-développement. Il s’agit là des priorités politiques qui n’auront de signification que dans la mesure où elles se traduisent durablement en priorité budgétaire. Cela ne veut cependant pas dire que l’Université devient une annexe du service public de l’emploi ni que le CNRS a vocation à alimenter les efforts de recherche-développement des entreprises. Cela veut dire surtout que L’Université comme la Recherche publique ont l’obligation de penser leur action en fonction de ces orientations stratégiques. Cela veut surtout dire qu’il convient de repenser le système actuel de pôles de compétitivité ou d’excellence qui, à peine né, a montré déjà ses limites en n’étant pas suffisamment sélectif. Tenir les leviers d’action stratégiques et s’en servir de façon stratégique, c’est le contraire de l’Etat impotent.

Utiliser les outils financiers

Le FSI est venu renforcer la capacité de l’Etat à intervenir dans les entreprises mais sa gestion « en bon père de famille » actuelle va à l’encontre des besoins réels de l’économie. Il est vrai que sans stratégie, il était  difficile d’identifier les investissements stratégiques.

La BPI, opérationnelle début 2013, est un autre outil d’intervention stratégique de l’Etat, à condition de l’utiliser EXCLUSIVEMENT au développement des activités stratégiques, ce qui nous ramène à la remarque précédente.

Enfin, le déplorable épisode d’Arcelor-Mittal a remis sous les feux de l’actualité la question des nationalisations. C’est effectivement  un mode d’intervention stratégique de l’Etat, si son but n’est pas de faire survivre artificiellement une activité économiquement condamnée mais donner un second souffle à une activité dont le maintien est considéré comme stratégiquement vital. La solution de la nationalisation, même temporaire, si elle ne s’appuie pas sur un projet à long terme de défense ou de renforcement d’un axe stratégique s’avère inopérante.

En résumé, les moyens financiers de l’Etat stratège ne sont pas infinis et doivent donc être en aucune façon dilapidés à essayer de maintenir ce qui ne pourrait pas l’être.

 

 

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