le Plan est mort, vive la Prospective et la Stratégie

Il y a un peu plus de deux ans, un peu déçu par le manque d’ambition et de hauteur de vue du CAS, du CAE, j’avais consacré une série de billets à plaider pour la refondation du Plan tellement il me semblait qu’il manquait à l’Etat d’alors un outil d’éclairage à moyen terme des enjeux.

Et ce ne sont pas les gadgets inventés à l’époque par Messieurs Besson et Lefebvre (et qui s’en souvient maintenant?) qui pouvaient remplacer cela. La transformation du CES en CESE était une lueur d’espoir

Mon rêve est en passe de devenir réalité.

En effet, le mercredi 5 décembre, la délégation à la prospective du CESE justement s’était associée avec la délégation à la prospective du Sénat pour réunir autour de Madame Yannick MOREAU, auteure d’un rapport au Premier Ministre intitulé en toute simplicité « pour un commissariat général à la stratégie et à la prospective », un colloque de haut niveau sur le thème « Affronter les défis du long terme : inventer une nouvelle planification. »

Deux anciens Premiers Ministres aussi différents que Michel Rocard et Jean-Pierre Raffarin sont tombés d’accord pour dire que ce fut une erreur de leur successeur Dominique de Villepin de supprimer le Commissariat Général au Plan (CGP) et que maintenant plus encore qu’avant nous avions besoin d’une instance permettant d’éclairer l’avenir à moyen et long terme, pour se dégager de la dictature de plus en plus prégnante du court terme.

Résumer dans un seul billet 3 heures de débats d’une grande intensité est une gageure que je saurais relever. Je me contenterai donc de quelques remarques pointillistes

Jean-Pierre Raffarin note à bon escient que les pays qui réussissent bien au niveau mondial, Chine et Corée en tête, mais le Japon également jusqu’à une date récente, pratiquent la planification heureuse, et ce nonobstant la vertu démocratique plus ou moins forte de leur régime politique.

Hugues de Jouvenel, pape des prospectivistes fait remarquer à juste titre qu’il y a deux façons d’aborder l’exercice : la première consiste à partir du présent pour explorer les champs du possible, la seconde part d’un objectif défini à moyen ou long terme pour remonter le chemin qu’il faudra parcourir depuis le point de départ pour y arriver. Les deux ne sont d’ailleurs pas antagonistes.

Michel Rocard, qui à la fois modernisa l’exercice de planification en inventant les Contrats de Plan (devenu Contrats de Plan Etat-Régions pour tenir compte des acquis de la première vague de décentralisation) et institutionnalisa l’évaluation des politiques politiques publiques, mit en garde avec une certaine solennité contre le risque de regrouper dans une même démarche prospective-stratégie et évaluation des politiques publiques . Celle-ci doit rester indépendante et être confiée à un maximum d’opérateurs venant d’horizons variés (et non plus comme actuellement confiée faute de mieux à la Cour des Comptes ou l’Inspection Générale des Finances).

faut-il créer pour autant un Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective (CGSP) pour remplacer le défunt CGP? Et si oui quel peut être son périmètre?

A la question un, la réponse est plutôt OUI puisque les structures qui ont été créé pour remplacer le CGP (CAS et CAE) mais aussi toutes ces instances qui ont proliféré pour organiser la réflexion à moyen ou long terme ou organiser la concertation  (Comité d’orientation des retraites, comité d’orientation de l’emploi, Haut comité de l’assurance maladie, Grenelle de l’environnement) ont certes toutes fait un excellent travail mais leurs travaux laissent une impression de grande balkanisation.

Doit-il englober toutes ces structures?  La réponse est naturellement NON, sauf peut-être pour le CAS et le CAE.

Dans la mesure où ce colloque s’est déroulé dans les locaux du Sénat, à l’initiative conjointe de la Haute Assemblée et du CESE, on ne pouvait évidemment pas évacuer  la question des relations de cette instance avec les trois assemblées, ni de ces relations avec le pouvoir exécutif.

Comme l’a fait joliment remarquer un participant à ce colloque, « le CESE est le lieu où s’élabore les consensus » pour mieux souligner la complémentarité des approches entre le CESE et le CGSP  puisque dans son esprit « le CESE, c’est la société qui s’organise » alors que « le CGSP, c’est l’Etat qui essaye de réduire son incertitude »

Comme vous le voyez, les choses ne sont pas encore parfaitement calées mais j’ai senti chez tous les participants la volonté de redonner de la cohérence aux réflexions qui permettent d’éclairer l’avenir, de redonner de la vigueur aux outils qui ont fait que l’Etat a été, un temps, puissant.

J’ai juste un regret , que personne n’est cité cette merveilleuse phrase de Gaston Bachelard : « L’avenir , ce n’est pas ce qui va arriver, c’est ce que nous allons faire. »

A la place, nous n’avons eu que quelques raffarinades dont la plus désolante est  » un homme qui reçoit une gifle est un giflé, un homme qui reçoit un hommage est un homme âgé. »

Le débat sur l’Etat stratège, la prospective et l’éclairage de notre avenir méritait mieux. Nul doute que j’y reviendrais ces prochains jours

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