Cathophobie ?

Tout est parti d’un article paru dans le Canard Enchaîné, détaillant avec minutie, les locaux dont disposent les congrégations dans Paris intra-muros et qui pourraient être utilement mobilisés lorsque les grands froids arriveront pour loger des sans-abris.

Venant du Canard Enchaîné, cette charge apparaissait naturelle et à mettre sur le compte de son anticléricalisme militant. Il n’empêche que par la suite personne n’a jamais démenti la véracité de cet inventaire. Il reste donc qu’il existe dans Paris des milliers de m² couverts qui, moyennant des travaux d’aménagement, pourront être utilisés pour accueillir des sans-abris et cela restera quoique devienne la polémique qui enfla après.

La polémique vint d’une initiative de la ministre du Logement qui manifestement a été mal appréciée par la hiérarchie catholique. En effet, méconnaissant les règles de fonctionnement interne de la multinationale vaticane, elle s’est en effet adressée par lettre ouverte au diocèse de Paris. Or, tous ceux qui connaissent l’histoire de l’église catholique et son mode d’organisation savent que les congrégations, masculines et féminines, ne relèvent que de l’autorité du pape comme le rappelle cet article paru aussitôt

http://www.charentelibre.fr/2012/12/04/duflot-au-relais-polemique,1128085.php

Mais d’un autre côté, l’erreur était excusable puisque au même moment le journal La Croix, en général bien informé de ces affaires-là rappelait la position du Vatican en la matière

http://www.la-croix.com/Religion/S-informer/Actualite/Benoit-XVI-precise-le-caractere-propre-des-organismes-caritatifs-catholiques-_NP_-2012-12-02-882692

Benoît XVI précise le caractère propre des organismes caritatifs catholiques

« Par un motu proprio « De Caritate Ministranda » signé le 11 novembre et publié le 1er décembre, le pape place les organismes caritatifs sous l’autorité des évêques, garants de leur conformité aux principes de la doctrine catholique. »

Que peut-on en retenir ? Que la hiérarchie catholique française est dans un sens bien embêtée de cette erreur d’aiguillage et ce qui n’est qu’une application de règles canoniques peut apparaître comme une absence de solidarité entre les évêques et leur patron, ce qu’ailleurs, on appellerait un « couac » ou une cacophonie (pour utiliser des mots à la mode).

Depuis, les services de l’évêché s’ingénient à démontrer que de leur côté, la règle est respectée,

://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/France/A-Paris-l-Eglise-se-mobilise-deja-pour-les-sans-logis-_NP_-2012-12-03-883139

À Paris, l’Église se mobilise déjà pour les sans-logis

« La ministre du logement a adressé lundi 3 décembre une lettre au diocèse de Paris pour lui demander de « mettre à disposition des locaux » pour les sans-domicile-fixe.

L’archevêché de Paris répond qu’il ne dispose pas de « bâtiments vides » dans la capitale.

Il fait valoir qu’il mène depuis longtemps de nombreuses actions envers les personnes de la rue, notamment « Hiver solidaire » depuis 2008. »

Mais trop tard le mal est fait et sur un fond de querelles qui n’ont rien à voir, la polémique s’est installée et a changé d’objet. Certains esprits fielleux ont en effet jeté de l’huile sur le feu en voyant dans l’initiative de la ministre  une réaction aux prises de position de Monseigneur Vingt-Trois et de ses collègues contre le projet de loi sur le mariage pour tous. Si, comme l’ont affirmé certaines dépêches, ce propos vient de la hiérarchie épiscopale, c’est non seulement idiot, mais ce serait en plus odieux.

Il se trouve même une ancienne ministre du Logement, qui, entre , peut-être dû s’occuper un peu plus de ce dossier, pour parler de « cathophobie ». Voilà un grand mot lâché.

Est-on contre la religion catholique parce qu’on signale un scandale, qu’il existe des milliers de m² vides dans Paris, propriété d’une institution qui a bâti son fonds de commerce sur l’aide au plus pauvre et dont le fondateur est né dans le dénuement, parce que ses parents avaient été rejeté, à la rue déjà, le jour de sa naissance ? Non et le dire n’est pas incompatible avec la reconnaissance  qu’il existe par ailleurs des tas d’initiatives généreuses portées par des catholiques comme les Conférences de Saint-Vincent-de-Paul, le Secours Catholique, le CCFD, l’Ordre de Malte, que les églises ont souvent été le refuge des mouvements de sans-papiers (même si ces temps derniers, il préfère plutôt les temples protestants). Non ce n’est pas de la cathophobie de dire qu’il existe des situations scandaleuses de privilèges au cœur de Paris. Mais les amalgames sont faciles et évitent qu’on les  évoque.

De même que ce n’est pas être islamophobe de dire que les pratiques de certains extrémistes (souvent d’ailleurs des néophytes zélés) sont contraires à la dignité humaine et à la liberté d’expression et de mode de vie car la majorité des musulmans ne se reconnaissent pas en eux.

De même que ce n’est pas être judéophobe que de dire qu’un Etat, au fondement religieux constamment réaffirmé, viole continument le droit international en bafouant les droits humains les plus élémentaires de son Etat voisin car la majorité des  juifs ne se reconnaissent pas dans les pratiques de cet Etat-là.

Comme Beaumarchais le faisait dire à son héro favori Figaro « sans la liberté de blâmer, il n’y a pas d’éloges flatteurs.»

L’utilisation à tort et à travers de ces termes imprécatoires nuit à la cause que prétendent défendre ceux qui les emploient et les remet en quelque sorte au niveau où ils situent ceux qu’ils entendent ainsi dénoncer.

L’erreur de Madame Duflot, si erreur il y a eu, aurait donc été de ne pas reconnaître les vertus de ceux-ci pour mieux dénoncer l’égoïsme de ceux-là. Il n’est pas trop tard pour le faire.

Il n’en reste pas moins qu’au-delà de la polémique la question de l’usage de ces milliers de m² n’est toujours pas résolue. Certes, ce ne sont pas quelques nonnettes nonagénaires qui vont pouvoir assurer l’accueil de dizaines de sans-abris dont la gestion peut se révéler certains soirs difficiles. Certes, ce ne sont pas ces locaux mal gérés par des congrégations qui peuvent être du jour au lendemain être réquisitionnés. Ils doivent être adaptés et confiés à la gestion de structures capables d’en assurer la discipline interne. Cela peut prendre un peu de temps ; raison de plus de s’y mettre tout de suite.

Il faudra donc que Monseigneur Vingt-Trois s’arrange avec les autorités vaticanes pour savoir comment on peut mobiliser le patrimoine immobilier de ces filiales d’une maison commune, la leur.

Il faudra aussi trouver un terrain d’arrangement avec les légitimes propriétaires comme cela se fera aussi avec tous les propriétaires fonciers de biens vacants dans Paris. Qu’un banquier ou qu’un assureur renâcle à la réquisition de son bien pour une action charitable, cela peut se comprendre, car ce n’est pas sa logique ni sa philosophie. Qu’une congrégation en fasse de même serait plus choquant car l’effort que leur demande la collectivité correspond à l’objet même de leur existence. A défaut, il faudra peut-être reconsidérer la question et se demander si cette association de catholiques critiques appelée Golias n’a pas raison quand elle parle de spéculation immobilière

http://www.francetvinfo.fr/cecile-duflot-demande-a-l-eglise-d-accueillir-les-mal-loges_180085.html

Réquisition de logements vacants : polémique entre Cécile Duflot et l’Eglise

Pour tout dire, il serait désolant qu’il en fût ainsi !

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