La fin de la RGPP ou le début d’une véritable révision générale de tous nos politiques publiques

Le fiasco des a-priori idéologiques

Dans son rapport particulier sur la RGPP, la députée Karine Berger, véritable haut fonctionnaire, n’y va pas de main morte sur le volet « gestion des ressources humaines de la RGPP ».

http://www.acteurspublics.com/2012/11/12/la-deputee-karine-berger-denonce-le-clientelisme-au-sein-des-ministeres

La députée Karine Berger dénonce le “clientélisme” au sein des ministères

Rappelons quand même quelques principes de ce grand projet du gouvernement précédent. Le premier principe était que la RGPP devait aboutir à une diminution radicale de la dépense publique.

Le deuxième principe qui découlait du premier dans la logique de ces penseurs était que la réduction des effectifs était la meilleure façon de de réduire la dépense publique.

On n’a pas fini de faire les comptes de ce fiasco réformateur mais quand on regarde les réforme qui ont été engagé, réforme de la carte judiciaire, réforme de la carte militaire, réforme de l’organisation territoriale de l’Etat, le moins qu’on puisse dire est que les économies ne sont pas encore au rendez-vous.

Un troisième principe, non dit celui-là,  était qu’il fallait casser les féodalités au sein de l’administration, féodalités représentées jusqu’à la caricature par les grands corps de fonctionnaires de l’Etat. Le résultat dépasse les espérances, puisque non seulement ils n’ont pas perdu de leur pouvoir mais en plus ils ont réussi à s’accaparer l’essentiel des gains de productivité que certaines mesures de rationalisation nécessaires auraient pu générer. ET cerise sur le gâteau, les corps de fonctionnaire qui faisaient déjà la pluie et le beau temps dans leur ministère ont renforcé leur emprise sur les services, au détriment notamment des administrateurs civils. Ce constat est également vrai pour les magistrats, qui ne sont pas des fonctionnaires, au sein du ministère de la justice.

Pour le reste, les réformes ont été marginales et ont plus portées sur l’organisation des services que sur la définition et la mise en oeuvre des politiques publiques proprement dites. Certes, il y avait eu entre 2002 et 2007, de nombreux audits de modernisation, qui parfois faisaient doublons avec des rapports parlementaires mais surtout avec les nombreux rapports de la Cour des Comptes.

Nos rayonnages sont remplis d’analyses toutes plus pertinentes les unes que les autres sur ce qui faudrait faire pour rendre l’action de l’Etat plus efficace. Le temps n’est donc peut-être plus aux études mais aux actes !

Le temps est venu de réviser systématiquement toutes les politiques publiques

Dans les années 90, au temps où les Pays-Bas étaient considérés comme le modèle en matière de Réforme de l’Etat, on avait coutume de rappeler que tous les ans, tous les ministères hollandais devaient soumettre 20% de leurs crédits de politiques publiques à une évaluation sans concession.

Même si cela n’a pas donné de résultats durables, le principe peut être retenus : aucune politique ne doit être sanctuarisés et chaque politique peut donc être passée au scanner pour voir si les résultats attendus sont bien au rendez-vous et le cas échéant si cela vient d’un défaut de conception ou de réalisation.

C’est semble-t-il dans cette esprit-là que le secrétariat général pour la modernisation de l’action publique

http://www.acteurspublics.com/2012/11/12/l-evaluation-portera-sur-l-ensemble-des-politiques-publiques

“L’évaluation portera sur l’ensemble des politiques publiques”

C’est donc le grand retour de l’évaluation des politiques publiques au sens où l’entendait Michel Rocard lorsqu’il avait conçu le premier dispositif organisé en la matière en 1992. On peut espérer que si l’évaluation est menée dans les règles de l’art, on verra les cabinets de consultants en organisation disparaitre provisoirement de l’écran radar au profit d’autres mieux outillés pour analyser des dispositifs qui font plus appel à la sociologie et à l’économie qu’à la comptabilité. On peut également espérer que ces évaluations feront appels à toutes les parties prenantes, c’est à dire également aux fonctionnaires qui les mettent en oeuvre et les usagers qui en bénéficient peu ou prou.

C’est ce que monsieur Filippini veut dire, je pense, quand il parle d’un « acte politique, pas [d’]un exercice technocratique. »

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4 commentaires pour La fin de la RGPP ou le début d’une véritable révision générale de tous nos politiques publiques

  1. François dit :

    Faut-il encore croire en la capacité d’introspection de l’Etat ?

    • ma réponse est incontestablement oui! Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi il n’en serait pas ainsi?
      En effet formulée comme elle est votre question pourrait se décliner sur le mode
      « Faut-il encore croire à la capacité d’introspection des entreprises?  » Si la réponse est non on jette la RSE aux orties
      « Faut-il croire à la capacité d’introspection des syndicats (patronaux et salariaux)? » Si la réponse est non, on jette les espoirs de renouveau du dialogue social aux orties
      « Faut-il croire à la capacité d’introspection des partis politiques? » Si la réponse est non, c’est la démocratie que nous jetterons en fin de compte aux orties.
      Etc…
      La réponse est « OUI » parce que comme l’a écrit Gramsci  » Il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté. »

      • François dit :

        Vous remarquerez bien sûr que la question était laissée volontairement ouverte… Néanmoins, vous comparez peut-être ce qui n’est pas comparable : en effet, si la réactivité au changement des syndicats / salariés / entreprises / partis politiques ne saurait être remise en question (et pour cause : il s’agit d’une question de survie pour ces parties !), je me permettrai d’émettre beaucoup plus de réserves concernant celle de l’administration, dont l’inertie a malheureusement fait échouer bien des tentatives de réformes.

  2. François dit :

    Vous l’indiquez d’ailleurs avec pertinence : nombre d’études ont pointé les dysfonctionnements, les points d’optimisation, les moyens d’amélioration des politiques publiques. Un nombre d’étude qui aurait conduit n’importe quel intervenant, public ou privé, à réagir, à mettre en œuvre ces moyens… Vous l’indiquez vous-même : ça n’a pas été le cas. Pourquoi ? Faute de volonté politique, point sur lequel je vous rejoint également. En effet, cette volonté politique semble la seule à même de vaincre l’inertie administrative, mais elle doit pour cela perdurer, chose que notre organisation institutionnelle actuelle ne permet pas.
    J’ajouterai enfin qu’il manque également un peu de courage politique… La prise de risque n’est malheureusement que rarement récompensée dans les urnes. CQFD.

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