Compétitivité : « Quatre débats pour le prix d’un » ou « comment la quadrature du cercle tourne en rond »

Le rapport Gallois a généré quatre débats : un débat sur la productivité, ce qu’on y met, ce qu’on n’y met pas, ce qui est important et ce qui l’est moins, un débat autour de la productivité ce qu’elle implique ou non mais aussi sur l’intérêt même d’un débat un troisième débat vient de s’ouvrir sur les propositions faites par le rapport et les choix que commence à annoncer le gouvernement.. Enfin un quatrième débat apparait de façon parcimonieuse sur les à côté du rapport Gallois comme ce débat sur l’énergie gaz de schiste tout de suite ou énergie renouvelable plus tard

Le premier débat sur la compétitivité est un débat entre économistes libéraux  et économistes sociaux-démocrates qui ne se posent pas vraiment la question  du pourquoi de la compétitivité et considérant ce point sans intérêt s’écharpent allégrement sur les  priorités d’une politique de compétitivité. Les libéraux, vous ne serez pas surpris mettent de l’avant dans l’ordre, le coût du travail, puis le coût du travail et enfin le coût du travail. Mais comme cela ne suffit pas pour faire un choc de compétitivité, ils rajoutent les dépenses publiques excessives, oubliant que si on réduit le coût du travail par des réductions de cotisations sociales, on augment de facto, les déficits publics, sauf à vouloir réduire en même temps la protection sociale  Mais comme notre modèle de développement est largement fondé sur la consommation, nul ne touche impunément au POUVOIR d’ACHAT, car celui-ci est devenu tabou depuis qu’il a eu « un président du… ». Et puis parce que cela ne coûte pas cher, on va réclamer un allégement de l’ « impôt paperasse », cette réglementation qui ne sert à rien mais dont on a tant besoin pour se protéger des autres après que , à force de la dénoncer, on a fini par la supprimer ou la rendre inopérante. L’essentiel c’est d’augmenter les marges et donc les bénéfices puis nous faire croire au mirage du théorème d’Helmut Schmitt : « les bénéfices d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain. » qui s’est traduit en France par le théorème Pasqua : « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. »

De l’autre, il y a les sociaux-démocrates qui sont aussi souvent des colbertistes pour lesquels l’Etat doit intervenir fortement pour orienter l’économie via une politique d’investissement. Mais comme elle est aussi d’inspiration socialiste, on y introduit aussi un peu d’humain. C’est pourquoi le discours tourne autour de l’innovation, de la production de qualité, du renforcement des compétences, l’amélioration du dialogue social via un changement de gouvernance des entreprises. C’est pourquoi on rappelle le rôle éminent que doit continuer à jouer l’Etat pour financer les infrastructures.

Si on y regarde de près ces thèmes c’est à peu près la grille qu’utilise le Forum Economique Mondial pour mesurer la compétitivité des économies : infrastructures, institutions, santé et  éducation, université, efficience du marché des biens et services, efficience du marché du travail, disponibilité technologique, effort d’innovation

Mais c’est aussi la grille qu’utilise la Banque Mondiale pour définir la qualité du climat des affaires dans chaque pays à travers son enquête annuelle « doing business ». Pour plus de détail sur ces études, lire le billet qui y sera consacré demain.

Davos, Banque Mondiale, voilà des références qui situent bien dans quel paradigme nos économistes raisonnent.

Un compromis peut être trouvé dans ce cadre mais sera-t-il pour le bien de tous?

 Et puis il y a le second débat autour de la compétitivité débat déjà plus politique puisqu’il pose en filigrane la question de la finalité de l’économie. Comme je l’ai dit, cette question ne se posent pas pour les économistes libéraux et sociaux-démocrates mais elle se posent pour les autres, les hétérodoxes mais aussi quelques politiques.

Chacun l’a exprimé à sa façon.

Il y a eu la manière Alter Eco

http://www.alternatives-economiques.fr/index.php?ogn=MODNL_240&prov=&cat=&lg=fr&id_article=61131&id_publication=1172

Le bloc-notes de novembre 2012

Compétitivité

Tout ne peut pas se réduires à une compétition. Celle-ci n’a de sens si elle débouche sur un avantage pour tous et une plus grande efficacité globale. Cette vision des choses n’est pas très révolutionnaire mais cela apporte un peu d’air frais

Il y aussi ceux qui pensent aux acquis du CNR qu’il convient de préserver et si améliorer la compétitivité peut arranger les choses n’en profitons pas pour jeter le bébé avec l’eau du bain.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/05/l-etau-de-la-competitivite_1785642_3232.html

L’étau de la compétitivité

Cela ne débouche sur rien mais au moins cela rappelle les limites que tout débat sur l’économie ne saurait dépasser sans écorner les dogmes.

Il y a aussi les réfractaires qui refusent de se laisser éblouir par ce qui se passe de l’autre côté du Rhin et nous rappellent que l’herbe plus verte dans le pré voisin ne paraît plus verte que tant qu’on n’y est pas allé.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/06/competitivite-la-france-doit-resister-au-mirage-schroder_1786323_3232.html

Compétitivité : la France doit résister au mirage Schröder

Et puis il y a les radicaux, les économistes atterrés qui nous disent que le vrai problème ce n’est pas temps des mécanismes de compétitivité mais la façon dont les capitalismes nationaux organisent la répartition internationale du travail.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/05/en-finir-avec-la-competitivite_1785670_3232.html

En finir avec la compétitivité

Il y a enfin les francs tireurs, un peu utopistes dans leur démarche mais tellement près de la réalité dans la façon d’appréhender les solutions

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/06/mettre-la-production-au-service-de-l-emploi_1786534_3232.html

Mettre la production au service de l’emploi

J’allais oublier les universitaires qui nous rappellent que ce débat n’est pas nouveau et qu’il achoppe toujours sur la même question: quel est le rapport entre l’intérêt général et l’activité économique qui n’est souvent l’expression exacerbée des intérêts particuliers?

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/05/remettre-l-interet-general-au-c-ur-de-l-activite-economique_1784838_3232.html

Remettre l’intérêt général au cœur de l’activité économique

On a même eu le droit au long pensum gauchisant et violemment anticapitaliste plus rempli de référence littéraire que d’analyses économiques et sociales mais qui a le mérite de lever le coin du voile sur ce qui se déroule en fait derrière ces combats de mots.

http://dessousdebruxelles.ellynn.fr/spip.php?article187

La compétitivité, ou la loi des multinationales

Hélas, comme souvent avec ce genre de pamphlet, on est plus dans l’imprécation que dans la contreproposition. Mais au moins cela nous rappelle que ce débat sur ou autour de la compétitivité est  AUSSI et peut-être avant tout un débat idéologique

Le troisième débat sur les décisions prises après la publication du rapport montre bien que ce jeu d’ombres d’avant publication était plein de faux-semblants. Ceux qui devaient être pour, sont pour, ceux qui devaient être contre sont contre mais il y a là dedans bien peu de fond. J’attends d’avoir un peu de recul avant de le commenter

Et puis il y a les débats qui se sont invités dans LE débat un peu comme des « cavaliers législatifs dans un texte de loi ». Je veux parler du plaidoyer pour l’assurance-vie dont l’avenir était fiscalement menacé mais qui érigé en source essentielle de financement des PME va retrouver de la couleur, les compagnies d’assurances aussi. Il y a aussi le débat sur le coup de l’énergie qui fait d’une pierre deux coups : premièrement il remet en selle la question du gaz de schiste même si promis-juré, on ne touchera à rien et deuxièmement, on a tenté de renvoyer à plus tard les efforts en faveur des énergies renouvelables : le récent vote au Sénat montre qu’il y a potentiellement une majorité pour cela au Sénat

MAIS, il y a un débat qu’on a totalement occulté tellement il se voyait comme le nez au milieu de la figure, c’est le « Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là? »

En effet la première partie du rapport Gallois et implacable : les entreprises françaises ont fait les mauvais choix stratégiques en optant par un positionnement milieu de gamme. Elles se sont enferrées en voulant à tout prix (c’est le cas de le dire) concurrencer les autres producteurs à bas coûts sur ce segment. Elles n’ont pas fait de recherche et développement contrairement à l’Etat. Elles n’ont pas investi dans leur outil de production préférant d’autres utilisations pour leurs trésoreries replètes. Mais à force celle-ci se sont dégonflées. Et cela ne s’est pas fait en un jour. En fait, le décrochage avec la moyenne des économies de l’OCDE date du milieu des années 90 et n’a fait qu’aller en s’amplifiant. Mais ce débat n’a pas eu lieu car il aurait mis en évidence la lourde responsabilité du capitalisme français dans la construction de son malheur et ce sont les derniers arrivés, ceux qui ont été un peu au pouvoir au début de cette période qu’on somme de gommer près de 20 ans d’impérities. Bâtir la confiance a dû leur demander beaucoup d’abnégation, mais ils n’étaient pas obligés d’être aussi obligeants.

Mais je ne voudrais pas entamer ici une analyse des propositions du rapport Gallois et les réponses du gouvernement Ayrault. J’y reviendrai un jour prochain, quand j’aurai relu et disséqué le rapport et le communiqué ministériel.

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