La Banque Mondiale serait-elle en train de changer ?

Depuis leur création, dans la foulée des accords de  Brettons Wood, Le Fonds Monétaire International  (FMI) et la Banque Mondiale (BM) marchent le plus souvent de concert, l’un étant plutôt le méchant qui tape sur les doigts des mauvais élèves, le FMI, l’autre plutôt le gentil, qui tend une main secourable au plus pauvre, la Banque Mondiale.

Mais dans la pratique, les pays qui ont eu à faire avec les experts de ces deux institutions financières des Nations Unies ne les portent pas trop dans leur cœur.

Avec l’arrivée d’un nouveau président à la tête de la BM, il semblerait que le discours s’infléchisse un peu plus dans le sens de la solidarité. C’est du moins l’impression que je tire du compte-rendu qu’il fait d’un de ses premiers déplacements officiels en tant que Chairman

http://blogs.worldbank.org/voices/fr/une-journ-e-id-ale-pour-un-accro-du-d-veloppement-mon-tape-sud-africaine?cid=EXT_BulletinFR_W_EXT

Une journée idéale pour un accro du développement : mon étape sud-africaine

C’est plein de naïveté et de bons sentiments mais cela sent tout de même un peu l’exercice de communication. Et c’est au pied du mur qu’on reconnaitra finalement le maçon.

Lutter contre l’argent sale

Justement, à propos de mur, il y en a un que la BM veut faire tomber, c’est celui du silence autour des circuits louche qui permettent à l’argent suspect de circuler de façon illicite

http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/ACCUEILEXTN/NEWSFRENCH/0,,contentMDK:23259993~menuPK:51200699~pagePK:34370~piPK:34424~theSitePK:1074931,00.html?cid=EXT_BulletinFR_W_EXT

Combattre l’argent sale et les flux financiers illicites pour faire reculer la pauvreté

Mettre ce combat sous le signe de la lutte contre la pauvreté est particulièrement habile. En effet, on aurait pu penser qu’il était sain pour les circuits financiers qu’il restaure un minimum leur image et redonne ce minimum de confiance qui fera que le business pourra « repartir comma avant ».

On aurait pu penser que la Banque Mondiale se placerait sur le plan de la morale pour justifier son intervention. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait dans le sillage des printemps arabes, comme s’il n’y avait que dans ces pays-là que les gouvernants pillent allégrement leur peuple

http://blogs.worldbank.org/voices/fr/agir-pour-la-restitution-des-avoirs-voles?cid=EXT_BulletinFR_W_EXT

Agir pour la restitution des avoirs volés

Mais placer la lutte contre les circuits de l’argent sale sur le registre de la lutte contre la pauvreté est évidement bien plus malin. Cela évite de parler du sujet de fond : si ces circuits existent, c’est

1°.parce que il y a des opérateurs pour les mettre en œuvre, qui ont forcément pignon sur rue, sinon l’argent de se blanchit pas, il continue à circuler de façon clandestine

2. parce qu’il existe des endroits où ces opérations délictueuses peuvent se dénouer en toute légalité, ce qu’on appelle les paradis fiscaux.

Le développement ne peut être que durable, « forcément durable »

Un des principes du développement durable est  d’associer les différents intérêts, parfois divergents pour aboutir à un système équilibré. Mais dans la pratique, entre les défenseurs des intérêts économiques, les défenseurs des intérêts sociaux et les défenseurs des intérêts environnementaux (pour reprendre les trois grandes dimensions du développement durable), la balance n’est pas équilibrée puisque leur pouvoir d’influence n’est pas identique. Toutefois, il convient de saluer cette initiative de la Banque Mondiale

http://www.banquemondiale.org/fr/news/2012/08/15/new-world-bank-sourcebook-advocates-engaging-stakeholders-allies-pollution-management?cid=EXT_BulletinFR_W_EXT

Un nouveau guide d’information de la Banque mondiale préconise d’allier les intérêts des diverses parties prenantes dans la gestion de la pollution

En effet, la prise en compte de toutes les parties prenantes est encore une pratique trop rare, y compris dans nos sociétés développées. Il suffit de voir la place réservée aux parties prenantes, autres que les actionnaires dans la gouvernance des entreprises.

Mais les responsables de la BM vont même plus loin. Je salue comme il convient ce texte, ou du moins son titre

http://blogs.worldbank.org/voices/fr/mettre-la-nature-au-c-ur-des-d-cisions-conomiques?cid=EXT_BulletinFR_W_EXT

Mettre la nature au cœur des décisions économiques

Car il ne faut pas se leurrer, il ne s’agit là que d’un discours prononcé devant un auditoire acquis à la cause mais il est vrai que l’auteur de ce texte est la vice-présidente « développement durable » de la BM. Les exemples qu’elle prend pour illustrer son propos sont d’ailleurs sujet à caution.  Toutefois, on ne saurait trop recommander aux économistes qui gravitent autour du Conseil d’Analyse Stratégique de lire et méditer ce petit texte

« Le développement durable, c’est la banque Mondiale plus l’électricité. »

Cette mauvaise paraphrase d’une maxime fameuse de Lénine résume assez bien la démarche conjoint de l’ONU et de la BM. Compte tenu des modes de consommation énergétique dans certaines parties parmi les plus pauvres de la planète, il est évident que la multiplication d’unités de production d’énergie renouvelable sera incontestablement un bien. Je pense notamment à la déforestation presque complète d’Haïti, pour la cuisson des aliments essentiellement, et dans une moindre mesure de Madagascar.

http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/ACCUEILEXTN/NEWSFRENCH/0,,contentMDK:23280314~menuPK:51200699~pagePK:34370~piPK:34424~theSitePK:1074931,00.html?cid=EXT_BulletinFR_W_EXT

La Banque mondiale se joint à l’initiative « Énergie durable pour tous »

Incidemment, cela aura peut-être quand même un inconvénient pour ces populations. Pour que l’énergie renouvelable puisse être utilisée, il faudra qu’elles s’équipent en appareils électriques, qu’elles ne produisent pas. Mais voilà un beau débouché pour les productions low-cost d’Asie du Sud-Est.

Et pour illustrer cela, voici un bel exemple

http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/ACCUEILEXTN/NEWSFRENCH/0,,contentMDK:23276127~menuPK:51200699~pagePK:34370~piPK:34424~theSitePK:1074931,00.html?cid=EXT_BulletinFR_W_EXT

L’énergie solaire éclaire l’avenir des bergers mongols

Si j’avais mauvais esprit, ce genre d’images conforte ceux qui pensent qu’hors le nucléaire, nous régresserions et que nous retournerions vivre sous des yourtes

Retrouver sa vraie mission

En lisant tout cela, je me disais que la Banque Mondiale était en train de changer et qu’elle abordait de façon pragmatique des sujets qu’elle n’osait pas trop toucher auparavant. Y avait-il un changement réel dans les objectifs de la BM ?

Il y a quinze jours, la Banque Mondiale publiait un rapport intitulé « Repenser le rôle de l’Etat dans la finance ». Si c’était de la même veine, il fallait s’attendre à quelque chose de détonnant

http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/ACCUEILEXTN/NEWSFRENCH/0,,contentMDK:23272090~pagePK:64257043~piPK:437376~theSitePK:1074931,00.html

Repenser le rôle de l’État dans la finance

Je n’ai pas lu l’intégralité du rapport, en Anglais, mais si le cœur vous en dit, il est disponible à ce lien

http://siteresources.worldbank.org/EXTGLOBALFINREPORT/Resources/8816096-1346865433023/8827078-1346865457422/GDF_2013_Report.pdf

Toutefois, la lecture de la présentation qui en est faite en Français me rassure : la BM n’a pas changé. Les grands classiques du catéchisme libéral sont là :

Il faut plus de concurrence sr les marché

L’intervention de l’Etat comme prêteur a été utile au plus fort de la crise mais les retombées à long terme de ce remède de court terme peuvent être grave (création des créances douteuses, manière diplomatique de parler de la crise actuelle des dettes publiques, ce qui est un comble !)

L’intervention de l’Etat  dans le contrôle des banques est contreproductif : développement financier insuffisant, instabilité financière plus grande, croissance économique plus lente. ;

Mais tout est dit à la fin : la banque Mondiale est là pour promouvoir le développement et la stabilité des systèmes financiers.

OUF ! La BM n’a pas changé ! Mais alors ce discours sur la réduction de la pauvreté, le développement durable, etc… , c’est du vent ? Non, cela fait partie de ces contradictions internes aux organisations internationales : il faut parfois faire des concessions pour sauvegarder l’essentiel. Voilà qui est fait et bien fait !

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