La religion de la « compétitivité » ou l’arroseur arrosé

Tant qu’ils étaient ministres les ministres de l’UMP se gargarisaient de mots ronflants pour dire qu’ils étaient en train de travailler à la compétitivité de la France. Depuis qu’ils sont retournés à l’opposition, pas une sortie sur les plateaux TV, ni à une quelconque Université d’été du MEDEF sans parler des risques qui pèsent sur la compétitivité de la France du fait des politiques socialistes!

Hélas, on n’est jamais trahi que par les siens

Le dernier rapport sur la compétitivité des pays que publie le Forum Economique Mondial ( communément appelés Forum de DAVOS) est cruel pour ces petits marquis du néo-libéralisme

http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20120905trib000717874/la-france-sort-du-top-20-des-pays-les-plus-competitifs-au-monde.html

« La France sort du top 20 des pays les plus compétitifs au monde »

 

Certes les critères que retient le Forum économique Mondial pour définir la compétitivité d’un pays sont idéologiquement très marqué du sceau du libéralisme économique, mais après tout ne sont-ce là des valeurs proches de celles que défendaient le candidat Sarkozy, en tout cas plus proches que des valeurs du candidat Hollande ou a fortiori du candidat Mélenchon ou de la candidate Joly?

Que nous disent-ils ces classements mondiaux ? En 2007 la France était 16° avec une « note » moyenne de 5.2. En 2012, elle n’est plus que 21° avec une note de 5.1.

Il faut savoir que ce classement de du FEM regroupe 144 pays en trois catégorie : les pays « menés par leurs facteurs de production », autrement dit les pays sous-développés ou en voie de développement, les pays « menés par l’efficience » autrement dit les pays émergents ou potentiellement émergents et enfin les pays « menés par l’innovation », autrement dit les pays développés . Chaque groupe comprend environ 35 pays avec entre chaque groupe des petits groupes de pays dit en transition.

Ainsi, en sortant du top 20, la France est passé de la première moitié du groupe d’excellence à la seconde moitié.

Pour expliquer comment on en est arrivé là, il n’est peut être pas nécessaire que je détaille ici les 15 critères et presque 120 sous-critères qui permettent d’établir ce classement.

Il me suffira de lister les évolutions les plus marquantes qui expliquent cette perte de compétitivité globale de la France pendant ces 5 ans

Par grands critères cela donne :

Évolution positive pour ce qui concerne l’ « efficience du marché  du travail » où la France passe d’un piteux 105° rang à un obscur 66° rang. Cela est dût essentiellement à l’amélioration du sous-critère « flexibilité des politiques sociales » (du 103° rang au 62° rang). On voit là le rôle important qu’a joué le ministre Bertrand pour assouplir les règles sociales en faveur des entreprises Mais cela n’a pas suffi puisque pour le Forum, les relations sociales sont parmi les plus exécrables du monde (137° rang) et que les règles d’embauche et de licenciements sont ce qu’on trouve de plus rigide pour les néo-libéraux de Davos (141° rang, c’est-à-dire qu’il n’y a plus grand monde derrière). C’était bien la peine qu’il se décarcasse Xavier Bertrand!

Évolution positive aussi pour ce qui est de la disponibilité technologique, c’est-à-dire la capacité à réagir au quart de tour aux innovations technologiques qui devient même un critère d’excellence de la France (progression du 21° au 14° rang). Cette progression est due essentiellement à l’introduction de nouveaux sous-critères prenant en compte l’accès aux réseaux Internet sophistiqué. Cela aura au moins servi à cela de vendre des licences 3G, n’est-ce pas Monsieur Besson !

Evolution négative par contre pour ce qui concerne le critère « santé et enseignement primaire et secondaire » qui reste encore un point fort (21°) mais qui fut jusqu’en 2007 un point d’excellence (6° rang). Je serais Monsieur Chatel ou Monsieur Bertrand, j’éviterai désormais de parler de compétitivité

Evolution négative également pour le critère « enseignement supérieur et professionnel » qui subit la même glissade que l’enseignement de base (du 16° rang au 27° rang). Et dire que c’est madame Pécresse qui est la plus bavarde actuellement sur les efforts de compétitivité faits avant et de la perte de compétitivité depuis.

Evolution négative toujours  pour le critère « efficience du marché des biens » . La France qui occupait un médiocre 21° rang dans le groupe des pays avancés, se retrouve au 46° rang, c’est-à-dire comme un pays en transition vers un stade moins avancé de développement. Doit-on y voir l’action conjuguée de Messieurs Lefevre, Besson et Lelouche ? Difficile après pour eux de parler de la défense de la compétitivité de la France.

Evolution négative enfin pour le critère « sophistication des affaires », critère d’excellence encore en 2007 (9° rang mondial), devenu plus médiocre en 2012 (21° rang). Ce critère étant difficile à comprendre spontanément, il convient de le détailler par item et le constat est alors accablant. Tous ces items sont en recul et là où la France avait de réels points d’excellence, on est retombé dans une honnête moyenne voire dans une certaine médiocrité. Jugez-en

Quantité de l’offre globale : du 7° au 26°rang

État de développement des clusters (si chers à madame Pécresse) : du 23° au 30° rang

Étendue de la chaîne de valeur : du 3° au 9° rang

Contrôle des circuits mondiaux de distribution : du 1° au 33° rang

Sophistication des processus de production : du 7° au 13°rang

Volonté de déléguer l’autorité : du 35° au 88°rang

Il y a là une responsabilité partagée entre quelques ministres et l’ensemble du patronat français.

 

A travers ces éléments, on se rend compte que le constat établi par le Forum de Davos est cruel pour l’équipe gouvernementale précédente qui de ce seul fait est mal venue pour reprocher à l’équipe qui se met en place de saper la compétitivité de la France. Ils ont déjà fait le plus gros du travail !

Maintenant que l’essentiel de l’analyse est présenté, je ne résiste pas au plaisir de faire quelques focus sur des items savoureux quant à leurs résultats

« confiance dans le personnel politique » : recul de la 30° à la 44° place. Le comportement au sommet de l’Etat n’a peut-être pas grandi l’image de la fonction politique.

« népotisme et favoritisme dans les nominations aux fonctions publiques » : recul de la 21° à la 44° place. Il est vrai que quelques nominations de proches ont pu choquer

« dilapidation des fonds publics » : recul de la 37° à la 77° place avec les corollaires « déficit gouvernemental » (dela 95° à la 114° place) et « dette gouvernementale » (de la 106° à la 130° place). Dire que malgré cela, la France espérait garder son « triple A »

« coût du terrorisme pour les entreprises » : recul de la 69° à la 93° place

« fiabilité des services de police » : recul du 19° au 33° rang. Et dire qu’il a été ministre de l’intérieur pendant 5 ans.

« nombre de procédures pour la création d’entreprise » : recul du 9° au 29° rang et « temps nécessaire à la création d’une entreprise » , recul du 9° au 25° rang. Manifestement pour le FEM, le statut d’auto-entrepreneur n’est pas un statut d’entreprise.

« solidité des banques » : recul du 19° au 54° rang. Heureusement que dans le courant de l’été 2008, il a sauvé le système bancaire à lui tout seul

Et plus anecdotique mais symptomatique du malaise ambiant

« qualité de l’enseignement primaire et secondaire » , recul du 8° au 37° rang, « qualité du 3° cycle universitaire », recul du 30° au 45° rang, « « qualité de l’enseignement des maths et des sciences », recul du 4° au 25° rang (adieu Médailles Fields)

 

Voilà, c’est le bilan fait par ses coreligionnaires, si tant est que le néo-libéralisme soit une religion, de 5 ans de sarkozisme. Il est sans appel. Mais on peut ne pas être d’accord avec les critères retenus pour dire que la France est compétitive. Il en existe d’autres mais ceux-ci reflètent naturellement une autre façon de voir le monde et une autre philosophie politique. Jugez-en

http://www.novethic.fr/novethic/isr_investissement_socialement_responsable,agences_de_notation,notation_esg_etats_evaluer_pays_dela_leurs_finances,138029.jsp?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_content=novethicInfo&newsletter=ok

Notation des Etats : évaluer les pays au-delà de leurs finances

C’est une autre façon de mesurer la compétitivité des pays, sauf que dans ce cas, on ne parle pas de compétitivité mais de responsabilité.

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