Un débat démocratique sur la politique énergétique

A. Quelques éléments à verser au dossier du débat sur la politique énergétique

1. La solution de la transition énergétique n’est pas dans la production mais dans la consommation

Voici ci-dessous le type même d’article qui peut contribuer à tuer le débat.

http://www.latribune.fr/green-business/l-actualite/20120309trib000687399/nucleaire-ou-renouvelables-est-ce-vraiment-la-question.html#xtor=EPR-2-[Green+Business]-20120313

Nucléaire ou renouvelables, est-ce vraiment la question?

En effet, l’article annonce qu’il va parler « réduction de la demande » et pendant 92 lignes nous parle des avantages comparés du nucléaire et des énergies renouvelables pour conclure que les énergies fossiles ont encore de beau jour devant eux. A peine deux lignes sur les scénarios Negawatt qui ne sont même pas présentés. Belle œuvre de désinformation. Ce n’est pas ainsi qu’on alimentera un débat réellement démocratique. Pour compléter l’information fournie par La Tribune, voici le lien avec le site de Négawatt et leur scénario 2011 http://www.negawatt.org/scenario-negawatt-2011-p46.html

 

2. Le prix du mix énergétique

Pour la majorité des Français, le débat énergétique, c’est d’abord et avant tout, une question de pouvoir d’achat. En effet, le poste énergie (carburant, chauffage, éclairage) pèse de plus en plus lourd dans le budget des ménages et le bilan que produit le Commissariat Général au Développement Durable présente l’immense avantage de mettre beaucoup de chiffre sur la table

Le bilan énergétique de la France en 2011

Mais comme la matière est compliquée, il faut décrypter. C’est ce qu’essaye de faire l’article ci-dessous

http://www.actu-environnement.com/ae/news/mix-energetique-cout-fossile-electricite-thermique-16271.php4#xtor=ES-6

« Le mix énergétique actuel coûte très cher aux Français »

Malheureusement, puisqu’on parle de coût de l’énergie, aussi didactique que puisse être la présentation, elle restera forcément lacunaire dans la mesure où d’une part, les coûts réels de certaines énergies ne sont pas connues même approximativement ( le nucléaire par exemple) et d’autre part que le coûts d’autres sources d’énergie varient extrêmement rapidement soit soit l’effet du progrès technologique (énergies renouvelables) soit sous l’effet de la spéculation (hydrocarbures).

3. La tentation de l’autonomie à tout prix

Dans les années 70, les ingénieurs ont réussi à convaincre les politiques que l’énergie nucléaire était la solution pour atteindre l’autonomie énergétique et cela a donné une dépendance rarement atteinte à une seule source d’énergie (plus de 70% de l’électricité produite en France est d’origine nucléaire), alors même que l’intégralité du combustible est importée. Cela ne pèse certes pas beaucoup dans la balance commerciale de la France car le combustible n’est pas le poste le plus important du prix de revient du Kwh nucléaire mais dépendre à ce point de la bonne qualité des relations diplomatiques avec un ou deux Etats est dangereux.

Du coup, il peut y avoir une nouvelle tentation mais autour d’une source entièrement localisée sur notre territoire. C’est pourquoi, il est évident que l’exploitation des gaz de schiste sera aussi au cœur du débat comme l’indique l’article ci-dessous.

http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2012/07/25/n-enterrons-pas-le-debat-sur-les-gaz-de-schiste_1738035_3208.html

N’enterrons pas le débat sur les gaz de schiste

Mais le débat sur cette source ne saurait se limiter aux dangers ou non de la fracturation hydraulique ou aux dégâts sur les paysages.

4. Le climat, cette donnée incontournable

A Copenhague, le climat a subi un cuisant revers et les climatosceptiques ont réussi à réinstaller le doute dans les esprits. En effet, un récent sondage en ligne fait par le Télégramme de Brest laisse apparaitre que 55% des répondants ( 2.000 réponses quand même en une journée) pense que le réchauffement est réel, contre 41.5% qui sont d’un avis contraire. Il est vrai que poser cette question dans ces termes à l’issue d’un épisode pluvieux et froid qui a duré trois longues semaines pouvait paraître incongru. Il eut mieux valu parler de changement climatique.

Il faut dire qu’un premier article paru en mars dans l’autre journal régional de Bretagne avait provoqué des commentaires de lecteurs laissant pensé que la question était polémique et que le climatoscepticisme progressait

http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet.php?abo=2828281&serv=10&idCla=39382&idDoc=2059683&utm_source=ofmnewsletter&utm_medium=lettredinformation&utm_campaign=monde

Le réchauffement climatique atteint un seuil critique

Il est vrai que les journalistes n’hésitent pas à forcer le trait quitte à faire passer pour une catastrophe imminente, ce qui est une certitude à moyen ou long terme. A vouloir trop prouver, on ne prouve plus rien.

C’est aussi le défaut dans lequel est tombé Le Monde qui titrait le 25 juillet 2012

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/07/25/la-calotte-glaciaire-du-groenland-a-fondu-de-97-en-juillet_1738259_3244.html

La calotte glaciaire du Groenland a dégelé à 97 % en juillet

Tout le monde lit «  la calotte glaciaire a fondu de 97% » alors que dans la réalité, cette calotte glaciaire n’a fait que se réchauffer et donc que la surface est passée au dessus des 0° Celsius. Il vaut mieux d’ailleurs car si toute la glace avait fondu, Paris serait un port de pêche et les régates des jeux olympiques se dérouleraient sur les hauteurs  de Summerhill

Il n’en demeure pas moins que ce réchauffement est d’une ampleur exceptionnelle (mais pas inédite).  A travers cette réflexion, c’est la production de gaz à effet de serre qu’il va falloir rétablir comme paramètre de choix dans le mix énergétique, histoire de ne pas parler que pouvoir d’achat, indépendance énergétique ou balance commerciale.

B. Un débat réellement démocratique ?

1.Des informations sincères ?

Le gouvernement précédent nous avait habitué aux rapports de circonstances ou aux rapports de complaisance. Le sommet avait été atteint par le cabinet Besson qui n’avait pas hésité à sortir les bonnes vieilles méthodes des années 70 pour nous assener la vérité officielle

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20120313trib000687994/des-experts-denoncent-les-erreurs-du-rapport-energie-2050-d-eric-besson.html#xtor=EPR-2-[Industrie++Services]-20120314

Des experts dénoncent les « erreurs » du rapport Energie 2050 d’Eric Besson

Heureusement, ou malheureusement pour ce sinistre ministre, les associations de défense de l’environnement ont pris de l’expérience et disposent maintenant de viviers d’experts capables de décortiquer ces rapports savamment abscons. Leurs présence est évidemment nécessaire pour que le débat soit réellement démocratique.

Mais il n’y a pas qu’en France que cela se passe ainsi. Les Américains ont en la matière une solide expérience et s’ils n’ont pas « la chance » d’avoir un Corps des Mines, ils disposent d’Universités suffisamment nombreuses mais suffisamment dépendantes des subsides des grands groupes industriels pour pouvoir produire à la demande les rapports « qui vont bien » http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/07/26/etats-unis-un-rapport-sur-le-gaz-de-schiste-critique-pour-conflit-d-interets_1738429_3244.html

Etats-Unis : un rapport sur le gaz de schiste critiqué pour conflit d’intérêts

Mais manifestement, les mécanismes démocratiques fonctionnent encore bien aux Etats-Unis sous l’impulsion des ONG. Mais nous voilà avertis : ils circulent sur la question des gaz de schiste des documents d’origine parfaitement douteuse. L’industrie des hydrocarbures n’est pas prête à baisser les bras. Elle a d’ailleurs commençait à donner de la voix en France et on connait le poids financier de ses leaders.

2. Un débat sous influence ?

Nous avons tous entendu parler de l’influence des lobbys pétroliers et leur capacité à peser sur la décision publique. Quand on sait ce qu’il peuvent obtenir en terme d’avantages purement financiers

http://www.novethic.fr/novethic/ecologie,energies,energies_fossiles,subventions_energies_fossiles_les_lobbys_pesent_trop_gouvernements,137973.jsp?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_content=novethicInfo&newsletter=ok

Subventions aux énergies fossiles : « Les lobbys pèsent trop sur les gouvernements »

On peut penser que s’agissant de modeler l’opinion publique, ils auront un pouvoir qu’il ne faudra pas négliger.

Tout cela, le gouvernement actuel le sait bien et il faut espérer qu’il en tiendra compte dans l’organisation de la conférence environnementale de Septembre et surtout plus tard quand on parlera politique énergétique de la France pour les 50 prochaines années.

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