Les effets (imprévus ?) de la crise des finances publiques

Il y a 4 ans, on ne parlait  dans les milieux les mieux informés que du risque de voir des banques déposer leur bilan et donc d’une remise en question du système bancaire mondial. Quelques semaines plus tard, l’un d’entre elles ayant effectivement déposé son bilan, c’était le début de ce qu’on a appelé la crise financière, en fait la crise des banques. Elles ne furent sauvées que par les pouvoirs publics qui engouffrèrent des masses plus que considérables (à ce niveau, il n’y a d’adjectif pour exprimer l’importance de l’effort fourni) en garantie de la solvabilité des banques restantes.

S’étant refait une santé, les banques ont aussitôt perçu que leur point faible, c’était la dette publique et elles se sont souvenues soudain de leurs règles prudentielles. C’est ainsi que la crise bancaire est devenue la crise de la dette publique.

Pour être totalement juste, certains avaient déjà tiré le signal d’alarme, notamment en France Monsieur Pébereau et surtout tous ceux qui dans la galaxie néo-libérale, considèrent que quelle que soit la santé d’une économie la dépense publique doit être la plus réduite possible.

Et d’ailleurs, ils avaient tout fait pour que cela se réalise en appliquant à la lettre la mâle injonction lancée par Reagan et reprise par Thatcher à la fin des années 70 et au début des années 80 : « We must starve the beast ! » « Nous devons affamer la Bête ! ».

En effet les années 80, 90 et les cinq premières années du nouveau millénaire furent un combat opiniâtre pour réduire la pression fiscale, notamment celle qui pesait sur les plus fortunés et quand la loi n’y suffisait pas, toutes les astuces d’optimisation fiscale, légales ou illégales, furent mobilisées pour y arriver.

Mais comme dans le même temps, la demande sociale en matière de services publics ne diminuait pas, la plupart des pays furent confrontés à ce choix cornélien : décevoir la demande sociale au risque de détruire la cohésion sociale (et pire même, au risque de ne pas être réélu), ou financer la dépense publique par la dette puisque l’impôt ne suffisait plus.

Cela a duré quelques temps mais comme je l’écrivais plus haut les banques ont fini par se réveiller et prendre conscience qu’elles avaient joué avec le feu en se nourrissant de la dette publique, la pire étant peut-être Golman Sachs, qui conseillait des gouvernements en même temps qu’elle se repaissait des prêts qu’elle leur fourguait.

Les lendemains de bamboche sont toujours douloureux et nous assistons à des choses inimaginables il y a encore quelques années.

Des collectivités locales déposent le bilan.

On apprenait ce matin qu’une ville californienne de 300.000 habitants venait de déposer le bilan.

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2012/06/27/la-ville-californienne-de-stockton-depose-le-bilan_1725032_3222.html

 Imaginez une ville de la taille de Rennes ou de Strasbourg qui déposerait son bilan. Cela ferait un tollé dans le Landerneau financier La raison en est simple : ses ressources étant liées à l’immobilier, si l’immobilier s’effondre, « la Bête » meurt de faim, mais comme la bêbette est finalement assez petite, cela ne fait pas de gros dégâts. Il n’emlpêche : imaginez aujourd’hui la tête des habitants de la ville de Stockton ! Mais n’allez pas croire que cette ville est une exception : on en parle uniquement parce que c’est la plus grosse jusqu’à présent mais maintenant qu’un tabou est tombé….

Un paradis fiscal menace de prendre son indépendance

Les paradis fiscaux ont été la solution la plus commode adoptée par les nantis pour apporter leur contribution à l’affamement des finances publiques. Mais comme un peu partout l’heure est à la rigueur budgétaire, les peuples veulent bien prendre leur part du fardeau mais à condition que ceux qui ont le plus profité de ces trente dernières années ne soient plus à l’abri de l’effort commun. Les Britanniques, sauf peut-être Monsieur Cameron et quelques uns de ses conseillers, voient donc d’un très mauvais œil la prospérité affichée sous leur nez par Jersey (on pourrait aussi y ajouter l’Ile de Man). Du coup, Jersey se sentant menacé dans ce qui fait sa prospérité menace de quitter le navire pour de bon http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/06/27/l-ile-de-jersey-menace-de-devenir-independante_1724999_3214.html

 et personne dans l’Union Européenne ne pourra rien leur dire puisque nous acceptons comme Etat-Membre à part entière un Etat dont la prospérité doit tout à des pratiques similaires, le Luxembourg

La création d’une justice pénale communautaire!

Quand l’évasion fiscale légale ne suffisait pour mettre du beurre dans les épinards, il y avait toujours la solution de la fraude, soit la fraude fiscale, soit la fraude aux subventions et on doit à la vérité de dire qu’en la matière l’Union Européenne est une véritable passoire et ceci pour une seule raison. La lutte contre la fraude n’a de chance d’aboutir que si elle peut s’appuyer sur une répression efficace. Hors sans possibilité de poursuite pénale, les contrôleurs se battent contre les fraudeurs avec des sabres de bois. Ceci explique la proposition faite par une de nos meilleurs pénaliste Mireille Delmas-Marty, de créer un parquet européen afin que le grand OLAF n’ait pas l’impression de s’agiter en vain

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/06/26/creons-un-parquet-europeen_1724702_3232.html

 

Voilà à travers trois articles paru presque simultanément dans Le Monde résumé les principales causes de la crise de la dette publique :

1°) Les dépenses publiques étant moins flexibles que les ressources, toute baisse de ces dernières constitue de facto un risque pour la collectivité, soit une tension sociale dont la caricature est la Grece, soit une faillite

2°) Les Nantis se sont tellement habitués à échapper à toute forme d’imposition qu’ils sont prêts à tout pour conserver leurs privilèges, y compris le risque de la sécession

3°) La fraude est devenu un mode de fonctionnement normal d’un nombre croissant d’opérateurs économiques de toutes tailles. La grande faillite des pouvoirs publics est de ne pas avoir voulu s’attaquer à cette délinquance en col blanc avec autant de fermeté qu’ils se sont attaqués à d’autres formes de délinquance.

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