Soutenir n’est pas suivre aveuglément

Voilà, c’est fini! Les campagnes électorales sont terminées. Finies les petites phrases qui peuvent faire mal et les bons mots qui ne sont souvent que de vilaines phrases. Finis aussi les arrachages d’affiches élevés au rang d’épreuve sportive et les tentatives d’intimidation sur les marchés.

Il nous fallait gagner ensemble et nous l’avons fait.

Il nous fallait gagner pour mettre fin à 5 années terribles pour la France et surtout pour la France qui souffre,

5 années où la gabegie sur fonds publics a atteint des cimes (on devrait plutôt dire des abîmes)

5 années où les inégalités se sont creusées comme rarement auparavant dans l’histoire moderne de la France

5 années enfin où, par son comportement et ses foucades, l’ancien président a gravement entaché l’image de la France.

Il nous fallait gagner surtout pour redresser la situation  c’est à dire :

*d’abord relancer l’économie mais une économie au service de l’homme et respectueuse de la planète, c’est à dire une économie dont la principale préoccupation est la création d’emploi puisque dans la société telle qu’elle organisée, c’est l’emploi qui dit la place sociale de chacun

*ensuite redresser l’état des fonds publics ce qui ne veut certainement pas dire plus de rigueur pour la majorité mais plus de justice fiscale. L’effort doit être demandé à tous proportionnellement à sa capacité contributive ce qui induit un effort proportionnellement beaucoup plus important pour ceux qui disposent de plus

*encore restaurer l’état de nos services publics gravement mis à mal par une RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques), dont l’intitulé cachait mal une volonté systématique de casse de la fonction publique. Certes il est nécessaire de revoir notre façon d’administrer le pays mais alors, il faudra faire une véritable révision générale de toutes les politiques publiques, en commençant par les politiques d’intervention économique qui font la part belle aux plus grands groupes en laissant des miettes à ceux qui créent réellement des emplois. Restaurer les services publics, c’est aussi renforcer le statut des fonctionnaires en le modernisant, en le faisant sortir de la gangue des corporatismes, tout en préservant l’esprit qui prévalait lors de son instauration au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Restaurer la fonction publique, c’est aussi lui rendre un peu de dignité en mettant fin à cette hypocrisie du recours systématique à la précarité pour donner un semblant de souplesse à un système qui en manque cruellement faute d’avoir une vision à moyen terme de son évolution.

* enfin, last but not least, refonder la solidarité territoriale, en d’autres termes réussir une vraie deuxième étape de la décentralisation en lieu et place de la timide réformette Raffarin et la calamiteuse tentative de réforme que le tandem Fillon-Sarkozy n’a pu mené à son terme. Cela veut dire notamment une application plus rigoureuse du principe de subsidiarité  (seule les communes disposent de la clause de compétence générale) et un renforcement des pratiques démocratiques dont la base est l’élection de toutes les assemblées au suffrage direct et à la proportionnelle;

Avant cette campagne, nous avons fait deux constats avec les socialistes. Le premier est que nous avions des objectifs communs, objectifs de justice sociale, objectif de progrès social sans doute, vraisemblablement une même idée de l’homme et de sa place dans la société et surtout des valeurs communes de liberté, d’égalité et solidarité.

MAIS

nous n’avons fait aussi le constat que nous n’avons pas la même vision du monde et de son avenir.

Cela fait quelques décennies déjà que nous disons notre inquiétude, d’abord sur la multiplication des pollutions de toutes sortes et la raréfaction des ressources naturelles et plus récemment sur la détérioration du climat et l’appauvrissement de la biodiversité.

Nos alliés socialistes disent leur confiance dans une croissance retrouvée, une croissance continue qui seule à leur yeux peut garantir un meilleur partage des richesses.

Nous avons donc des divergences profondes sur les voies et moyens pour atteindre nos objectifs communs dans le respect de nos valeurs communes. En particulier, nous n’avons pas la même vision des urgences.

Pour illustrer cette divergence, je ne prendrais qu’un exemple, celui de la politique énergétique. Nous sommes persuadés que de toutes les énergies, la plus dangereuse est le nucléaire et c’est pourquoi toute notre politique énergétique est organisée autour de cette sortie la plus rapide possible. Nous savons que ce sera long, plus long qu’on ne l’avait imaginé il y a dix ans encore; raison de plus pour commencer le plus vite possible ce repli . C’est le point nodal du débat national sur l’énergie que nous appelons de nos voeux dès l’automne prochain.

Nous devrons faire preuve de beaucoup de pédagogie et d’écoute réciproque. C’est pourquoi je suis déçu du résultat électoral du 17 juin.

Par ce qui nous unit, il me semblait normal de soutenir la candidate socialiste sur Morlaix au second tour.

Par ce qui nous sépare, il me semblait sain de soutenir  avec une égale constance, les candidates et candidats capables d’apporter une voix différente à gauche.

Le résultat est là ; l’assemblée sera majoritairement rose et c’est dommage. En politique comme dans la nature, la diversité est source de richesse et l’uniformisation source de faiblesse et un signe avant-coureur de dégénérescence de l’éco-système.

Je crains simplement que ce parti dont la tendance naturelle est quand même l’hégémonie n’est pas une écoute suffisante aux autres voix et ceci peut être un risque mortel pour notre démocratie telle qu’elle fonctionne.

En effet, compte tenu de l’ampleur des défis écologiques, financiers, économiques et sociaux auxquels sera confronté le nouveau gouvernement, nous sommes condamnés à réussir ensemble ou à périr ensemble. Mais je crains qu’en cas d’échec, le recours ne soit pas comme le pensent certains, la gauche de la gauche. Ce ne sera pas non plus la droite traditionnelle, qui s’est déconsidérée par des flirts parfois un peu trop poussés avec l’extrême-droite. Je crains donc qu’alors, nos concitoyens ne se laissent entrainer dans une aventure extrémiste.

Le véritable danger est donc là, c’est pourquoi notre soutien doit être indéfectible mais aussi intransigeant. Ce que j’ai dit sur l’énergie, j’aurai aussi bien pu le dire sur l’organisation de la production, sur le développement d’un nouveau modèle agricole, sur maints sujets encore. Nous soutiendrons donc mais sans faire du suivisme béat.

N’oublions pas que le verbe supporter a un double sens. Le jour où les choix stratégiques du gouvernement seront devenus insupportables car antinomiques à notre vision de l’avenir de notre planète, il ne sera plus possible de  supporter ce gouvernement.

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