Ils n’ont décidément rien compris

Tous nos maux viennent parait-il de la crise des subprimes américaines.

Factuellement, c’est vrai même si la crise n’a jamais été une crise financière mais avant tout une crise de notre système économique se rajoutant à une crise écologique, les deux trouvant leur origine dans le même mal : l’avidité.

Mais pour en rester aux subprimes, de quoi s’agissait-il ?

Il s’agissait tout d’abord d’un dérapage du système de crédit immobilier qui, de dérogation en dérogation, en est venu à accorder des prêts à des personnes dont on se doutait bien qu’elles ne pourraient pas faire face à leurs échéances. Quand il n’y en a que quelques uns, le système peut y faire face mais quand leur nombre augmente, c’est tout le système qui se met en danger d’insolvabilité.

Cela s’est passé dans l’immobilier parce que, parallèlement, ce soutien au marché a créé une bulle, qui a fini par éclater, mais cela aura tout aussi bien pu se passer dans d’autres secteurs du crédit, le crédit à la consommation notamment.

En effet, je viens de parler de soutien au marché et c’est bien ce point qui pose problème. L’appareil de production a un gros problème de débouchés car ceux qui pourraient consommer des productions de masse n’en n’ont pas les moyens, et que ceux qui en ont largement les moyens ne consomment pas ce type de produits.

La solution du crédit est dès lors la seule possible.

Le système financier serait donc obligé de se mettre en danger pour permettre au système de production de continuer à fonctionner.

Et c’est là qu’intervient le second étage du montage. Pour pallier ce risque, la première mesure à prendre est de le faire payer à ceux qui le font courir, c’est la règle de la surprime. Incidemment, en renchérissant le coût du crédit, on augmente le risque de défaillance, mais ce genre de subtilité n’effraie pas le système financier. Car il a trouvé la parade. Comme toute la construction du système financier est fondée sur la confiance, c’est-à-dire l’apparence d’une certaine sécurité, le meilleur moyen d’éviter que le système ne dérape, c’est de masquer le risque. Vous me direz que c’est aussi idiot que de cacher sa tête dans le sable pour éviter le danger. C’est vrai et l’autruche pourrait être la mascotte des traders. C’est idiot certes mais cela a marché : ce fut ce grand mouvement de « titrisation » qui démarra notamment grâce à l’action décisive des ministres des finances socialistes français dans les années 80 et 90 et son apothéose fut la créations de ces « produits dérivés » qui sous l’habit de la respectabilité n’étaient rien d’autres que des « junk bonds » ( des titres pourris).

Ce constat est connu mais manifestement, il convient de le rappeler car certains semblent l’avoir déjà oublié. On pensait pourtant, à écouter les discours moralisateur, à Toulon ou ailleurs, des dirigeants politiques de ce monde, qu’ils mettraient tout en œuvre pour éviter que cela ne se reproduisent. On pensait pourtant, en écoutant les discours de repentance des banquiers du monde entier qu’ils avaient compris que par leur excès, ils avaient largement entamé la branche sur laquelle ils étaient lourdement assis.

Eh bien non !

Deux articles parus à un jour d’intervalle dans le même journal illustrent parfaitement que manifestement ils n’ont rien compris

Le crédit est la drogue nécessaire à la grande distribution

La ministre des finances, partie depuis sous d’autres cieux, avait pourtant consenti à faire une loi encadrant mieux le crédit à la consommation et limitant le risque de surendettement. Ce n’était pas une loi bien méchante. Mais pour certains c’était encore trop.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120425trib000695438/l-ufc-que-choisir-alerte-sur-la-petite-vertu-des-societes-de-credit-.html#xtor=EPR-2-[Banque++Industrie+financiere]-20120426

« L’UFC-Que Choisir alerte sur la petite vertu des sociétés de crédit »

Le crédit revolving, dont on a souvent dit qu’il était une arme chargée pointée sur la tempe des revenus modestes retrouve en effet des couleurs et les « grands » de la grande distribution sont d’autant moins enclins à se montrer, si ce n’est vertueux, au moins respectueux de la loi, que les amendes encourues sont d’un montant ridiculement faible.

Or, comme ils ont vitalement besoin de ce crédit pour continuer à faire enfler leurs chiffres d’affaires, pourquoi se gêneraient-ils ?

C’est d’ailleurs sûrement pour cela que le législateur a décidé d’être aussi clément en matière de sanction. Brandir un sabre, cela impressionne le gogo, mais s’il est de bois cela fait bien rigoler le voleur au Guignol.

 

Pourquoi dit-on « jouer en Bourse » ?

La Bourse nous dit-on, existe parce qu’elle permet aux entreprises d’y trouver leur financement. Mon œil !

Cela fait maintenant bien longtemps que le mouvement brownien qui agite les marchés boursiers se moque comme d’une guigne du renforcement du haut de bilan des entreprises. Lorsqu’une entreprise vient en Bourse, c’est le plus souvent maintenant afin de permettre à ses dirigeants de valoriser leurs parts ( exemples récents, Facebook ou Apple), plus rarement pour aller lever des nouveaux fonds.

Mais pour que cela marche, il faut des acheteurs. Or les acheteurs ont été échaudés par les plongées de toutes les Bourses depuis 2008. Comme les financiers ne sont jamais en panne d’astuces, ils ont inventé de nouveaux produits.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120424trib000695264/cfd-le-nouveau-produit-de-bourse-qui-seduit-les-francais.html#xtor=EPR-2-[Banque++Industrie+financiere]-20120426

« CFD : le nouveau produit de Bourse qui séduit les Français »

Avec ceux-ci, ils jouent sur ce qui excite finalement une grande partie de leur clientèle, le goût du jeu. C’est le retour en fanfare de l’économie casino, puisque l’argent ici ne s’appuie sur aucune réalité économique mais juste sur des variations. Il s’agit ni plus ni moins que d’une gigantesque partie de Go où  les pierres blanches et noires sont remplacées par des  milliards de dollars, d’euros, de francs suisses, de yuan ou de yen  qui trouvent là à s’employer puisque c’est quand même plus amusant de jouer que de travailler !

Comme vous le voyez, ils n’ont vraiment rien compris !

 Certes, ils ont compris que leurs intérêts étaient que cela continue ainsi que la consommation se nourrisse de crédits à outrance et que la finance se nourrisse de spéculation.

Mais les mêmes causes provoquant les mêmes effets, la prochaine crise est déjà dans les tuyaux.

Désespérant, non ?

Oui, si on considère que ce monde est « le meilleur des mondes » .

Non, si on s’attaque à la cause essentielle de tout cela, le déséquilibre des flux de richesses.

Dans la répartition du fruit du travail, ceux qui travaillent ont vu leur part du gâteau diminuer fortement,  revenu direct (salaires pour les salariés, chiffres d’affaires pour les commerçants, artisans, petits paysans, patrons de PME) et revenu de transfert (allocations sociales, subventions, etc..) confondus. Du coup, pour pouvoir acheter ce qu’on leur met sous le nez comme autant de tentations, il faut emprunter.

De l’autre, ceux qui possèdent déjà un gros patrimoine et qui pour une grande partie en vivent, ont vu leur part augmenter. Comme leur imagination a quand même des limites, ils ne savant plus comment le gaspiller. Donc ils jouent. Ils jouent aussi car ils ont le secret espoir d’avoir plus. Ce paradoxe de l’accumulation, c’est ce qu’on appelle communément l’avidité.

Inutile de vous faire un dessin compliqué pour vous expliquer que le seul moyen de ne pas désespérer, c’est de se dire que la solution, c’est d’inverser les flux financiers. Et de tout faire pour que cela se fasse.

En ce jour de 1° Mai, c’est le moment de le rappeler !

C’est aussi le moment de rappeler au monde de la finance qu’il n’existe que pour deux choses :

1°. Apporter à ceux qui produisent, les ressources à long terme leur permettant d’entreprendre sans que cela ne lui donne de droits particuliers

2°. Donner de la fluidité aux échanges économiques en fournissant  des relais à court terme sans que cale ne lui donne de droits particuliers

Pour remplir ces deux missions, la finance est utile, voire nécessaire. Sortie de là, elle est nuisible !

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