Brève de compteur n° 58 remontées de gaz

Il ne faut se faire aucune illusion sur la capacité des Etats-Unis à limiter leur exploitation des gaz de schiste. Grâce à cette nouvelle ressource, ils sont même redevenus exportateurs nets d’hydrocarbures et comme leur opinion publique n’y est pas massivement hostile, ils auraient tort de se gêner d’autant que les lobbys à Washington ont correctement fait leur boulot pour enlever toute velléité au président sortant de s’y opposer même si on lui prête une fibre plus écologiste que son prédécesseur (il faut dire que moins, ce n’était pas possible, parole de Texan !).

En France, non plus, les lobbys n’ont pas désarmé même si actuellement parce que l’opinion publique y est hostile, ils font profil bas

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/03/21/la-bataille-des-gaz-de-schiste-ne-fait-que-commencer_1672844_3232.html

« La bataille des gaz de schiste ne fait que commencer »

Mais on les déjà vu l’œuvre sur d’autres dossiers, ils savent être patients et utiliser toutes les occasions pour faire avancer  leurs idées. On doit se préparer à une bataille médiatique âpre sur fond de rapport d’ « experts » et de « contre-experts  » et les arguments les plus éculés vont resservir avec beaucoup d’efficacité. Le plus attendu est évidemment celui de la France dans la compétition internationale. En effet, un peu partout, les gouvernements pris de panique devant la (très relative) pénurie de d’hydrocarbures se mettent à croire à ce nouveau miracle, le gaz de schiste.

Ainsi l’Algérie qui fut naguère un de nos principaux fournisseurs de pétrole et reste un des principaux fournisseurs de gaz commence à craindre pour ses propres approvisionnements et afin de ne pas être importateur net d’hydrocarbures (ce qui serait un comble), envisage de se lancer dans l’exploitation en grand de ses réserves de gaz de schiste qui sont parait-il gigantesques

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20120319trib000689073/gaz-de-schiste-l-algerie-prete-a-se-lancer-dans-son-exploitation.html#xtor=EPR-2-[Industrie++Services]-20120320

« Gaz de schiste : l’Algérie prête à se lancer dans son exploitation »

Seul petit problème en ce qui concerne l’Algérie. Par définition, la fracturation hydraulique demande beaucoup d’eau. Or à part la frange côtière, l’Algérie est un pays plutôt aride. Donc exit la fracturation hydraulique?

Mais le problème de l’eau n’est pas ce qui va soucier la Chine qui plus que tout autre a soif de ressources énergétiques et comme par hasard, elle a sur son territoire de bonnes réserves de gaz de schiste. Comme le respect de son opinion publique n’est pas encore vraiment sa préoccupation majeure, cela ouvre de belles perspectives qui font saliver les plus grands pétroliers du monde, à commencer par TOTAL qui se consolerait ainsi un peu de ses déconvenues, qu’il estime provisoires, en France.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20120319trib000689001/la-chine-mise-sur-total-pour-exploiter-le-gaz-de-schiste.html#xtor=EPR-2-[Morning+Briefing]-20120319

« La Chine mise sur Total pour exploiter le gaz de schiste »

Mais pas de chance pour le groupe de « Big Moustache », ses négociateurs viennent de se faire coiffer sur le fil par un autre grand spécialiste des exploitations très polluantes, la « grande coquille » qui vient de signer le premier contrat d’exploitation. Gageons qu’il ne sera hélas pas le dernier.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20120321trib000689495/shell-decroche-le-premier-contrat-pour-exploiter-le-gaz-de-schiste-en-chine.html#xtor=EPR-2-[Industrie++Services]-20120321

« Shell décroche le premier contrat pour exploiter le gaz de schiste en Chine »

 

Comme vous le voyez, les exemples vont se multiplier un peu partout dans le monde et pour peu que la Pologne s’y mette à son tour en Europe, comme la Roumanie d’ailleurs, il y aura là un grand boulevard pour les communicants des groupes pétroliers et de leurs compères fournisseurs d’équipement de forage ou de produits solvants pour lancer le grand couplet « dans une compétition mondiale acharnée, nous ne pouvons pas nous permettre de prendre du retard et ceux qui refusent ce progrès commettent un crime contre notre pays et CONTRE L’EMPLOI ! » Je les entends déjà  comme s’ils y étaient, sur les plateaux des JT. Et en prime, on vous glissera insidieusement : « Pour une fois que cette ressource est sur notre territoire et en abondance. Si nous le voulions, nous pourrions même devenir exportateurs. » Avec une balance commerciale en berne, c’est un argument qui porte.

Ils nous ont déjà fait le coup avec les OGM, les biocarburants, les nano-produits, les biotechnologies, etc……

Monsieur le Premier Ministre abuse du « gaz de shit »

Voici un cadeau d’adieu dont on se serait bien passé. A 1 mois tout juste du premier tour des élections présidentielles, le ministre de l’écologie qui est rappelons-le l’auteur de ce lapsus « fumeux », a fait publier un décret créant la Commission nationale d’orientation, de suivi et d’évaluation des techniques d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000025548000&fastPos=1&fastReqId=1871623794&categorieLien=id&oldAction=rechTexte

Officiellement, il s’agit de faire de la recherche et de contrôler les conditions dans lesquelles cette recherche se fait. Mais compte tenu de la composition de cette commission, c’est à dires trois représentants des associations de défense de l’environnement contre trois représentants des entreprises du secteur et trois représentants des salariés des entreprises du secteur et trois personnalités scientifiques désignés par les ministres, arbitrés par 5 représentants de l’Etat et trois représentants des collectivités territoriales, il ne faut pas être grand clerc pour deviner ce qu’il adviendra au sein de cette commission si le gouvernement restait celui qui est actuellement en place.

Notons que par un hasard heureux, le comité d’experts nommé en toute urgence  par l’ancienne ministre à l’hiver 2010 pour évaluer la technique de fracturation hydraulique vient de rendre son rapport définitif le jour même où ce décret a été publié.

http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/007612-01_et_007612-03_rapports.pdf

Il est frappant de constater cette synchronisation parfaite. Cela rappelle la ponctualité avec laquelle le rapport intermédiaire avait été publié en avril 2011, juste au moment où la proposition de loi, qui a permis d’éteindre l’incendie, était votée par le Parlement.

Compte tenu du contenu de ce rapport, qui était déjà largement dans le rapport intermédiaire (pourquoi avoir pondu un rapport intermédiaire en 4 mois pour ensuite attendre 11 mois pour en avoir la version finale?), on peut s’attendre à ce que ces expérimentations débouchent sur une tacite ré-autorisation.

Comme je le disais plus haut : ils restent mobilisés. NOUS AUSSI!

Post scriptum : le titre de ce billet n’est en aucune façon une allusion à ce qui se passe actuellement sur une plate-forme de TOTAL en Mer du Nord, mais qui est une illustration supplémentaire des risques croissants liés à l’exploitation de ressources de plus en plus difficiles à chercher de plus en plus loin.

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