Bons et mauvais choix économiques et écologiques dans l’aéronautique mondiale

L’aéronautique est un des fleurons de notre industrie et un puissant moteur de nos exportations. C’est également le cas aux Etats-Unis. Mais les transports aériens sont également un facteur important d’émission de gaz à effet de serre puisqu’ils représentent environ 14% du total des GES émis par les transports, tous modes confondus. Cela devrait quand  même provoquer un début de débat chez nos dirigeants politique à défaut de leur poser un certain dilemme.

C’est ce qui avait commencé à être fait dans l’élan du Grenelle de l’environnement en France

http://www.gouvernement.fr/gouvernement/le-secteur-aerien-mobilise-dans-la-maitrise-de-son-impact-environnemental

En fait,la France ne faisait qu’emboiter le pas à l’Union Européenne qui avait décidé dès 2008 le principe d’une taxe carbone applicable à toutes les compagnies aériennes . Cette taxe pose actuellement des problèmes diplomatiques un peu épineux

http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/03/09/taxe-de-pollution-carbone-aerienne-l-ue-persiste-et-signe_1655226_3214.html

Cela prouve qu’au moins au niveau européen, les Etats ont pris conscience que le développement ultra-rapide des transports aériens peut devenir un facteur de risque climatique majeur.

Mais cela, c’était avant décembre 2009 et la désillusion du « sommet climat » de Copenhague.

Depuis, on essaie de recoller mais le « réalisme économique » semble l’emporter.

EADS vole de succès commercial en succès commercial et Boeing n’est pas en reste. Les petits constructeurs s’en tirent bien eux aussi. C’est à croire que les compagnies aériennes, low cost ou pas, grisées par les courbes de croissance passées sont persuadées que pour elles au moins, les arbres peuvent pousser jusqu’au ciel. Il faut dire qu’à force d’être dans les nuages ou au-dessus, on pourrait finir par le croire.

Mais tout ceci est largement artificiel.

En effet, ce secteur se montre plus que d’autres encore particulièrement rétif à toute forme de taxation. Il joue bien entendu de son statut, par essence international et donc ignorant des frontières, pour essayer par tous les moyens d’éviter de contribuer au financement public. La « taxe Chirac » sur les transports aériens n’a pas fait d’émule dans le monde et si cela se passe bien pour nous, cela reste un cas bien isolé.

Inutile de revenir sur les remous de la taxe carbone européenne, nous en avons déjà parlé.
Reste que le transport aérien est avec le transport maritime, celui qui ne paie aucune taxe sur les carburants qu’il consomme. Une telle détaxation des carburants ne pousse évidemment pas à économiser l’énergie et permet de contenir les coûts de production à un niveau compatible avec une progression continue ET rapide du trafic.

Mais un autre élément vient fausser le marché de l’aéronautique : c’est le subventionnement élevé des constructeurs d’avions . Ce fait a été mis en évidence par les conclusions de l’OMC dans le litige qui oppose Airbus à Boeing.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/20120312trib000687785/pour-airbus-le-b787-n-est-pas-le-dreamliner-mais-le-subsidy-liner-.html

Pour Airbus, le B787 n’est pas le « Dreamliner » mais le « Subsidy-liner »

Les montants de  subventions cités montrent à quel point sans une aide importante des Etats, ces entreprises auraient eu bien du mal à développer leur produit phare et ainsi séduire les compagnies aériennes.

Le jeu en vaut-il la chandelle ?

En effet, les Etats se privent d’une ressource fiscale en ne taxant pas les carburants par peur de voir les compagnies aériennes les déserter et avec elles, les emplois qu’elles créent. Mais ces mêmes compagnies s’engagent les uns après les autres dans des stratégies copiées sur les pires compagnies « low cost » et donc le chantage à l’emploi se fera de toute façon, taxation ou pas des carburants.

Dans le même temps, les Etats engouffrent des milliards d’argent public pour permettre à ces mêmes compagnies aériennes d’acquérir leurs avions à des prix en dessous du prix de revient réel. En subventionnant leurs constructeurs, ils subventionnent indirectement ces compagnies aériennes étrangères qui n’en demandent peut-être pas tant.

Un marché ainsi sous perfusion n’est pas sain.

Mais parfois le principe de réalité finira bien par l’emporter : le transport aérien est le seul mode de transport pour lequel on n’a pas encore découvert d’autre source de propulsion que les carburants liquides à base de pétrole.

Or, le haut niveau persistant du prix du pétrole laisse penser que nous ne sommes pas dans un pic de marché conjoncturel comme on en a connu mais bien dans un « plateau structurel » comme beaucoup nous le prédisait.

Face à une ressource chère, et polluante, il faudra bien faire un choix, qui sera aussi un choix de financement public.

Publicités
Cet article, publié dans démocratie, je dis ton nom, l'économie comme on la subit, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s