Conflits d’intérêts : les doigts dans la confiture

Cela fait un bout de temps que je ne vous ai pas entretenu de ces petites et grosses malversations qui font les délices des gazettes et alimentent la rubrique du « tous pourris » qui fait tant de mal à notre démocratie.

Cette gangrène ne touche pas que le personnels politiques, pas que la haute fonction publique, pas que les partenaires sociaux mais elle les touche aussi. Si on considère, à tort, comme un mal nécessaire qu’elle pollue le monde des affaires, l’opinion publique accepte moins, et avec raison, que cela concerne la sphère publique au sens le plus large du terme. Et pourtant depuis le début de l’année, les exemples n’ont pas manqué.

Le bouc émissaire syndical

Tout a commencé avec ce rapport Perruchot sur le financement des organisations professionnelles. Sous ce vocable générique, on retrouve aussi bien tous les syndicats de salariés mais aussi les organisations patronales, mais aussi les syndicats agricoles et les organisations des professions libérales. Il parait que ce rapport faisait un point complet sur les différentes façons, plus ou moins irrégulières, voire carrément illicites, qu’ont trouvé ces organisations pour financer leur fonctionnement et leurs actions de communication. Ce point était tellement complet que des groupes d’influence visiblement très puissants ont obtenu que ce rapport ne soit pas publié et que, fait rarissime, ceux qui en divulguerait la teneur seraient poursuivis. Il a finalement été publié par un hebdomadaire et ce que j’an ai lu correspond à ce qu.’on pouvait s’attendre à y trouver.

D’ailleurs fort opportunément, l’actualité a permis d’illustrer une partie de ce contenu et c’est la Cour des Comptes qui a mis les faits sur la place publique. Cela concerne la gestion des fonds d’un très gros Comité d’Entreprise. Et comme un fait exprès, le parlementaire Perruchot, qui ne manque visiblement pas d’opportunisme a produit une proposition de loi qui, fort opportunément, à réussi, à trouver une petite place dans un agenda parlementaire pourtant bien chargé. Et voilà, comment en deux temps, trois mouvements, un rapport qui n’a jamais existé, a un commencement d’application. Pour une fois qu’un rapport parlementaire ne sert pas à caler un meuble. Que la gestion des fonds gérés par les Comités d’Entreprise soit soumis à un contrôle plus strict est sûrement une bonne chose, et il ne s’agit pas là de stigmatiser les syndicalistes qui les gèrent mais de protéger la majorité d’entre eux contre les dérapages d’une petite minorité (c’est d’ailleurs ce à quoi sert en général la loi).

Mais la démarche aurait été plus vertueuse si l’ENSEMBLE du rapport Perruchot avait été mis en œuvre. Faudra-t-il attendre un dépôt de plainte de quelques  agriculteurs contre le système des cotisations forcés pour qu’on s’intéresse au financement du syndicalisme agricole. Faudra-t-il un nouveau rapport de la Cour des Comptes sur le financement de la formation professionnelle pour qu’on s’intéresse de plus près au fonctionnement des organismes collecteurs ? Faudra-t-il aussi un rapport de la même Cour pour qu’on s’intéresse au circuit financier du financement du logement social ?

Comme on le voit, les C.E. font figure dans l’affaire de bouc émissaire, c’est-à-dire celui qui va porter tous les pêchés des autres et va payer à leur place, jusqu’à ….la prochaine fois.

Le franchissement de la ligne

Je ne sais pas si c’est une excuse moralement valable, mais ceux qui utilisent ces voies illégales pour financer leurs organisations respectives vous disent tous la main sur le cœur, que c’est pour la bonne cause et qu’il n’y a eu aucun enrichissement personnel. Certes pour la plupart, c’est vrai car leur comptes bancaires ou leur patrimoine personnel ne s’est guère arrondis mais ils oublient que sans ces pratiques, c’est une forme de train de vie qu’ils n’auraient pas pu avoir  au sein de l’organisation pour le compte de laquelle ils ont fait ce qu’ils ont fait.

Et puis, il y a ceux qui finissent par franchir la ligne. Au cours du dernier mois, plusieurs cas, que je ne citerai pas car mon objet n’est pas de clouer au pilori tel ou tel, ont ainsi défrayé la chronique des faits divers. L’escroquerie, l’abus de biens sociaux, le trafic d’influence, voilà des délits qui n’auraient plus rien à voir avec le financement illicite de leur parti ou de leur organisation. A force de tutoyer la légalité, on finit par oublier qu’il existe des règles qu’on ne peut pas transgresser. Cela n’excuserait en rien leur attitude mais peut l’expliquer et justifie que rapidement on renforce les règles ET les moyens de contrôle de ces circuits financiers particuliers.

Les pantoufles prennent l’eau

Parmi les cas les plus symptomatiques de passage du public vers le privé, il y a celui d’un ancien secrétaire général de la mer qui moins de deux mois après avoir quitté ces fonctions, se retrouve « conseiller institutionnel » du troisième groupe mondial de transport maritime par conteneur. Il n’y a là rien d’illégal ; c’est juste le titre de sa fonction qui peut choquer par son cynisme.

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Un commentaire pour Conflits d’intérêts : les doigts dans la confiture

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