Haro sur la formation des professeurs

Que n’a-ton dit sur les IUFM ? Certes leur programme pédagogique et leur mode de fonctionnement laissaient fortement à désirer et il était urgent de les réformer.

Mais est-ce que l’urgence voulait qu’on en arrivât à leur suppression et surtout aux dérives auxquelles on assiste actuellement.

Tout est parti d’une intervention du chef de l’Etat comme toujours depuis 5 ans. Il voulait remettre la formation des maîtres dans le bon sens avec notamment le secret espoir de tuer ces instituts et de récupérer tout ce bon temps de formation pour faire des économies d’effectifs à moindre frais (pensait-il !). Hélas, le rapport annuel de la Cour des Comptes est cinglant sur cette question de la réforme de la formation des enseignants : « précipitation », « dysfonctionnements » , »enseignants débutants confrontés à des conditions de travail défavorables » et le pire « problème de recrutement ». Voilà les remarques qui émaille ce rapport. Dur, dur!

Informé de cela bien avant la Cour des Comptes, l’inspirateur de toutes les politiques a rapidement estimé qu’il fallait dare-dare remettre l’ouvrage sur le métier et aller plus loin.

Le prenant au mot et doté d’une lettre de mission, un député depuis s’est lancé, à la tête d’une mission parlementaire créée pour l’occasion, dans une croisade anti-professeur.

Un premier rapport de la mission prêt au mois de juillet n’a pas été publié, les membres de la dite mission étant opposés à son contenu.

Depuis celui-ci a été sensiblement édulcoré. Notamment, a disparu cette proposition parfaitement iconoclaste dans la fonction publique : la suppression du concours.

Et le même député repart à l’assaut. Cette fois-ci, il dépose une proposition de loi qui dit textuellement que la formation des enseignants « sera assurée par les universités, notamment ». Tout est dans le « notamment ». Est-ce à dire que notre honorable parlementaire, par ailleurs professeur agrégé des Universités, envisage de faire former les maîtres des écoles et les professeurs des lycées et collèges par des institutions privées.

Tout cela va dans la même logique :

*Les professeurs ne sont plus recrutés par concours, on attaque le statut des fonctionnaires

*Les professeurs sont évalués « à la performance » par leur chef d’établissement et non plus par des inspecteurs de leur matière. Quels sont les critères d’évaluation et comment mesure-t-on la performance d’un professeur ? Si cela doit en outre aboutir à des classements, bonjour l’ambiance dans les « salles de prof »

*Plus que jamais les ouvertures ou fermetures de classes (avec les postes d’enseignants que cela induit) sont régis par une logique comptable, an nom de la productivité, sans doute.

*La formation des enseignants confiée au privé, en partie.

Vous avez compris : on est dans la logique libérale qui considère que la formation, comme la santé d’ailleurs, ne sont pas des services publics mais des activités marchandes, où la flexibilité du marché du travail serait la règle, où la performance se mesurerait sur des critères qui ne seraient pas nécessairement l’intérêt des enfants, où la productivité primerait sur la qualité de la transmission du travail, où enfin la formation des cadres se feraient dans cette perspective.

Cela a le mérite d’être cohérent, à défaut d’être vrai.

C’est d’ailleurs ce qui caractérise le plus souvent les idéologies : elles développent un discours parfaitement cohérents sur des prémisses parfaitement faux, et c’est pour cela qu’elles se trompent le plus souvent.

Mais comme auparavant, les IUFM fonctionnaient aussi sur des bases idéologiques, nous nous retrouvons dans un combat idéologie contre idéologie dont les seuls perdants sont en fin de compte les enfants. Les résultats des enquêtes PISA sont là pour en témoigner.

Et si on remettait l’enfant au cœur du projet pédagogique et donc de la formation des maîtres ?

L’enfant avec son épanouissement, l’enfant avec le développement des capacités d’initiative, l’enfant avec enfin le développement de ses savoirs ?

Ce serait déjà pas mal et ce serait comme un retour aux sources.

Publicités
Cet article, publié dans l'Etat régalien, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s