Taxe Tobin : Les faux semblants

Dans la bouche de tous les candidats à la présidentielle, il n’y a pas de mots assez sévères pour stigmatiser les pratiques des banques et de manière générale de tous les gestionnaires de fonds. C’est pourquoi le seul qui n’est pas candidat nous a annoncé qu’il allait sévir et qu’une taxe sur les transactions financières allait être votée en urgence pour y mettre bon ordre.

Regardons cela d’un peu plus près : de quoi s’agit-il ?

1°) Il s’agit de taxer les ventes de titres d’entreprises dont le siège social est en France et dont la capitalisation est supérieure à 1 milliards d’Euros au taux « exorbitant » de 0,1%.

2°) Il s’agit de taxer également les achats de CDS « à nu » (c’est-à-dire de contrat d’assurance quand on n’a rien à assurer) au taux de 0,01%. Mais normalement ces pratiques seront interdites en Europe à partir de Novembre 2012.

3°) Il s’agit enfin de taxer au taux de 0,01% les transactions à haute fréquence mais avec des conditions restrictives telles que cela sera difficilement applicable, d’autant que la plupart de ces flux sont faits à partir de « dark pools » qui comme leur nom l’indique ne brillent pas par leur transparence.

Les calculateurs de Bercy ont tellement confiance dans l’efficacité d’un tel système qu’ils ne prévoient au mieux qu’une rentrée de 1.100 millions d’Euros. Ce chiffre est à comparer aux bénéfices nets cumulés de tous les opérateurs boursiers de la place de Paris.

Cette mesure n’est qu’un faux semblant. Pour l’essentiel, elle rappelle fortement l’impôt de Bourse qui existait à Paris jusqu’à ce que  le gouvernement actuel le supprime, il y a à peine deux ans.

Les réactions des banquiers français sont aussi des faux-semblants : ils ne finiront pas sur la paille et quand ils menacent  de délocalisation c’est pour aller où ? A Londres, où il existe un impôt de Bourse au taux de 05% et qui rapporte 3 milliards d’Euros ?

Mais en matière de faux-semblant et de double langage, on commence à être habitué. Dernier exemple en date, les négociations communautaires sur la réglementation de la rémunération des traders. Alors qu’à Paris, ils sont vilipendés pire que des truands, à Bruxelles, cette profession n’a trouvé que deux défendeurs acharnés : le Royaume-Uni, City oblige et…la France. Peu glorieux et pas très courageux.

La taxe Tobin reste donc encore à instaurer, même dans un seul pays. Et pourtant, les arguments en faveur de son application sont légions. Un groupe politique au parlement Européen vient d’en rajouter un nouveau, qui vaut son pesant d’or par les temps de déprime actuels : une étude démontrerait qu’une taxe Tobin, même en version soft aurait un impact positif de 0,25% sur le taux de croissance annuel du PIB. Certes, ce n’est que le PIB, mais c’est mieux que rien.

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