Les tribulations du capitalisme à la française chapitre 2 Les oligopoles nourris par la commande publique

Point 1. Une maison à trois murs ne tient pas debout. Dans le BTP, Le Canard Enchainé vient (encore) de soulever une affaire de marché public pas claire avec le ministère de la défense où un des trois grands groupes du BTP se trouverait impliqué. Il se trouve que les deux autres groupes sont également cités pour dire qu’ils ne  sont pour rien là dedans. Quelques mois plus tôt lors de l’attribution des deux gros chantiers de construction de ligne à grande vitesse, il se trouve que ce sont ces deux groupes qui se sont vu attribuer chacun une ligne avec des montants de contrat assez confortables. On pourrait multiplier les exemples en parlant aussi de construction de stades en PPP, de construction de prisons en PPP, on est toujours devant le même schéma : la mécanique de mise en concurrence prévue par les marchés publics a du mal à fonctionner parce que sur ces gros marchés publics, à force de regroupements, ils ne sont plus que trois ou quatre à postuler, parfois en direct, parfois avec des faux-nez. Mais le résultat est là : l’investissement public revient plus cher puisque la concurrence étant plus faible (et c’est un euphémisme), le dialogue « dit compétitif » n’est pas vraiment à l’avantage du donneur d’ordre.

Du coup, ce sont nos impôts qui alimentent  les marges de cet oligopole. A une époque où les gouvernements, l’actuel comme celui qui sortira les urnes en mai et juin prochain, doivent faire la chasse aux déficits publics, voilà une mesure qui devrait permettre de rapidement faire des économies sur l’investissement public : restaurer une plus grande concurrence sur les marchés publics en instaurant enfin un « Small Business Act » à la française. C’etait déjà dans le programme des trois principaux concurrents en 2007. Ce le sera peut-être dans celui des prochains candidats, quand on connaitra enfin leur programme. Cela ne vous surprendra pas si je vous dit que c’est déjà dans le programme d’un parti dont la candidate porte des lunettes à monture rouge. C’est normal : pour nous « small is beautiful ».

Point 2. Les bidons d’eau sont laids. Mais parfois, la situation d’oligopole fait aussi qu’on se sent au-dessus des lois communes et alors pour le coup, cela dérape vraiment. Je prendrais mon exemple dans un autre secteur que celui du BTP : le marché de l’eau publique en France et dans le monde. Fait du hasard ou loi du genre . Ils sont aussi trois à dominer le marché de l’approvisionnement en eau potable et de traitement des eaux usées en France. Et ce qui devait arriver arriva : la Commission Européenne a fini par se rendre compte de ce que la situation pouvait avoir de malsain et à partir d’enquêtes surprises s’est fait une religion sur la question du marché de l’eau. Cela l’amène à déclencher « une procédure formelle en matières d’ententes et d’abus de positions dominantes » contre les trois entreprises en question et la fédération professionnelle. On ne peut pas encore préjuger de ce que sera le résultat de cette procédure mais avouez quand même que cela fait tâche.

C’est d’autant plus dommageable qu’on avait appris deux semaines plus tôt que l’une de ces entreprises était sous le coup d’une action collective, « class action » en Anglais, aux Etats-Unis pour communications financières trompeuses sur une période de quatre ans.

Point 3. Les coûts (prononcez « coute ») téléphoniques . Est-il besoin de rappeler que la plus grosse amende pour entente prononcée en France concerne un autre oligopole à trois, dans la téléphonie. L’arrivée récente d’un quatrième est là pour montrer ce que cette entente pouvait avoir de dommageable pour nos porte-monnaie.

Constat Qu’ont en commun ces trois situations ? C’est leur rapport avec les pouvoirs publics. Dans le premier cas, parce qu’ils sont les clients, dans le second cas parce qu’ils sont les décideurs, localement, même si en fin de compte les payeurs, c’est les consommateurs d’eau(enfin pas tous car certains comme les agriculteurs sont un peu, beaucoup plus épargnés que les ménages). Dans le troisième cas, parce qu’ils sont les organisateurs du marché : prévoir un marché à trois opérateurs, c’était tenté le diable. Et comme les opérateurs ne sont pas des anges mais des hommes d’affaires, sans vouloir les diaboliser, ils ont été tentés.

Il ne vous aura pas échappé qu’il existe entre la direction de ces entreprises et les milieux dirigeants politiques ainsi que la haute fonction publique plus que des accointances. Entre les parrainages, les cousinages, les compagnonnages d’écoles, les pantouflages , il y a suffisamment de liens tissés entre eux pour que ce système perdure. Dans une économie fermée, comme la rêve certain-e-s candidat-e-s à l’élection présidentielle, cela peut permettre à ces entreprises de continuer à prospérer et dominer le monde de l’entreprise en France mais cela va devenir plus dure pour elles dans une économie ouverte.

Continuer à parier sur les dinosaures et les engraisser n’est peut-être pas le meilleur moyen de résister à l’ouverture sur le monde

Conclusion

1. Small business act, c’est devenu une nécessité

2. Retour à la gestion de l’eau en régie c’est une opportunité d’autant que le coût moyen du m3 en régie est inférieur au coût moyen des trois lascars ( 3€ contre 3.57€). Rien n’empêche en plus les associations nationales d’élus locaux d’être intelligentes et de se doter de services d’experts de haut niveau sur cette question de façon à utiliser au maximum l’effet de taille pour améliorer encore le service rendu et rivaliser avec « ces leaders mondiaux ». Si en plus d’être intelligentes, elles étaient généreuses, elles pourraient en outre proposer de contribuer au rayonnement international de la France en offrant ce savoir-faire aux collectivités des pays en voie de développement ou émergents voire déjà émergés qui sont confrontés à des problèmes de gestion de l’eau insolubles du fait de l’urbanisation galopante et des modifications climatiques. Voilà un beau message à poretre au Sommet Mondial de l’Eau à Marseille en Juin prochain, non?

3.Puisque ouverture à la concurrence de tous les services de réseaux, il doit y avoir, directive européenne oblige, rien ne empêche de le faire intelligemment. Les ratés évoquées ici mais aussi dans le précédent billet inciterait à revoir la gouvernance de ces marchés et peut-être envisager l’entrée de nouvelles parties prenantes (collectivités locales, usagers-consommateurs-clients) dans les instances de direction ou d’information des autorités de régulation de ces marchés.

Le/la candidat-e- qui fera ces propositions est sûr d’avoir ma voix. Je pense ne pas être le seul.

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