Les banques sont en train de « faire défaut », il est temps de leur faire faux bond.

Épisode 1. En pension chez ma tante de Francfort.

La BCE a été d’une exceptionnelle générosité vis-à-vis des banques européennes, en injectant en pleine trêve des confiseurs des centaines de milliards d’Euros (quand on écrit cela, on ne se rend même plus compte de ce que ça peut représenter mais en l’occurrence, c’est plus d’un trimestre de PIB d’un pays comme la France ou l’Allemagne) afin de redonner un peu de liquidité à l’économie. Mais la manœuvre est en train de faire long feu. En effet, les banques sont tellement méfiantes entre elles qu’elles se dépêchent d’aller replacer cet argent…àla BCE. Et ironiquement, les journaux économiques commentent jour après jour, la montée du « record » de mise en dépôt. On en est actuellement à un peu plus de 540 milliards : une paille ! Imaginez, tout ce bel argent investi dans le financement des immobilisations des entreprises ou même dans le financement de la consommation. Cela aiderait à la reprise et réduirait de facto l’incertitude sur la dette souveraine puisque c’est bien connu, plus l’économie va bien, plus le budget des États va mieux. Mais allez demander à un banquier d’avoir du courage, c’est comme demander à un politicien de carrière d’avoir une parole : ça existe mais ça n’est pas la majorité !

Épisode 2. Rocky fait des siennes

Dans une tribune qu’il cosigne avec mon excellent camarade Pierre Larrouturou, Rocky nous distille une de ces idées lumineuses qui sont encore sa marque de fabrique

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/02/pourquoi-faut-il-que-les-etats-payent-600-fois-plus-que-les-banques_1624815_3232.html#xtor=EPR-32280229-[NL_Titresdujour]-20120103-[titres]

Prêter à 0.01% à la BEI ou la CDC pour qu’elles reprêtent à 0.02% aux États, il fallait y penser. Cela dit comme les Américains l’ont fait à grande échelle en 2008, il n’y a pas trop de mérite à y avoir pensé. C’est juste aller un peu plus loin que les Eurobonds défendus par Delors et quelques think tanks. Mais pour les rigoristes, c’est encore trop : il ne faut surtout pas faciliter la tâche des États et il faut que le poids de la dette reste suffisamment lourd pour que les gouvernements aient le courage d’imposer à leurs peuples des cures d’austérité. Cette logique est surprenante et depuis 1931, nous savons que ce type de réaction ne fait qu’aggraver les choses. Et pendant ce temps là les 540 milliards sont tranquillement en pension à Francfort qui ne peut rien en faire sinon…les prêter aux banques. Absurde, non.

Épisode 3. Puisque c’est comme ça, on se passera de vous

La mode est partie des États-Unis, où avec la crise les clubs de prêteurs fleurissent pour pallier le retrait progressif des banques du crédit à la consommation. Compte tenu des intérêts servis et des faibles coûts de gestion, il s’agit là d’une forme de reconversion de l’épargne privée intéressante. Notons que c’est ainsi que ce sont créer les premières banques mutuelles. La différence est que cette fois-ci il s’agit plutôt de gens très aisés dont le métier, au taux près, s’apparente plus à celui d’usurier qu’à celui de mutualiste. En tout cas, puisque la banque ne veut plus faire son métier, d’autres sont en train de réinventer le métier de base des banquiers qui est de prêter à ceux qui en ont besoin…et peuvent rembourser. Cette mode arrive bien timidement en France mais elle arrive parce que les banquiers français sont à peu près aussi courageux que leurs collègues anglo-saxons.

Étonnez-vous après cela que les banques aient mauvaise presse

Épisode 4. Et pendant ce temps-là, hold-up sur le Livret A

Mécaniquement, vu que l’inflation a été de 2.4% (officiellement) sur les 12 derniers mois, le taux du livret A aurait dû passer de 2.25% à 2.75%. Or il n’en est rien : le taux ne devrait pas bouger. La raison invoquée est grotesque : comme l’inflation PEUT diminuer, cela ne sert à rien d’augmenter pour diminuer ensuite. L’argument est grotesque car rien n’indique que l’inflation va ralentir, au contraire le coût de l’énergie et la possible introduction de la TVA sociale seront là pour booster les prix. Alors pourquoi ?

A cela deux raisons :

Une budgétaire : bloquer le taux, c’est économiser 400 millions. Quand on sait que les dépôts servent à la CDC pour financer notamment le logement social, c’est appréciable. Les petits épargnants apprécieront.

Une politique : mécaniquement s’il devait y avoir un réajustement, il devrait se faire le 1° mai, juste entre les deux tours de l’élection présidentielle. La belle affaire.

D’après vous quel est l’argument qui a prévalu dans la décision?

Il n’empêche qu’on peut toujours suggérer à Monsieur B…. et à Madame P….. qui montrent ici les limites de leur imagination de réutiliser le premier argument en sens inverse : nous ne baisserons pas le taux au 1° mai malgré le ralentissement de l’inflation, car celle-ci peut repartir d’ici l’automne (avec les traditionnelles « flambées des prix sur la Côte » en été, le coût de la rentrée des classes etc..)

Suggestion : si vous pensez que le Livret A ne rapporte pas assez, créez donc avec des copains un club de prêteurs. Vous deviendrez banquier..et détesté par vos voisins.

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