Tiens, revoilà les auto-entrepreneurs !

Cela faisait un bout de temps que je ne m’étais plus intéressé à ce merveilleux statut qu’on peut mettre à toutes les sauces.

Mais il est revenu en force dans les médias pendant la trêve des confiseurs et par un biais que je n’attendais pas.

En effet, il semble que tous ces médias se soient donné le mot puisque tous ont véhiculé le message. Il faut dire que leur source était la même, le rapport de la commission de déontologie de la fonction publique. Au détour d’une page et sans qu’il insiste beaucoup là-dessus, ce rapport constate que le nombre de saisines de fonctionnaires pour pouvoir exercer une activité au titre de l’auto-entreprise avait augmenté de 60%.

Aussitôt comme un seul homme tous les médias ont titré « de plus en plus de fonctionnaires cumulent emplois publics et revenus privés ». Certains vont même un peu plus loin dans la perversion et font un parallèle un peu osé entre ces auto-entrepreneurs publics et le cas de Jean-Louis Perol, cas emblématique des pantouflages dorés pour les « happy fews » de notre République.

Rétablissons les faits.

60% de hausse, cela fait combien de dossiers ? 2.500 dossiers, c’est-à-dire une misère comparée aux 5.200.000 fonctionnaires qui composent les trois Fonctions Publiques, c’est-à-dire aussi une misère rapportée aux 250.000 auto-entrepreneurs qui se sont déclarés dans le courant de l’année

60% de croissance, c’est un signe que le sens du service public se perd ? Non ! Cela prouve que sur ce point au moins, Monsieur Novelli avait raison : il y avait beaucoup de fonctionnaires qui avant la création de ce statut arrondissaient leur fin de mois en travaillant au noir. Il suffit de voir les secteurs d’activité où ces auto-entrepreneurs se déclarent : BTP, entretiens et travaux chez les particuliers, soins à la personne, commerce-hôtellerie-restauration

60% de croissance, c’est la preuve que la réforme de l’Etat fait des dégâts dans la fonction publique, parait-il. Dans ce cas, on se demande pour quoi ce sont surtout les fonctionnaires territoriaux qui font ce genre de démarche.

Et si tout simplement c’était parce que les rémunérations dans la Fonction publique, bloquée depuis maintenant deux ans ne permettent plus à certains fonctionnaires de joindre les deux bouts, car il convient de préciser que les demandeurs sont surtout des agents de catégorie C de la Fonction PubliqueTerritoriale, les plus mal payés ;

Pourquoi alors tout ce battage autour d’un petit rapport ?

Premièrement, cela permet de faire parler du statut d’auto-entrepreneur. Il en bien besoin si on analyse les courbes de déclarations de ces 12 derniers mois.

Deuxièmement, cela permet de casser du sucre sur le dos des fonctionnaires, ces doubles profiteurs qui non seulement ont la garantie de l’emploi mais en plus « cumulent » (le verbe n’est pas anodin). Une chose est vrai. S’il se trouve 2.500 fonctionnaire qui peuvent exercer une activité en plus, c’est qu’il existe au moins 2.500 fonctionnaires qui ne sont pas occupés à plein temps. Quant à s’empiffrer, quand on connait le chiffre d’affaire moyen que réalisent les auto-entrepreneurs, ils ne craignent sûrement pas l’indigestion.

Troisièmement, cela permet de relativiser l’effet néfaste de certains départs en pantouflage dans le privé. Il aurait d’ailleurs été intéressant que les médias étudient aussi les quelques 800 cas de fonctionnaires qui s’en vont monnayer leur savoir-faire dans le privé, sans parfois s’embarrasser de certaines précautions déontologiques. A cet égard le rapport de la commission est parfois très explicite.

En conclusion, le statut d’entrepreneur a bon dos, les fonctionnaires ont bon dos. Et il vaudrait mieux éviter de lire les médias pendant la trêve des confiseurs. Est-ce une paresse intellectuelle liée à une digestion un peu difficile ou le fait qu’on ait confié les rênes à des stagiaires mais parfois les médias disent un peu n’importe quoi entre Noël et le Jour de l’An. Ce n’est pas grave puisque personne ne les lit

le rapport 2010 de la commission de déontologie

Le plus drôle est que, une fois sur eux les médias qui ont repris l’information l’ont classé dans la rubrique déontologie.

Non le plus drôle, mais personne ne l’a relevé, c’est qu’on peut être fonctionnaire et avoir l’esprit d’entreprise, c’est ça le vrai scoop !

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