Brèves de compteur n° 48

Retour sur Fukushima

Certains ne manquent par d’air !

Les autorités nippones considèrent que la situation s’est stabilisée et commencent déjà à prévoir un scénario du retour. La zone de 20 kilomètres autour de la centrale sera progressivement réoccupée. Dans un premier temps dans la zone dite « de préparation au retour », là où les radiations sont les moins fortes, on envisage d’abattre les arbres, de décaper les sols sur 20 centimètres et d’y renvoyer les habitants. Le scénario ne dit pas ce qu’on fera des arbres et de la terre. Dans une seconde zone, dite « d’habitat limité »,où les radiations restent très fortes, le retour n’est prévu qu’à moyen terme mais il est prévu puisque des travaux de décontamination seront entrepris sur plusieurs années. Et enfin la troisième zone, dite « de retour difficile » sera comme son nom l’indique, celle où on n’est pas près de revenir.

Certains risquent de manquer d’assurance

Puisqu’il est question de zones évacuées, des informations commencent à fuiter sur des erreurs qui auraient été commises dans la transmission des consignes d’évacuation. Si les choses étaient aussi bien préparées qu’en France, cela n’est étonnant. Il suffit d’avoir en mémoire les images récentes d’exercices d’évacuation pour se dire qu’il vaut mieux qu’en France il ne se passe rien. Pour ce qui concerne ce qui s’est passé en mars 2011 au Japon, c’est du moins les conclusions provisoire de la commission d’enquête qui pointe du doigt les responsabilités de TEPCO dans l’anticipation de la crise, dans sa préparation (absence de formation des agents) et dans sa gestion (dysfonctionnement de la communication avec les services de l’Etat). Gageons que le secret défense n’empêchera pas les autorités nippones de faire profiter les autorités françaises de ce retour d’expérience.

Une seule solution, la non-consommation

Quel manque d’imagination !

La Commission Européenne propose aux Etats Membres des scénarios personnalisés de « bouquets énergétiques » leur permettant d’atteindre l’objectif de réduction de 80% des émissions de CO² d’ici 2050. Les situations de départ étant différentes d’un pays à l’autre, les solutions proposées sont donc elles aussi variées mais elles présentent toutes les mêmes points communs : à la base il y a l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables mais il y a aussi, en proportions variables, le gaz, le pétrole, le charbon et..le nucléaire. Cherchez l’erreur !

Quelle imagination et quelle intelligence !

Le Smart grid : tout le monde en parle mais de quoi s’agit-il ? Pour faire rapide, il s’agit de coupler une gestion déconcentrée de la production avec une gestion fine de la demande. C’est donc un réseau où l’informatique est au cœur .Mais cela ne peut fonctionner que si les utilisateurs, c’est-à-dire vous et moi, les entreprises et es collectivités en voit l’utilité. Cela reste encore largement un modèle virtuel, du moins en Europe et c’est pourquoi il faudra suivre avec intérêt l’expérience qui se déroulera à Lyon dans le nouveau quartier de Confluence où c’est le NEDO ( New Energy & Industrial Tecnology Development Organisation, sorte d’ADEME matinée d’Oseo japonais) qui sera le chef d’orchestre. On y trouvera tout : des bâtiments à énergie positives, l’autopartage avec des véhicules électriques alimentés par du photovoltaïque de toiture, une gestion individualisée de la consommation  et évidemment une mise en commun en réseau de toutes ces données.http://directgestion.fr/sinformer/filactu/13028-lyon-confluence–un-reseau-denergie-intelligent-made-in-japan-politiquement-incorrect

Quelle indigence et quelle timidité !

Evidemment comparées à ces perspectives, les 27 mesures que propose la ministre en charge de l’énergie paraissent bien anodines

http://www.developpement-durable.gouv.fr/27-mesures-pour-accelerer-les.html

Cela dit, si on les mettait en œuvre, ce serait déjà un progrès et rien ne nous empêche d’aller tout de suite à la seconde étape concernant les mesurettes qui peuvent être rapidement dépassées ( les enseignes lumineuses éteintes dès fermetures des commerces par exemple, idem pour les bureaux)

Une petite incitation financière peut aider

Il y a bien l’autre méthode que préconisent ceux qui ne souhaitent pas s’embarrasser des préliminaires, la modulation tarifaire qui présente bien plus d’avantages que d’inconvénients sauf peut-être pour les entreprises distributrices qui auront à résoudre un petit casse-tête comptable. Notons que cette solution n’est plus théorique puisque le Sénat a voté un amendement introduisant la tarification progressive qu’aussitôt l’Assemblée Nationale a annulé. C’était prévisible mais l’essentiel est fait : le pied est introduit dans l’embrasure de la porte et il va être difficile de la refermer.

Hydrocarbures

Dallas, ton univers impitoyâââble !

On nous annonce la reprise pour bientôt de ce feuilleton qui tint en haleine une partie de la France dans les années 80. C’est pas la peine de l’annoncer, c’est déjà là :

1° épisode : BP-« Bob » présente la facture des dégâts occasionnés par l’explosion de Deepwater à Halliburton-« Jr » et ça va coûter 20 milliards.

2° épisode : Rosneft, aidé par Poutine, a dépouillé Ioukos et son patron emprisonné pour prendre la première place mondiale à Exxonmobil

3° épisode : notre président-candidat serrant ses petits poings répète à l’envie que jamais l’exploitation de gaz de schiste par fragmentation hydraulique ne se fera en France. « M’en fout ! » lui répond la moustache avantageuse de Total qui s’en va investir 2.3 milliards dans les gaz  de schiste américain, imité aussitôt par un chinois de moindre envergure mais d’égale ambition.

Comme on disait dans les années 80, vautré dans son canapé devant la télé : « Ce monde n’est décidément pas le notre. »

Solaire

Une crise de croissance doublée d’une erreur d’appréciation

Partout, il n’est question que de dépôt de bilan, de réduction de la capacité et d’autres horreurs du même tonneau. La filière de la production de panneaux solaires et d’installation de fermes solaires vit ainsi sa première crise.

En France, cela s’est doublé d’une gestion un peu « hasardeuse » du marché. On  a fait du cas Photowatt un symbole de cette crise. Ce n’est qu’en partie vrai. Si on en croit les témoignages des salariés de l’entreprise, cela faisait déjà quelques temps que l’actionnaire principal, un canadien n’investissait plus beaucoup dans l’outil de production isérois et on lui prêtait l’intention de se délocaliser en Pologne. Le gel du marché pendant quatre mois n’a fait qu’accélérer les choses et de délocalisation on en est arrivé à dépôt de bilan.

Mais les principales victimes de ce gel sont surtout ces dizaines d’entreprises qui avaient investi dans des projets d’installations qui, soit n’ont pas vu le jour, soit ont été tellement retardés que la trésorerie a  eu du mal à suivre. C’est pourquoi la ministre de l’énergie se trompe vraisemblablement de cible quand elle vole au secours de Photowatt. Ce n’est pas là qu’il y a le plus d’urgence. Surtout que si les entreprises françaises le voulaient, Photowatt pourrait être sauvé sans l’aide de l’Etat. EDF EnR a les reins assez solides, de même que le CEA pour donner un coup de pouce à leur partenaire avec lequel ils partagent déjà plusieurs brevets , à moins qu’ils aient une autre idée derrière la tête (il n’y aurait donc pas qu’à Dallas que l’univers serait impitoyâââble, du coté de Puteaux-La Défense aussi)

Et pendant ce temps-là d’autres jouent au Monopoly

Le Fonds Stratégique d’Investissement (FSI) vient au secours d’AREVA

Le FSI va racheter la participation d’AREVA dans la compagnie minière ERAMET. Il y aurait eu une certaine logique à ce qu’AREVA soit propriétaire des mines qui lui fourniraient son combustible mais pas de mines de manganèse et de nickel. Et comme les temps son durs, l’entreprise se fournit du cash en revendant cette participation inutile. Tant qu’à faire, elle pourrait aussi vendre le reste de son pôle minier, ce serait un signal fort qu’AREVA se désinvestît de la production d’énergie à partir d’uranium, mais là je prends mes vœux pour des réalités. C’est la saison qui veut ça, sans doute.

EDF boursicote en Italie

On ne comprend pas pourquoi EDF qui est déjà l’actionnaire le plus important de la société Edison (italienne comme son nom l’indique) insiste tant pour prendre 30% de plus du capital de cette entreprise. Si EDF a trop de liquidité, il pourrait investir plus intelligemment,…. en aidant par exemple Photowatt à se recapitaliser

Dans l’hydro-électricité, les entreprises remontent à la source, comme les saumons

Voilà de nouveaux opérateurs dans le paysage énergétiques français. On avait déjà eu grâce à Jean-Louis Borloo, des banquiers vendeurs de gaz, voilà maintenant des électriciens d’un type nouveau : un sidérurgiste, une entreprise de chemin de fer et un chimiste. En effet SNCF, ArcelorMittal et Rhodia s’associent avec le suédois Vattenfall pour postuler à la reprise des concessions hydroélectriques qui seront remises sur le marché en 2015. Après le consortium d’achat dont j’ai déjà parlé dans ces colonnes, Exeltium, c’est donc la seconde tentative de ces gros consommateurs d’énergie de se garantir des sources d’approvisionnement bon marché et contrôlées. C’est dans leur intérêt mais peut-être pas dans l’intérêt collectif car cela ne les poussent pas à développer des programmes de recherche en matière d’économie d’énergie. Comme l’énergie va devenir une denrée plus rare, toutes les économies qu’ils ne vont pas faire, ce seront d’autres, c’est-à-dire nous qui devront les faire, et les payer au prix fort.

Je n’aime décidément plus jouer au Monopoly !

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2 commentaires pour Brèves de compteur n° 48

  1. d'herbais dit :

    Bonne année à vous deux.

    Merci pour toutes ces analyses qui me font faire des économies de journaux, revues, magazines et web
    Renaud

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