« France mère des arts, des armes et des lois »

Combien sommes-nous à avoir sué toutes les gouttes de notre matière grise pour trouver un sens à ce poème de Joachim Du Bellay pour arriver à cette conclusion que le « génial » poète avait résumé en un  vers tout « le génie national » ?

Bel exemple de réflexion ethnocentrée et un tantinet xénophobe mais de plus en plus fausse, si tant est qu’elle ne fût jamais vraie. Je me garderais bien de faire une quelconque remarque sur notre excellence dans le domaine des arts et des lois. Reste donc les armes.

De notre science des armes, ne reste semble-t-il qu’une vocation de marchand et de marchands de plus alléchés par les bruits de ferraillements  qui deviennent chaque jour un peu plus forts.

1. L’Australie, base avancée de l’Occident au fin fond de l’Orient, et grand réservoir de matières premières (volées aux peuples aborigènes, rappelons-le quand même) envisage-t-elle de renouveler sa flotte de sous-marins, aussitôt DCNS, anciennement « les arsenaux », se présente pour essayer de rafler ce marché de 27 milliards d’euros. Mais ceci n’est qu’une partie de l’effort militaire de ce pays d’à peine 20 millions d’habitants et sur le budget global d’armement de 65 milliards, Thales, l’une des partenaires de DCNS a déjà ramassé quelques miettes.

2. La foire du drone : voilà un autre marché d’armes porteur, estimé à plus de 11 milliards par an en 2020. On retrouve sur les rangs les grands avionneurs français EADS et Dassault mais parfois dans des positions inconfortables sur ce marché. La polémique récente entre le Parlement et le ministre sur le choix d’un drone franco-israélien illustre cette difficulté pour les grands avionneurs civils à fabriquer des avions sans pilote, sans compter les difficultés d’un grand avionneur militaire à vendre son avion ailleurs qu’en France

3. Et pendant ce temps-là, Thalès se renforce dans les entreprises publiques avec des prises de participation plus importante dans le capital de Nexter (ex-GIAT) et de DCNS. Rappelons que Thales est détenu à 27% par l’Etat, 26% par Dassault, 3% par ses salariés et que le reste est sur le marché

Il est également intéressant de rappeler que :

DCNS expérimente actuellement une hydrolienne pour produire de l’énergie à partir de la source renouvelable des courants marins, que le même DCNS avait également proposé de créer des mini-centrales nucléaires sous-marines (le projet a été vite abandonné)

Que Thalès était rentré dans le capital de DCNS avec l’ambition d’en faire le « Airbus naval »

Qu’EADS, c’est déjà le « Airbus » le vrai.

Tout ceci pour dire qu’il n’y a pas une fatalité à ce que ces entreprises se développent dans le marché des armes aussi intéressantes que puissent être d’un point de vue financier ces perspectives.

En matière de développement de nouvelles technologies civiles et pacifiques, les champs d’investigation sont suffisamment vastes (production d’énergie à partir des sources renouvelables, développement de moyens de transports aériens, maritimes et pourquoi pas terrestres, moins consommateurs d’énergie fossiles). L’Etat étant le principal actionnaire ou à tout le moins l’actionnaire de référence, cette réorientation est possible si elle est politiquement voulue. C’est un des enjeux de la réflexion sur la mutation écologique de l’économie, bien au-delà des exemples habituellement cités par les écologistes, concernant la sobriété énergétique ou la rénovation des bâtiments.

Mais me rétorquera-t-on, c’est faire fi des intérêts supérieurs dela Nationet mettre en péril notre Défense Nationale (avec toutes les majuscules que cela inspire) ? L’argument développé depuis De Gaulle d’avoir une industrie de l’armement exportatrice pour réduire les coûts d’équipement de nos troupes a pris un sérieux coup dans l’aile avec les fiasco commerciaux du Rafale et du char Leclerc. Peut-être est-il maintenant préférable de voir les choses autrement et se dire que la réduction des coûts peut effectivement se faire des séries longues dans le cadre d’une armée européenne (l’exemple d’Eurocopter mais aussi de l’Eurofighter sont là pour en attester) ou même par l’imputation des énormes investissements en matière de recherche et développement simultanément sur des projets civils et des projets militaires. C’est faire preuve de réalisme et non d’un pacifisme béat que de s’ouvrir rapidement ces possibilités. Mais ceci n’est pas une vision de Polytechnicien.

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