Rock around the budget ! ou « on peut s’amuser en tournant autour du budget »

Il n’est pas question ici de faire l’exégèse du projet de budget pour 2012, [La place n’y suffirait pas], mais de jeter quelques éclairages sur les à-côtés des projets de budget

Fonction publique : l’huile dans les rouages va coûter bien cher !

Le ministre de la Fonction Publique a annoncé une enveloppe de 1.3 milliards d’€uros pour les syndicats. Il n’a pas précisé ce que cela recouvrait mais indiqué comment il était arrivé à ce chiffre-là : c’est 250 €uros par agent public. On peut penser que pour
arriver à cela, l’administration va tout décompter : les détachements syndicats, les mises à disposition de locaux équipés ce qui aura le mérite de faire un peu de clarté dans un système plutôt opaque où, à coup de « délégation syndicale » et autres « temps de préparation de réunion » certains pouvaient rester en poste tout en n’y étant jamais.

En fin de compte, derrière cette annonce ronflante, il n’y aura peut-être pas beaucoup plus de moyens mis à la disposition des syndicats mais au moins ces moyens seront plus
transparents. Et on trouve des syndicats pour faire la fine bouche sur le ton : « Oui, c’est pas mal ! Mais le compte n’y est pas ! »

Et pourtant de l’huile, il en faudra!

A peu près en même temps, le projet de budget pour 2012 était dévoilé avec comme point saillant la suppression de 30.400 postes supplémentaires. Le gain estimé de ces suppressions de poste est de 970 millions. Je connais des mauvais esprits qui vont dire que les syndicats vont être financés grâce aux économies faites sur les emplois supprimés, ce qui est naturellement pure calomnie. D’un autre coté, si l’aide aux syndicats est per capita,
on comprend bien pourquoi le gouvernement année après année réduit les effectifs : chaque fonctionnaire en mois, c’est 205 €uros pour les syndicats. Pour 2012 l’économie serait de 7.6 millions. Ce serait mesquin !

Mais quand même tout ce battage autour des suppressions d’emploi comme mesure phare
pour revenir à l’équilibre et qui rapporte moins d’un milliard alors que le déficit prévu pour 2012 est de 80 milliards, comme le dirait un syndicaliste « Le compte n’y est vraiment pas ».

Et pourtant de l’huile, il en faudrait !

L’observatoire des politiques publiques suit mois après mois l’état d’esprit des hauts
fonctionnaires des trois fonctions publiques. Et mois après mois, depuis plus d’un an revient la même antienne : la qualité du service public se dégrade, les conditions de travail et notamment celles de ces hauts fonctionnaires se dégradent  (on peut imaginer celles des
autres catégories de fonctionnaires !). La cause de la grogne a été identifiée : la RGPP
mais pas toute la RGPP. En effet s’ils sont 25% a demandé l’arrêt total de la RGPP et 68% à  demander que son contenu en soit modifier, ils sont 80% pour réclamer la non-reconduction de la mesure dite du « un sur deux ».C’est à dire le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

Les collectivités victimes de la rigueur ?

Pour arriver à boucler son budget, le gouvernement veut mettre tout le monde à
contribution, y compris les collectivités locales. Comme les dotations aux collectivités locales représentent 20% du budget et que le gouvernement cherche 1 milliards, il va donc tenter de raboter ces dotations de 200 millions. Mais le système français de cumul des mandats fait que la plupart des parlementaires sont députés-maires, sénateurs-maires ou président de conseil général ou vice-président de conseil régional et que majorité et opposition confondus, ils voient d’un très mauvais œil cette proposition de la ministre du Budget.

Du coup, le rapporteur du budget au Sénat qui est aussi un élu local propose que ces 200 millions soient trouvés…dans le gel de la rémunération des fonctionnaires. Pour le coup, il va falloir mettre un peu plus d’huile dans les rouages du dialogue social.

Les chiffres sont cruels.

Les comptes publics de 2012 en chiffres

-Déficit public : 4,5 % du PIB  en 2012

*déficit prévu dans le projet de loi de finances pour 2007 : 2.5% du PIB

-Dette publique : 87,4 % du PIB,en 2012

*dette publique prévue à fin 2007 : 63.6% du PIB

-Taux de prélèvements obligatoires : 44,5 % du PIB en 2012

*Taux de prélèvement obligatoire en 2007 : 43.7% du PIB

Voilà l’évolution sur un quinquennat et la crise n’explique pas tout !

Calcul amusant à l’usage des retraités

Dans l’argumentaire du PLF 2012 on trouve cette phrase surprenante : la réforme des retraites de 2010 se traduit déjà par une économie de 5.5 Milliards. C’est un peu surprenant puisque les premiers touchés par les mesures d’âge sont en train de partir (né
après le 1Juillet 1951, ils « bénéficient » d’une rallonge de 4 mois).

Je me suis donc livré à un petit calcul dont j’ai le secret.

Prenons par exemple un cadre A+, type administrateur civil en fin de carrière  dont le salaire de base est autour de 4.500 euros net auxquels il faut rajouter un régime indemnitaire d’environ 1.500 €uros (je minore). Compte tenu des taux élevés de cotisation pour la pension, il coûte donc au bas mot 4.500*1.7+1500 = 91250 €uros par mois soit sur une année 110 K€. C’est ce qu’il coutera si on le fait travailler un an de plus.

Maintenant si on le laissait partir à la retraite tout de suite, il serait remplacé par un jeune
administrateur civil qui coût beaucoup moins cher soit environ (2.500*1.7+800)*12= 60.500€uros auxquels il faudra bien évidemment rajouter la pension qui sera versé au partant soit 4.500*.7*12= 37.800€uros

La dépense au total serait de 98.300€uros.

L’écart ne serait finalement que 11.700 €uros s’il n’y avait cette fameuse règle du non-remplacement d’un partant sur deux. Comme on a remplacé le cadre par un cadre, il va falloir ne pas remplacer un autre partant. Et en général l’administration décide de ne pas
remplacer un agent de catégorie C dont le coût annuel est bien moins élevé, même en fin de carrière (1.700*1.7+200)*12= 37.000€uros

Là la différence  est plus conséquente puisque l’écart  passe à 48.700 €uros.

Compte tenu de ce que cela lui coûte de garder un administrateur civil un an de plus, on se demande pourquoi l’État s’évertue à vouloir faire partir plus tard ses fonctionnaires[MdlJ1]  . Certes mon raisonnement est spécieux et sur le long terme, l’État est gagnant, c’est ce qu’a sûrement voulu dire le Premier Ministre Mais nous avons déjà vu dans un
billet précédent qu’il aimait beaucoup les projections à 40 ans, nous n’en sommes plus étonnés. Toutefois peut-on faire remarquer que c’est sur les trois ou quatre prochaines années qu’il faut faire des économies. Il serait donc de bonne gestion  d’établir un moratoire sur les prolongations d’activité et faire partir rapidement à la retraite tous ces
cadres A qui coûtent si cher. Cela ferait trois heureux : les deux  retraités (le A+ et la C) et le jeune administrateur civil recruté qui se verrait offrir un an plus tôt de belles perspectives de carrière sans compter le contribuable. Mais ceci est de la budget-fiction : ce n’est pas ainsi qu’on doit calculer dans l’administration !

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