Brèves de compteur n° 35 (on peu longue cette fois)

1°) l’équilibre énergétique n’est pas qu’une question d’offre

En effet, une grande partie de l’équation énergétique tient dans la façon dont on maîtrise la demande. Parmi ces outils, il y a le diagnostic de performance énergétique. C’est un enjeu énorme puisqu’on considère que plus de 90% du parc immobilier devrait y être soumis et qu’on estime les travaux nécessaires à 208 milliards d’Euros pour arriver à une
certaine forme d’excellence énergétique. Je dis bien « on estime » parce que la ministre au nom imprononçable flanque de son Secrétaire d’Etat bien vite disparu nous a appris il y a peu que la plupart de ces DPE étaient peu fiables et qu‘il fallait y mettre de l’ordre. Grâce à elle, c’est maintenantsfait : il y a des normes plus strictes, même une codification des
logements. C’était nécessaire mais manque l’essentiel : l’argent pour les mettre en œuvre et accompagner les efforts des propriétaires et notamment des plus humbles, justement ceux qui habitent ces logements aux performances énergétiques déplorables

2°) Petites nouvelles du photovoltaïque

l’Allemagne tentée [encore plus que  la France] de rogner les ailes
[et les aides] du solaire.

En effet au rythme atteint par les installations nouvelles, même en ayant un prix de
rachat plus bas que les Français, il va être dur aux finances publiques de suivre. A 20 d’énergie de sources renouvelables, l’Allemagne est pourtant déjà en avance mais compte tenu de ces choix antérieurs, elle est un peu contrainte d’aller encore plus loin. Elle est donc confrontée à un dilemme soit favoriser le développement des installations et donc favoriser les importations de matériels, majoritairement chinois à bas prix ( pour que le tarif de rachat reste attractif), soit préserver les entreprises allemandes de fabrications de panneaux (qui tinrent naguère le haut du pavé) et limiter de facto la progression de la filière . Dilemme qu’aurait pu avoir la France si elle avait su préserver une filière de
production de panneaux.

Il y a bien une alternative à ce dilemme : développer la recherche opérationnelle pour obtenir ce fameux « gap technologique » qui rendra la filière de nouveau compétitive et tant mieux si cela fait sauter le verrou des terres rares et qu’en fin de compte on consomme moins d’énergie et moins de matières primaires (non renouvelables). C’est la voie que semble avoir pris les industriels allemands (et en France, on en est où, à part les grandes déclamations sur les Programmes d’Investissement d’Avenir ?). Cela vaudrait le coup, vu les perspectives qu’offre  développement de l’énergie solaire ( pas que photovoltaïque donc) dans le monde

Et pendant ce temps-là en France on lance un deuxième appel d’offre portant sur les installations « grandes toitures ». Maintenant que les ombrières des parkings de grandes surfaces sont de nouveau admises, cela va peut-être intéresser encore un peu plus les entreprises de la grande distribution [Il vaut mieux parce que à la vitesse où les usines
disparaissent, il n’y aura bientôt plus de toitures industrielles pour accueillir ces panneaux]. En attendant que cet appel d’offre soit fructueux, on commence à voir se déposer des grands projets en plein champs. Il y a eu déjà le grand projet sur les collines de Provence (75 MWc sur 50 ha) mais plus surprenant compte tenu de l’ensoleillement deux projets sont actuellement à l’examen dans les services ministériel : un projet d’une cinquantaine de MWc  en Lorraine du côté de Toul (sur l’ancienne base aérienne ?) et un projet de taille similaire dans la plaine de Bauce (dans l’Eure et Loir).

3°) une ordonnance sur les énergies renouvelables et les biocarburants

Le 16 septembre 2011, le Journal Officiel a publié une ordonnance portant sur les énergies renouvelables et les biocarburants, qui n’est que la retranscription en droit français de 3 directives et d’un règlement communautaire. Comme toujours, le rapport au Président de la République, qui accompagne l’ordonnance en question est plus intéressant à lire que le texte lui-même.

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do cidTexte=JORFTEXT000024562950&dateTexte=&categorieLien=id

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000024562958&dateTexte=&categorieLien=id

Pourquoi en parler puisqu’il ne s’agit que d’une transposition, me direz-vous ? Parce qu’on en apprend de bien bonnes.

Manifestement, quoiqu’en disent les statistiques produites, on n’est pas vraiment bien sûr de l’origine de l’électricité qui arrive dans le réseau et donc première mesure, le gouvernement renforce le dispositif de contrôle de l’origine. Ce n’est pas anodin quand on sait les enjeux qu’il y a dans la tarification et la péréquation notamment de la ressource d’origine nucléaire (sans compter la politique  de communication d’opérateurs qui , à l’insu de leur plein gré évidemment, croyaient vendre de l’électricité verte alors qu’elle était -peut-être- incolore inodore, insipide mais insidieuse)

Ce contrôle sera confié à un organisme certificateur unique.
Un monopole ? Il y a intérêt à ce que les conditions de sa désignation et de son contrôle soit parfaitement transparente.

Il était grand temps de clarifier ce que sont les biocarburants et autres bioliquides (se reporter au texte pour les définitions) et les conditions dans lesquelles ils  étaient produits. Qu’on parle de critères de durabilité en dit long sur la qualité des processus de production de certains.

Enfin, on apprend que si l’objectif de 7% d’énergie renouvelable est maintenu pour 2010 (et pour cause), l’objectif de 10% en 2015 et reporter à 2020 et encore avec une obligation de moyens, pas de résultat.  Et comme l’objectif de la Communauté Européenne c’est 20%, la transposition est évidemment imparfaite.

4°) Petites nouvelles du nucléaire

Le 9 septembre, le ministre [dont j’ai oublié jusqu’au nom, mais qui n’est ni le mari d’une ancienne championne olympique aujourd’hui décédée, ni le frère d’un producteur de cinéma hirsute] a demandé que soit rendu public immédiatement les rapports que doivent remettre les exploitants des 80 installations nucléaires. L’ASN s’y est engagé. En avez-vous entendu parler ? Tout va très bien donc Madame la Marquise. Et c’est pour cela que, sans attendre  la production de ces rapports que l’ASN publiait ses premières réflexions sur l’amélioration de la sécurité. Parmi les pistes : doubler les circuits de refroidissement par
eau (mais dans certains endroits, où la trouver sans remettre en cause l’équilibre des milieux ?), création d’une force d’intervention rapide ( ça rassure !), amélioration de la formation des intervenants sur site y compris des sous-traitants (pas rassurant, ça !)

Siemens a annoncé sa sortie définitive du nucléaire mais c’est semble-t-il pour revenir vers les centrales à gaz et à charbon. On ne se refait pas ! Du coup, c’est AREVA qui va se sentir bien seule et  serait bien inspiré d’imiter un peu (beaucoup ? passionnément ?) cette démarche.

Un autre qui serait bien inspiré d’en faire autant, c’est TEPCO mais ça n’en prend pas le chemin si on en croit cet article

http://www.novethic.fr/novethic/ecologie,energies,nucleaire,japon_lobby_nucleaire_s_accroche_malgre_crise_fukushima,135206.jsp?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_content=novethicInfo&newsletter=ok

Comme quoi la trop grande proximité entre le pouvoir politique, le pouvoir économique et les grands électriciens produisent les mêmes effets au Japon et en France : cécité, surdité et autisme.

5°) Et du côté des hydrocarbures ?

En France, deux annonces mirobolantes ont agité beaucoup, pendant quelques temps, les milieux spécialisés : on aurait découverts deux gisements fabuleux de pétrole en France. Le premier en Lorraine, du côté de Bitche. Pour ceux qui ont fait leurs classes dans les régiments de l’Est, cela doit leur rappeler quelque chose. Imaginez que lors d’une manœuvre, un obus soit aller un peu plus profond, ça aurait fait du propre : une marée
noire déclenchée par l’armée [ en général, on l’appelle pour nettoyer]. Le second est un peu plus exotique : c’est un gisement off-shore, au large de la Guyane Il y a des régions comme ça qui ont toutes les chances Ainsi la Guyane hérite de Kourou, du centre d’entrainement des sportifs de haut niveau en perspective des J.O. de Rio en 2016 et du
championnat du monde foot quelques temps auparavant et en plus on y trouve de l’or et en plus c’est la réserve de bio diversité de la France et voilà que maintenant c’est du pétrole . Vous imaginez la Mer du Nord, l’Afrique du Sud, Font-Romeu, l’Amazonie, Baïkonour et Cap Canaveral rassemblé sur un seul territoire. C’est à rendre fou ; non ?

Depuis, aucune confirmation et ces deux annonces ressemblent fort à des rumeurs. Mais qui donc aurait intérêt à faire miroiter aux Français que les hydrocarbures pourraient être la solution à nos problèmes budgétaires (voyez la Norvège !) ?
Nous en reparlerons surement un jour prochain mais si c’est de la préparation psychologique, c’est du beau boulot.

Dommage qu’il y ait toujours quelqu’un pour gâcher le métier. Le caillou dans la chaussure de ces communicants d’élite vient du Parlement européen, dont la Commission de l’industrie, la recherche et l’énergie vient de prendre une position très nette concernant les gisements offshore : « Faire le maximum, c’est bien le minimum ! »

http://www.europarl.europa.eu/fr/headlines/content/20110908FCS26135/2/html/Exploitation-offshore-les-d%C3%A9put%C3%A9s-tirent-les-le%C3%A7ons-de-Deepwater-Horizon

On attend maintenant avec impatience la proposition législative que devait faire la
Commission au mois de septembre.

Chypre, Etat-Membre, devrait donc faire attention avant de lancer ses recherches de gaz off-shore, surtout que cela énerve les Turcs au plus haut point qui vont lancer des recherches dans la même zone mais sous escorte militaires. Quelle ironie : se battre pour et sur des gisements jugés de plus en plus dangereux à exploiter et pour lesquels les Parlementaires demandent une intervention avec beaucoup de doigté !

GDF n’a pas réussi à obtenir une rallonge sur le prix du gaz. C’était inopportun si près d’échéances électorales. La CRE qui sait que seule une énergie chère peut réguler le marché a donné un avis très défavorable à ce gel.
C’est à ce genre d’indice qu’on mesure le poids que représente la CRE face au
gouvernement !

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