Crise financière européenne : « la procrastine est un poison mortel »

Pendant quelques jours au mois de septembre les Bourses du monde entier ont joué au Yo-Yo. Au cœur de ce mouvement brownien, les banques et pas uniquement en France puisque tous les titres bancaires ont peu ou prou étaient secoués d’abord à la baisse (beaucoup) puis à la hausse (très peu).

1) Quand on dit n’importe quoi et son contraire

Tout est parti d’une déclaration de madame L… grande patronne du banquier du monde demandant aux banques européennes de se muscler un peu plus (en langage boursier, on dit recapitaliser). Cette déclaration lui a valu une volée de bois vert de tous les responsables européen, réaction fortement matinée de machis (une femme est par nature irresponsable !)

Puis de fil en aiguille les uns et les autres se sont rendus à cette évidence : les banques européennes, malgré leur résistance au stress (les fameux stress test qui ont provoqué dans les milieux informés des réactions entre fou-rire et haussements d’épaule désabusés), sont effectivement en situation potentielle de faiblesse. Ce sont donc deux commissaires européens qui se dévouent pour aller à Canossa et reconnaître qu’on a parlé trop vite à Bruxelles.

Mais dans le même temps, le reste de la classe politico-économique envoie des signaux inverses : c’est tantôt une déclaration de la Commission indiquant qu’il n’y a pas de plan de recapitalisation des banques européennes, tantôt le directeur de la Banque de France qui publie un démenti sur l’existence d’un plan de recapitalisation des banques françaises dont on apprend quelques hures plus tard qu’il aurait effectivement été discuté lors d’une réunion rue du faubourg-Saint-Honoré. Il n’est pas jusqu’à la l’autorité de tutelle des marchés financiers français qui n’aille affirmer que 15 banques européennes doivent être recapitalisées.

2) Quand on fait n’importe quoi et son contraire

Cette incohérence des positions des autorités européennes sont de nature à rendre fébriles les traders qui contrairement à ce qu’ils veulent faire croire n’ont peur que d’une chose, le risque ! Or, ce risque est actuellement nourri par l’incertitude sur les décisions qui vont être prises. Car de toute évidence des décisions devront être prises mais espérons qu’elles seront cohérentes. On n’en prend pourtant pas le chemin. Si on regarde les décisions prises récemment par la Commission qui tantôt souffle le froid, « Bruxelles exige que Hypo Real Estate soit privatisée avant 2016 » après avoir reçu 175 milliards d’aides publiques, tantôt souffle le chaud «Bruxelles autorise une aide de 4,75 milliards d’euros à trois banques espagnoles », tantôt de nouveau le froid : « Au cours des 3 dernières années, les Etats membres ont apporté une aide et fourni des garanties de 4.600 milliards d’Euros au secteur financier. Il est temps pour le secteur financier d’assurer en retour une contribution à la société » [déclaration de M. Barroso présentant le projet   de directive sur la minitaxe sur les transactions financières] , le tout sur fonde querelle entre d’une part la Commission qui se revendique gardienne d’une Europe plus fédérale , ce qu’elle n’est pas, et les Etats Membres [accusés, crime suprème de supranationaltarisme)  et d’autre part entre certains Etats Membres et d’autres Etats Membres, soit sur la nécessité d’aider, soit sur la nécessité de la rigueur (mais  sur ces deux thèmes, les alliances ne sont jamais tout à fait les mêmes). Cela pourrait être comparé à une basse-cour en ébullition si les choses n’étaient pas aussi graves. C’est ce qui a permis à un journal comme Le Monde de titrer : « Indécision dangereuse :La zone euro a étalé lundi ses dissensions sur la réponse à apporter à la crise de la dette et sur les moyens de muscler son fonds de secours (FESF), alors que les discussions sur le versement d’un nouveau prêt international à la Grèce traînent. »

3) En général les milieux financiers n’aiment pas…et le font savoir

Car pendant ce temps-là, que font les marchés et les différents opérateurs ?

 a) Les agences de notation dégradent à tours de bras  comme l’indique les titres de la presse économique pendant cette période: « une possible expulsion de la Grèce de la zone euro » , “Moody’s dégrade BofA, Citi et Wells Fargo” , « Standard and Poor’s dégrade quinze banques italiennes », « Standard and Poor’s dégrade la note de Groupama » , « Grèce : Moody’s dégrade les notes des banques du pays » , « Fitch : pressions accrues sur les notes des banques françaises «  

b) Et les entreprises qui peuvent se le permettre montrent leur défiance

Siemens aurait retiré plus de 500 millions d’euros d’une grande banque française, Bank of China aurait suspendu des opérations avec trois banques françaises et de nombreuses grandes entreprises françaises (les noms ne sont pas connues) auraient fait domicilier leurs avoirs bancaires directement à la Banquede France. Vérité ? Rumeur ? Tentative d’intimidation ? Peu importe à ce stade, seul le résultat est là : vu la chute de leur cours en bourse, les banques françaises sont devenues des proies faciles pour des raiders sans scrupules

4) Et certains en profitent pour se refaire une santé

La « Fed » reprend à son compte une vieille technique déjà utilisée au début des années 60 et rebaptisée « Opération Twist » qui consiste à transformer de la dette à court terme en dette à long terme, qu’elle complète par une autre opération qu’on pourrait appeler « opération rock’n roll » visant à réinvestir en emprunts publics les créances arrivées à maturité (technique du « roll over »). Et pourtant, un Etat, le Minnesota est considéré comme « en défaut » sans que cela n’émeuve outre mesure.  Il faut dire aussi que les Etats-Unis sont un Etat fédéral et l’Union européenne, pas encore.

Plus sournoisement, la banque fédérale américaine met une pression accrue sur le système bancaire européen en instaurant des mesures discriminatoires en matière de dépôts de garantie, rendant de ce fait plus difficiles les opérations de ces banques. Manifestement du côté de Washington, on n’a toujours pas digéré la création de l’Euro ni même la dégradation bien légère infligée par une agence en plein été à la dette publique américaine. Le dollar saisit là opportunément l’occasion qui lui est offerte de raffermir sa suprématie monétaire en jouant sur la principale faiblesse de son principal rival, l’euro, qui est son mode de gouvernance.

Incapable de prendre une décision rapide, ou même une décision tout court, l’Eurozone est condamnée à la procrastination. Cette impossibilité à faire un choix peut rapidement se révéler mortelle. L’antidote existe et tout le monde le connait, c’est plus de fédéralisme mais le remède sera long à administrer et il faut agir vite.

Comme la cause première de tout cela est la dette grecque, c’est de ce côté qu’il faut faire porter prioritairement l’effort. Les parlements vont les uns après les autres valider le plan voté mais le temps que tous aient validé ce plan, sûrement sera-t-il déjà obsolète. Reste la potion miracle dont on parle de plus en plus : un plan en six points concoctés à Berlin, dit plan Eureca et qui ressemble assez furieusement à ce que les Allemands avaient mis en place lors de la réunification de 1989. Ce plan présente un seul défaut : les banques n’en veulent pas, mais après tout demande-t-on toujours aux malades s’ils voudraient bien avoir l’obligeance de bien vouloir se laisser administrer la potion , dont on sait par ailleurs qu’elle risque d’être un peu amère.

En guise de post-scriptum : A quelques choses ( et à quelques uns) malheur est bon

Comme l’épargnant a encore plus peur du risque que le trader, les périodes agitées que nous vivons font les choux gras du livret A et du LDD dont les en-cours de dépôts atteignaient fin août 280 milliards d’Euros en hausse de plus de 3Milliards en un mois. Et comme cet argent finit d’une façon ou d’une autre àla Caissedes Dépôts et Consignation, cela fait au moins une heureuse

Les banques françaises sont obligées de réduire la voilure et donc de se séparer d’une partie de leurs actifs pour se recentrer vers leur métier de base. Serait-ce le début de la sagesse ? Il y a toutefois une crainte : si la tension devenait trop vive, certaines banques ou certaines compagnies pourraient être tentées de brader en même temps que leurs actifs « pourris » les bijoux de famille avec à la clé une possible perte de souveraineté économque.

D’autant que tout le monde ne pâtit pas de la crise de la même façon, voire même certains s’en engraissent. Ainsi apprend-t-on que les 500 plus grosses capitalisations de Wall Street (le fameux indice S&P 500) ont accumulés plus de 200 milliards de bénéfices au cours du 2° trimestre 2011 et s’acheminent vers un nouveau record de bénéfices annuels, battant le pic atteint juste avant que la première crise financière de ce cycle ne se déclare.

Pour l’instant, tout le monde ne risque pas de mourir empoisonné, ce qui est rassurant ! Et dans leur coin, les Chinois rigolent !!

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