Pauvreté(s)

1°) En France 13.5% de la population soit 8.2 millions de personnes vivent
en dessous du seuil de pauvreté
  fixé par convention à 954 €uro par mois (soit 60% du revenu médian) pour une unité de consommation. Pour une famille avec deux enfants cela fait à peu près 2000 euros par mois

Le pire c’est que les 10% les plus pauvres sont devenus un peu plus pauvres (-1.1%) alors que les 10% les plus riches devenaient un peu plus riches (+07%)

Le pire du pire c’est que 10% des actifs sont pauvres

16.9% des actifs non-salariés sont pauvres (ils n’étaient que 15.7% dans ce cas un an plus tôt)

9.9% des retraités sont pauvres.

Mais le plus pire de tout, si on peut dire est qu’il s’agit des chiffres de 2009 et que les dégâts de la crise ont réellement commencé à se faire sentir en 2010 et 2011

Ainsi depuis trois mois, le chômage officiel ne cesse d’augmenter et le nombre de chômeurs indemnisés se rapproche dangereusement de la barre des 3 millions.

Fin mai, 1.87 millions de foyers, soit 3.8 millions de personnes étaient bénéficiaires du RSA, c’est-à-dire à peu près la moitié du seuil de pauvreté.

Etonnez après cela que le moral des Français est fortement chuté juste avant la rentrée (1 et 2 septembre) : 66% des Français étaient pessimistes quant à leur avenir ! En janvier, ils
étaient 52% à être …OPTIMISTES !

Et malgré cela, l’INSEE annonce sans sourciller que le « taux de chômage » a baissé de 0.1 point entre le premier et le deuxième trimestre. Parfois, on se dit que la statistique est un
art ésotérique, peu en prise sur la réalité.

2°) Notez qu’avec ce « taux officiel » de 9.1%, la France reste encore dans la bonne moyenne européenne puisque pour le troisième mois consécutif Eurostat calcule que le taux de chômage dela zone Euro est de 10%.

Et c’est le moment que choisit l’encore président du Parlement Européen, Joseph Daul (Parti Populaire Européen, c’est-à-dire la droite et le centre-droit) pour lancer un gros pavé dans la mare. « Il faut profiter, dit-il en substance, de ce que les deux tiers des gouvernements nationaux soient du PPE, que le Président de l’Union soit PPE que le Président de la Commission soit PPE et que le PPE soit le premier parti au Parlement pour prendre une grande initiative fédérale : mettre en place une Europe sociale en harmonisant les âges de départ à la retraite (par le haut), en harmonisant les durées de travail (par le haut) et en favorisant la convergence fiscale (là il ne dit pas dans quel sens). » C’est sûr que c’est le moment ou jamais de moins partager le travail.

3°) La pauvreté aux Etats-Unis

Le taux de personnes vivant sous le seuil de pauvreté progresse aussi aux Etats-Unis, pour atteindre 15.1%. Cela fait 46.2 millions de personnes. Le seuil de pauvreté est fixé aux Etats-Unis à 1367 €uros par mois pour une faille de 4 personnes, c’est dire si proportionnellement les Etats-Unis sont plus touchés par la pauvreté que la France et encore plus par l’extrême dénuement.  Et si vous regardez le détail des chiffres, les « poches de pauvreté » aux Etats-Unis ressemblent beaucoup à celles qu’on observe en France, seule l’origine de l’immigration change. Mais ici comme là, il vaut mieux être Blancs et habitant près de la capitale ou des centres de décisions que « non-blancs » comme on dit aux Etats-Unis et habitant dans le Sud ou le Centre du pays. Pour ceux qui lisent couramment l’américain voici la présentation de l’étude annuelle

http://www.census.gov/prod/2011pubs/p60-239.pdf

ou dans sa synthèse sous forme de diapositives powerpoint : http://www.census.gov/newsroom/releases/pdf/2010_Report.pdf

Et les écarts sont plus grands entre groupes sociaux qu’en France. Comme le revenu moyen a baissé de 2,9% , certains qui vivaient, mais dans l’indigence, ont brutalement basculé et survivent maintenant mais dans la pauvreté parfois extrême. En effet, plus de
17 millions de foyers aux Etats-Unis, soit 14,5% – contre 14,7% en 2009 – n’ont pas eu les moyens de se nourrir correctement en 2010, affirme un rapport publié par le ministère de l’agriculture (USDA).

http://blogs.usda.gov/2011/09/07/the-importance-of-feeding-the-hungry/

On comprend que certains trouvent que les guerres coûtent trop cher. Et pour faire face à cela quelles sont les propositions des pouvoirs publics américains ? Rallonger les retraites,
travailler plus pour gagner plus ? Non 400 milliards de dollars sur la table. Les bonnes
vieilles recettes keynesiennes. Mais c’est quand même plus facile quand on  fabrique les dollars, ce que ne peut pas faire la BCE avec les €uros.

 

4°) Mais qu’est-ce que la pauvreté?

Jean Gadrey, qui n’en est pas à sa première manifestation d’économiste hétérodoxe  nous interpelle directement sur son blog  pour nous rappeler qu’avant d’être une question de convention, la notion de pauvreté est d’abord une notion subjective et que le choix d’un seuil en fonction d’un revenu moyen ou médian  exprime plus un degré de tolérance qu’une réalité. Il semble toutefois oublier que dans la période actuelle de paupérisation d’une partie de la population, le sentiment de pauvreté de certains provient plus de l’impression de déclassement que d’une réelle perte de pouvoir d’achat, même si celle-ci est bien réelle.

http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2011/09/11/quel-est-le-%c2%ab-bon-%c2%bb-seuil-de-pauvrete/#more-266

Quel est le « bon » seuil de pauvreté ?

5°) Quand la pauvreté remet en cause les représentations sociales

Alter-Eco, qui décidément flaire bien l’air du temps  nous narre les
mésaventures d’une banlieusarde de la région de Chicago

http://www.alternatives-economiques.fr/les-nouveaux-jardins-de-la-victoire_fr_art_634_55365.html

Les nouveaux Jardins de la victoire

Ces jardins rappellent furieusement les jardins urbains qui réapparaissent en périphérie des villes, voire même dans « les dents creuses » de leur centre. Ils sont l’expression de plusieurs convergences : le besoin de solidarité, le besoin de relocalisation et la nécessité pour certains de se nourrir (sans même qu’il soit question de « sainement », ce qui est une préoccupation d’autres urbains). La bataille de la représentation sociale sera peut-être
gagné aux Etats-Unis quand nous verront les pimbêches de Desperates Housewwives, la bêche à la main retournant leur potager et s’échangeant des pieds de fraisiers contre des boutures de vigne ou des graines de courgettes, au lieu d’étaler leur mal de vivre dans une banlieue aisée mais uniforme et morne.

6°) Puisqu’on parle pauvreté, parlons donc un peu de santé !

La DREES vient de sortir des chiffres intéressants

Les dépenses courantes de santé ont atteint 234 Milliards d’Euros en 2010, soit 12.1% du PIB dont 9.4% restant à la charge du patient, après une prise en charge par la Sécu de 77% et des mutuelles pour 13.5%. Si vous êtes pauvre, mais pas suffisamment pour avoir droit à la CMU mais suffisamment pour devoir vous priver de mutuelle, le solde monte à 23%. Encore heureux que pour les affections de longue Durée la prise en charge à 100% s’est étendue !

La façon dont le F…o, organe de presse « non progressiste » en rend compte est à cet égard édifiante : d’abord le titre « Les Français dépensent 2.700 euros par an en soins. »  et l’article commence par « En cinq ans, 25 milliards de plus ». Si après ça, vous ne vous sentez pas coupable, c’est que vous êtes réellement malade ! et petit coup de pied de
l’âne : les frais de gestion représentent 15.9 milliards, ce qui présenté comme cela est beaucoup mais carrément exorbitant quand on rajoute que le ratio frais de gestion/ remboursement est 4.5 fois plus important pour les mutuelles que pour la Sécu. Il
faut dire qu’il y a mutuelles et mutuelles, les vraies et les moins vraies !

Mais vous me direz, celui qui n’a pas de mutuelle, il s’en moque un peu de vos chiffres. Oui, sauf s’il a dû abandonner sa mutuelle parce qu’elle avait augmenté de 10%.

7°) Et pendant ce temps-là à Bruxelles

La commission européenne nous l’avait annoncé en juillet : le programme européen d’aide aux plus démunis allait être ramené de 480 millions à 113.5 millions. Dans ce deal, la France perdrait 60 millions d’aide qui permettent à des associations comme les Restos du Cœur, la Croix-Rouge, le Secours Populaire, le Secours Catholique ou les Banques Alimentaires de faire face aux situations d’indigence. Le pire dans tout cela, c’st que ce fonds permet le recyclage des surplus agricoles.

Lors du dernier conseil des ministres de l’agriculture, les 27 n’ont pas réussi à se mettre d’accord pour sauver ce fonds, puisque 6 pays s’y sont opposés (peu importe leur nom). Si on rajoute ceci aux propositions du président du Parlement Européen, ce n’est pas ainsi qu’on va réconcilier les couches populaires avec l’Europe ! Et le point de rupture est proche. Au-delà, il y aura vraiment danger!

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