Brèves de compteur n° 29

1°) Les énergies renouvelables sont devenues une « affaire de grandes personnes »

Les bruits de favoritisme qui ont entouré le moratoire sur le photovoltaïque avait déjà montré la place que prenaient progressivement les grands opérateurs sur les différentes filières des énergies renouvelables. Les consortiums qui se sont constitué autour de l’appel d’offre sur les 6 projets d’éolien offshore montrent que cela est définitivement devenu une affaire de grands groupes, et pas uniquement les opérateurs français habituels. Le suédois Vattenfall (800 MW installés sur les côtes européennes), co-leader sur ce segment se dit déjà intéressé par le deuxième appel d’offres qui ne manquera pas de venir dans les deux prochaines années. D’ailleurs les groupes français se mettent en frais pour réussir sur ce créneau. Ainsi Alstom place à la tête de son pôle « énergie renouvelable » une sacré pointure , Polytechnicien, Ingénieur des Ponts et Chaussées, ancien du Crédit Suisse, Jérôme Pécresse, par ailleurs époux de l’actuelle ministre du Budget.

2°) Mais qui dit gros poissons dit aussi combat de requins

Poweo, l’entreprise de distribution d’électricité qui devait casser le monopole d’EDF serait en très grande difficulté financière et vend sa filiale « énergie renouvelable » à son concurrent dans la distribution, Direct Energie, via sa filiale « énergie verte » Neoen associée pour l’occasion à la compagnie d’assurances AXA via son fonds de placement Axa Private Equity. La famille Mulliez c’est-à-dire le groupe Auchan a pris le contrôle de Voltalia AREVA, déjà partenaire de GDF-SUEZ s’associe également à IBERDROLA, l’un des leaders ibériques.

Les grands ports français font les yeux doux aux industriels pour accueillir les sites d’installations des parcs éoliens offshore.

Il n’est pas jusqu’au groupe Louis-Dreyfus, gros opérateurs sur les marchés des matières premières, transporteurs et armateurs qui ne s’intéresse à des projets de bateaux permettant le transport de ces types d’équipements hors norme.

3°) Dommage que la logique de grands groupes n s’applique pas aussi à la fabrication des éléments

L’absence de stratégie industrielle dans le secteur des énergies renouvelables est dramatique et le cas du photovoltaïque illustre bien cette incapacité de nos élites techniques et économiques à concevoir un projet cohérent. La déconfiture de Photowatt, seul producteur intégré de panneaux laisse un goût amer à ses salariés, que le chômage menace maintenant alors qu’il y a moins de 10 ans l’entreprise jouait dans la même catégorie que l’actuel n° 1 le Chinois Suntech Power. Il faut dire que pour leurs futurs grands projets de fermes solaires, les grands groupes français, EDF-EN en tête préfèrent s’associer avec des producteurs étrangers. Avec ce type de comportements, on a l’air malin de promouvoir la filière nucléaire au nom de l’indépendance énergétique et de la balance des paiements lorsqu’on laisse en jachère des filières industrielles et que la quasi-totalité des équipements proviennent d’Allemagne ou du Danemark (pour l’éolien) et de Chine ou des Etats-Unis (pour le photovoltaïque). Espérons que nous serons plus intelligent pour la future génération du solaire !

4°) ça, c’est pas délocalisable !

On a tendance à l’oublier dans le bilan énergétique parce qu’elle produit plus de chaleur que d’électricité mais la filière bois-énergie est actuellement la première source d’énergie renouvelable en France avec une production de 8.2 Mtep. L’argument fort de cette filière est que son bilan carbone est nul ce qui est vrai en théorie mais compte tenu des difficultés d’approvisionnement, de la structure actuelle de la forêt française et surtout du fait qu’on a déjà vendu la replantation des forêts françaises pour équilibrer d’autres bilans carbone ( je voyage en avion mais je compense en plantant des arbres) il est possible que cet argument soit moins décisif dans les prochaines années.

 Conclusion : plus ces monstres industrialo-financiers vont s’engouffrer dans ce créneau plus l’hypothèse d’un réseau énergétique décentralisé permettant l’émergence de zones d’autosuffisance énergétique s’éloignera car il est dans la logique de ces grands groupes de rechercher ce qu’ils appellent, improprement parfois, « les économies d’échelle » donc l’usage de réseaux les plus larges possibles.

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