Brèves de compteur n° 28

1°) On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même !

Pour démontrer que le nucléaire est indispensable à l’économie française, AREVA a demandé à un des plus grands cabinets mondiaux de consultants, Price-Waterhouse-Cooper, de faire une étude sur l’impact de la filière nucléaire sur l’économie française . Et devinez quoi ? L’étude arrive à la conclusion que la filière contribue de manière décisive à l’emploi et au PIB de la France : 125.000 emplois directes et 0,71% du PIB et même si on rajoute les activités induites, on arrive à 410.000 emplois et 2% du PIB. Si vouis avez de l’argent à dépenser vous pouvez toujours commander cette étude à l’adresse suivante

Pour obtenir l’étude en intégralité, contactez Hélène Coulbault au 01 56 57 88 26 ou à l’adresse suivante : helene.coulbault@fr.pwc.com

2°) Mais derrière la façade rutilante, la réalité est moins glamour !

Même si les bilans en termes d’emploi du nucléaire sont vrais, la réalité de ces emplois est parfois un peu glauque : 40.000 personnes travaillant dans la maintenance de ces monstres technologiques sans forcément avoir la formation idoine et employées par des sous-traitants de sous-traitants de sous-traitants. C’est dire si les conditions sociales des agents sont garanties et que la sécurité des installations au sommet de la
qualité au point que l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques s’est penché sur la question

http://www.novethic.fr/novethic/rse_responsabilite_sociale_des_entreprises,ressources_humaines,conditions_de_travail,nucleaire_traitance_dans_collimateur_deputes,134414.jsp?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_content=novethicInfo&newsletter=ok

« Nucléaire : la sous-traitance dans le collimateur des députés »

Le pire dans cette question de sous-traitance est que l’entreprise donneuse d’ordre y perd aussi en technicité et que ses agents se déqualifient progressivement. Or c’était la compétence technique des agents d’EDF qui était la meilleure garantie de qualité des installations que cette entreprise gérait

3°) On ne peut pas tout prévoir

Suite à la catastrophe de Fukushima, les pays producteurs européens d’électricité nucléaire ont décidé d’auditer toutes leurs installations en prenant en compte les risques nouveaux mis en évidence par cet « incident comme on dit », mais en excluant les risques liés au terrorisme. Espérons qu’ils ont pris en compte les risques nouveaux liés au réchauffement climatique car ce risque n’est pas exclu comme le montre l’incident dont a été victime une centrale écossaise

http://www.developpementdurable.com/insolite/2011/06/A6070/ecosse-une-invasion-de-meduses-contraint-une-centrale-nucleaire-stopper-ses-reacteurs.html

« Ecosse : une invasion de méduses contraint une centrale nucléaire à stopper ses réacteurs »

Le pire est que les invasions de méduses géantes ne frappent pas pour le moment les mers froides d’Europe du Nord, Mer du Nord, Baltique, Manche mais le littoral…japonais. Il y a des pays qui cumulent les malchances.

4°) L’énergie solaire n’est pas que photovoltaïque

Plein feu sur le solaire thermodynamique  Début juillet, un colloque organisé par le syndicat des énergies renouvelables a permis de remettre en lumière une technologie énergétique un peu délaissée : l’énergie solaire thermo-dynamique. Pour faire rapide, c’est à grande échelle, ce que nous faisons tous les jours en utilisant une loupe pour allumer du feu (Voir « Tintin et le Temple du Soleil »). Au début des années 60 le four solaire de Mont-Louis dans les Pyrénées me faisait réver ; c’était l’époque où l’idée de surgénérateur me faisait aussi rêver, comme me faisait rêver les usines marémotrices, mais j’étais adolescent et je croyais réellement que la science pouvait tout et surtout le
pétrole était à moins de 1 dollar le baril. Depuis, le surgénérateur patine, l’usine de la Rance est restée fille unique et le four solaire a fait des tas de petits mais ailleurs dans le monde et peu en France. Certes à part la frange Sud de l’Hexagone, la France n’est pas un terrain de prédilection pour le développement de cette filière énergétique et les pays comme l’Espagne, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Mauritanie, le Sénégal et tous les pays du Sahel, les Etats Unis (du moins les Etats du Sud) sont mieux indiqués pour y implanter de grandes unités de production mais était-ce une raison pour qu’on abandonne la recherche en la matière. Après tout quel intérêt avaient les chercheurs français à se pencher sur des remèdes à la lèpre, la fièvre jaune, la malaria puisque ces
maladies sont quasiment absentes de nos pays. Mais c’est d’avoir découvert les vaccins et remèdes et développé une véritable industrie à partir de là qui a fait l’honneur de la recherche française. Mais on a préféré développer la recherche dans d’autres filières qui vont s’avérer bientôt des impasses : il n’y a que dans les légendes (grecques évidemment) que Phénix renaît de ses cendres. Mais peut-être n’est-il pas trop tard pour relancer la machine ; cela aussi fait partie des choix pour une politique énergétique nationale : exporter de la technologie (propre qui plus est)!

Pour en savoir plus :

http://www.enr.fr/docs/2010164842_STD01Fonctionnementmai2010.pdf

5°) Les énergies renouvelables en perte de vitesse

Derrière ce titre un peu défaitiste, l’Express qui est tout sauf un journal mal informé veut rappeler deux choses : l’hydro-électricité reste la première source d’énergie renouvelable et surtout la plus anciennement exploité et qu’on l’a un peu oublié d’une part et d’autre part que c’est une forme de volonté politique qui a abouti à cet état de fait !

. http://www.lexpress.fr/actualite/environnement/les-energies-renouvelables-en-perte-de-vitesse_1016530.html

Puisqu’il est question de l’hydro-électricité, peut-être est-il aussi nécessaire de préciser que les cartes vont être bientôt rebattues et que la concession de leur exploitation pourrait bien changer de main. Ceci explique peut-être qu’EDF décide d’investir 250 millions d’€uros dans la vallée de la Romanche pour remplacer 6 vieilles centrales hydrauliques par un nouvel ouvrage, souterrain cette fois-ci, et qui produira 30% d’énergie en plus. Est-ce la crainte de la concurrence qui rend EDF soudain plus entreprenant dans cette filière ?

6°) Au soleil caressés par les alizés

S’il y a bien des territoires de la République où les énergies photovoltaïques et éoliennes devraient se développer, c’est bien nos Outre-Mer où l’ensoleillement est exceptionnel et où la régularité des alizés sont une forme de réponse à l’inconvénient le plus souvent avancés contre l’éolien. Justement, le Conseil Economique Social et Environnemental vient d’examiner la question dans une décision rendu publique sur son site : http://www.lecese.fr/index.php/rapports-et-avis/les-energies-renouvelables-outre-mer

Les conclusions sont intéressantes et contrastent assez fortement avec ce qui se fait depuis quelques temps dans les départements d’outre-Mer. Depuis près de deux ans, on a vu très peu de projets de production d’énergie électrique à partir de sources renouvelables, si ce n’est quelques petites unités de production à partir de la biomasse que constitue la bagasse de la canne à sucre. Eolien ; rien, Solaire : rien. Le comble est
atteint en 2011 avec deux projets de production d’électricité, l’un à Saint-Martin-Saint Barthélémy, l’autre à Mayotte de production d’électricité à partir de …fioul (importé à prix fort évidemment). On a parfois l’impression de marché sur la tête. Mais à qui cela peut-il bien profiter ? Pas aux populations locales assurément !

En outre, compte tenue des conditions d’ensoleillement, ilest vraisemblable que ce sont aussi des territoires favorables au développement du solaire thermodynamique (voir plus haut)

7°) Des experts !

La Cour des Comptes a été chargée par le Premier Ministre de définir le coût de revient réel de l’énergie nucléaire et pour cela un groupe d’experts s’est constitué autour de la
rapporteure générale Michèle  PAPPALARDO, ancienne commissaire générale au développement durable, ancienne directrice générale de l’ADEME et conseiller maître à la Cour des Comptes. Y figurent  Jean-Michel CHARPIN Inspecteur Général de l’INSEE et auteur d’un rapport qui a marqué les esprits sur le prix de l’énergie, Claude MANDIL, Ingénieur Général des Mines, ancien PDG de l’Institut Français du Pétrole, ancien DG de GDF, ancien directeur général de l’Energie et des Matières Premières, ancien directeur général de l’Agence International de l’Energie, François JACQ, Ingénieur des Mines (encore un) actuel PDG de Météo-France, ancien DG de l’ANDRA, Jean-Paul MINON, DG de l’organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies de Belgique, plus quelques autres experts de la même farine.

Ceux-ci, ou leurs pairs, sont à l’origine de tous les choix énergétiques de la France depuis plus de trente ans. Il est certain que leur compétence est grande mais auront-ils suffisamment de recul par rapport à la matière analysée pour fournir à la Cour des Comptes des avis éclairés et …impartiaux ?

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