Chronique de la mondialisation heureuse n°2 – Post-mondialisation : kézaco?

J’ai ouvert sur ce blog, une nouvelle rubrique que j’ai appelé  « chronique de la mondialisation heureuse » dans laquelle je
compte mettre toutes les initiatives en provenance des organisations
internationales (Onusiennes ou ONGI) qui font des choses pour améliorer la gouvernance de la planète.
Je compte y mettre également toutes les réflexions qui vont
nous permettre d’ouvrir un peu plus nos esprits sur le fait que nous sommes bel et bien entré dans l’ère  MacLuhan et que
le monde est un village. Si mon blog avait existé en janvier 2010, c’est sûr que le très beau texte qu’Edgar Morin a publié dans « Le Monde » sous le titre « métamorphose » y aurait eu sa place.

Je pense que ce texte de Corinne Lepage publié sur le blog de Paul Jorion y a aussi sa place

http://www.pauljorion.com/blog/?p=26625

On peut juste regretter que les commentaires, postés sur ce blog, suite à cet article, ne soient pas à la hauteur.

Ne parler que du traité de Maastricht et du référendum sur le TCE est profondément réducteur et finalement assez nombriliste. Cela montre
que certains altermondialistes, anticapitalistes viscéraux n’ont pas lu Marx.
Et qu’il est difficile d’ouvrir un débat d’idées lorsque les autres vous prêtent des arrière-pensées de candidature présidentielle.

A ce propos, cette idée de post-mondialisation présentée par Corinne Lepage est-elle si éloignée de l’idée de démondialisation comme la présente Arnaud Montebourg, laquelle est à cent lieues de ce que peuvent dire, Mélenchon et l’héritière Le Pen, qui sur ce créneau sont finalement plus proches qu’ils ne veulent bien le dire.

Je pense que le concept même de mondialisation heureuse doit les faire frémir de colère : tans mieux, ai-je envie de dire !

Voici quand même le texte pour les fainéants qui ne veulent pas cliquer sur le lien.

 

« Le débat autour de la mondialisation et de la démondialisation rappelle celui sur la croissance. Il va de soi que le temps de la mondialisation heureuse chère à Alain Minc est largement dépassé, à supposer que celui-ci ait jamais existé et qu’il n’ait pas été un simple leurre destiné à dissimuler la prise de pouvoir des multinationales. Nul ne peut nier en effet que la mondialisation qui a été réalisée a conduit à des délocalisations massives, liées au différentiel de
salaires et au dumping social et environnemental, délocalisations parfois encouragées indirectement par les contribuables des pays du Nord. Si ces transferts de production ont permis la croissance des pays du Sud, ils n’ont pas pour autant assuré un développement équilibré et ont largement permis des enrichissements massifs grâce à une nouvelle forme d’esclavage dans des usines fonctionnant 24h sur 24 pour des salaires de misère. Cette liberté absolue du marché, débarrassée de toute règle autre qu’une prétendue concurrence – qui n’a de pure et parfaite que le nom, s’est faite au détriment du droit des États et sans création corrélative d’une gouvernance mondiale qui défendrait une forme d’intérêt général, c’est-à-dire les droits des humains en tant que terriens (rapport à la planète), salariés (rapport au travail) et consommateurs (rapport au prix et la qualité des produits).

Pour autant, l’idée de mondialisation n’est pas à rejeter en totalité, et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la mondialisation est une réalité qui peut être déplaisante mais qui est incontournable. Ensuite,
certains sujets sont par nature planétaires et ne peuvent être renationalisés ou régionalisés. Ainsi, les questions climatiques, de biodiversité ou touchant aux océans et de manière plus générale macro-écologiques, imposent une vision planétaire. De manière paradoxale, on pourrait même soutenir que nous manquons
de mondialisation effective et efficiente sur ces sujets, pour permettre de créer une cohérence et une synergie entre les activités et les politiques nationales et régionales. Enfin, certaines activités et services sont par essence ouverts et mondialisés; il en va ainsi de la planète internet et de l’économie 2.0 qui se met en place.

Pour autant la notion d’ « économie plate » est dépassée. Celle de « frontière » reprend ses droits et surtout, celle de « proximité »
redevient essentielle dans une économie décarbonée. Par exemple, dans le domaine agricole, la mondialisation apparaît comme une hérésie, source de l’abandon de l’agriculture vivrière en Afrique, de la subvention du maïs irrigué en Europe, du drame de l’élevage en Europe ou encore de la marche forcée de certains pays vers la monoculture destinée aux grands marchés internationaux. Plus encore, c’est la mondialisation qui est à l’origine de la spéculation sur la matière première agricole, de la pression pour une conversion vers une agriculture OGM, destinée par l’intermédiaire des brevets à
nourrir Monsanto, et de la folie des agrofuels. De la même manière, l’émergence du concept de décentralisation énergétique qui doit permettre aux territoires de produire à terme leur propre électricité en fonction de leurs caractéristiques spécifiques donne un nouveau sens au local. Enfin, l’idée selon laquelle la production industrielle relèverait d’une économie dépassée, seuls les services étant créateurs de valeur, est elle-même aujourd’hui complètement dépassée et la reconquête industrielle est un impératif pour les pays du Nord. Dès lors, plutôt que d’aborder le sujet de la mondialisation de manière globale, sous une forme binaire du tout ou rien, il est beaucoup plus
judicieux de l’aborder sous l’angle de la post-mondialisation.

Par post-mondialisation, il faut entendre la capacité d’une mondialisation sélective, à géométrie variable, qui doit être construite en fonction de la nature des activités et des sujets. Un tel modèle, de manière assez paradoxale, impose une gouvernance mondiale qui reconnaisse une organisation beaucoup plus décentralisée des marchés dans un certain nombre de domaines.

Dans ce contexte, la capacité de l’Union Européenne à créer un espace qui accepte l’idée de frontière, sans laquelle il ne peut y avoir de projet, est déterminante. Il ne s’agit pas d’un protectionnisme, au sens du XIXe siècle, qui serait destiné à protéger le marché intérieur à l’égard des tiers.
Il s’agit de nouvelles formes d’organisation de l’économie du monde dans laquelle les considérations environnementales et sociales deviennent de véritables considérations économiques en ce qu’elles sont comptabilisées. Or, à partir du moment où les économies externes sont internalisées, la post-mondialisation prend tout son sens puisqu’elle repose sur un calcul économique devenu rationnel, intégrant la réalité et la totalité des coûts et des avantages.

La mondialisation, considérée comme le marché global des biens et des capitaux, mais malheureusement aussi comme celui des hommes et des biens publics, nous a conduits au gouffre de l’économie financière devenue tentaculaire et à l’enrichissement parfaitement injustifié et injustifiable des multinationales et de quelques élites qui les soutiennent. La post-mondialisation, envisagée comme un double mouvement de planétarisation – pour reprendre le mot d’Edgar Morin – en ce qui concerne la solution des problèmes globaux, et de relocalisation, en ce qui concerne les conditions de vie quotidienne, est la réponse non dogmatique à une simplification qui tourne
à l’anathème, entre partisans et adversaires de la mondialisation. »

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