Un univers d’excellence : Tu me la sort bonne!

Titre effarant dans Le Monde :

« Nous devons aider quelques pôles universitaires à affronter le XXIe siècle »

C’est en substance ce que M. Wauquiez, ministre de l’enseignement supérieur, a dit dans une interview au journal « Le Monde » le 11 juillet dernier lors de l’annonce des lauréats des « initiatives d’excellence ».

Et les autres? ils n’ont qu’à crever ?

C’est en quelque sorte le sort que la démarche actuelle des pôles d’excellence, des initiatives d’excellence,des « trucmuches » d’excellence réserve à la majorité des universités et centres de recherche. En soi, l’idée des pôles d’excellence industrielle n’est pas mauvaise sur le papier et très napoléonienne dans la conception. Puisque nous n’avons pas suffisamment de force pour nous battre sur tous les fronts, concentrons nos maigres ressources là où nous sommes les meilleurs et réalisons des prouesses sur ces créneaux. Cette stratégie fonctionne à merveille quand on manoeuvre des bataillons de cavalerie, elle fonctionne aussi quand il s’agit de développer une économie locale, voire même l’économie d’un petit pays ou d’un pays de taille moyenne (les exemples des pays scandinaves sont là pour l’illustrer). Mais cela ne marche plus dès qu’on parle de recherche (je dis bien recherche et non R&D) car se focaliser sur des pôles d’excellence dans ce cas c’est accepter de se spécialiser fortement, c’est à dire prendre le risque de diminuer la diversité culturelle du pôle. Or , l’histoire de la science montre que les progrès n’ont été vraiment déterminants que là où la diversité des connaissances a pu être brassée avec énergie.

Avec ces schémas qu’on nous prépare, il est vraisemblable que nous arriverons à « inventer » la centrale nucléaire la plus sûre, l’Airbus le plus économe et le plus silencieux de la même façon qu’il y a 500 ans nous aurions inventé la chandelle qui dure le plus longtemps et qui ne fume pas mais nous n’aurions jamais inventé l’ampoule électrique de la même façon que nous n’inventerons pas les sources d’énergie alternative au nucléaire ni l’alternative au transport aérien kérosènivore, ni ce qui fera le quotidien de l’humain dans la seconde moitié du XXI° siècle et dont nous n’avons pas la moindre idée encore à ce jour.

Certes, la carte universitaire est perfectible et trop de micro-centres universitaires ont été créés plus pour satisfaire tels potentats locaux ou faire passer la pilule de telles délocalisations . Mais de là à pratiquer l’élitisme universitaire, le balancier est peut-être parti un peu trop loin.

Sur cette question comme sur d’autres, un vrai débat doit s’ouvrir avec la société, à commencer par les premiers concernés, les universitaires et les chercheurs, sur quel modèle de développement de la société de la connaissance nous voulons.

Compte tenu de l’importance de cette élection dans notre schéma institutionnel, l’élection présidentielle devrait être l’occasion de poser ce débat publiquement et surtout de faire émerger, à défaut d’un consensus, deux ou trois projets de société alternatifs.
Malheureusement, cela semble mal parti, comme sur les grands autres sujet d’ailleurs. HELAS!

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