Brèves de Compteur n° 19 bis

Compte tenu de la longueur inhabituelle de ce billet, si ceci est une « brève » de compteur, on n’est pas près de  sortir  de l’auberge!

Si j’en crois le J.O., c’est reparti dans le photovoltaïque. Il faut dire que depuis le mois de juin 2010, les projets de ferme photovoltaïque se comptaient sur les doigts d’une main et voilà que brutalement au mois de mai, c’est une explosion de projets : 13 projets autorisés en un seul jour pour une puissance installée prévue de plus de 125 MW. Cela dit pour peu qu’on ait fait attention à ce qui se passait depuis quelques semaines, on s’y attendait un peu.

En effet,

Vous savez que le décret 2000-877 du 7 septembre 2000 prévoit que toute installation de production d’électricité de plus de 5 MW doit faire l’objet d’une demande d’autorisation auprès du ministère en charge de l’énergie[MdlJ1] .

Les demandes remplissant les conditions de forme reçues par les ministères concernées font l’objet d’une publication au Journal Officiel dela République Françaisesous l’intitulé générique « Avis relatif aux caractéristiques principales d’une demande d’autorisation d’exploiter une installation de production d’électricité au titre du décret 20000-877 du 7 septembre 2000. » Ce document précise la source d’énergie utilisée, la puissance prévue et surtout le lieu d’implantation, à la précision cadastrale souvent.

Quelques jours ou quelques semaines plus tard, si le projet ne présente aucun problème il fait l’objet d’un arrêté d’autorisation dont l’intitulé générique est «  arrêté du…autorisant…. A exploiter une installation de production d’électricité ». Ce document précise, le nom est l’adresse de l’exploitant (en général une société commerciale), la source d’énergie, la puissance prévue et le lieu d’implantation de l’installation et se termine invariablement par cette phrase « Cette autorisation ne dispense pas son bénéficiaire d’obtenir les titres requis par d’autres législations. » Cela vise notamment les règles d’urbanisme mais aussi les conventions de raccordement au réseau.

Ensuite reste encore à la société détentrice du fameux sésame à finir de monter son pan de financement, lancer les travaux, mener à bien le raccordement et commencer à produire.

Il se passe donc un certain temps entre le moment où le lecteur averti lit dans le J.O. (parce qu’évidemment, tout le monde lit le J.O. chaque matin à son petit déjeuner) qu’un parc éolien ou une ferme photovoltaïque va s’installer à10 kilomètresde chez lui et le moment où celui-là ou celle-ci va réellement produire de l’électricité qu’il pourra acheter via …qui il veut.

Mais il n’empêche que ces déclarations puis autorisations constituent un bon indicateur précurseur de la façon dont le l’offre d’énergie va évoluer. Et c’est là que nous aurions dû être alerté par ce qui se passait l’an dernier.

En effet quand on regarde  les statistiques de publication au J.O. voici ce qu’on voit

année Nombre d’avis de demande d’autorisation Puissance autorisé en MW
2001

0

176

2002

39

222

2003

40

238

2004

69

686

2005

135

1501

2006

116

948

2007

140

1160

2008

211

2003

2009

248

2134

2010

212

2161

2011

93

791

De la même manière qu’il s’est passé quelque chose en 2008, l’arrivée massive des premiers gros projets photovoltaïques qui explique cette brusque accélération, il s’est passé quelque chose de soudain pour expliquer cette brutale chute du nombre de projets en 2010 et le difficile démarrage de 2011 .

Regardons d’un peu plus près ce qui s’est passé en 2010 et dans les premiers mois de 2011

Nombre d’avis de dépôt de demande d’autorisation publiés au J.O.

eolien

photovoltaique

nb projet

puissance

nb projet

puissance

janv-10

6

69,8

10

84,1

févr-10

8

92,1

6

65,8

mars-10

16

158

16

119

avr-10

34

317

12

117

mai-10

13

143

3

29,1

juin-10

8

82,9

5

45,1

juil-10

6

62,1

1

8,2

août-10

12

122

sept-10

11

106

oct-10

5

56,9

nov-10

4

38,4

déc-10

janv-11

2

20,7

févr-11

mars-11

17

183

9

84,1

avr-11

22

263

8

73,3

mai-11

11

113

3

45.6

On constate que dès Avril 2010, les grands projets photovoltaïques se font rares. Rappelons que le moratoire sur le photovoltaïque n’a été décidé qu’en novembre[MdlJ2] . Compte tenu du temps qu’il faut pour monter un projet, il est du coup possible que certains savaient et se sont dépêchés de présenter leur projet (pour être dans la fameuse file d’attente) mais qu’assez rapidement tout le monde a su et comme les investisseurs ont horreur de l’incertitude, tout s’est arrêté et cette paralysie a évidemment touché aussi l’éolien.

Notez que dans le même temps une dizaine de projet de cogénération au gaz pilotée par de grosses entreprises pour le compte le plus souvent de collectivités ont été autorisés

Notez également que quelques projets utilisant la biomasse pour la production en cogénération ont également été déposés et autorisés

Notez pour l’anecdote que dans le même temps les deux projets de grosses centrales à gaz, celui de Monchy ( 450 MW) et celui de Balestico (120 MW) en Corse ont été autorisés.

Notez aussi et c’est moins fun les projets de petites centrales au fioul : c’est pas clean et c’est d’autant moins cool que la plupart de ces projets se font…aux Antilles. Du fioul pour faire de l’électricité aux Antilles : comme si le soleil était rare là-bas ! Parfois, on se demande à quoi pensent les ingénieurs !

Par contre depuis mars, c’est reparti au quart de tour et c’est manifestement l’éolien qui a de nouveau le vent en poupe, si on peut dire ! Mais rappelez-vous, ce ne sont que des demandes d’autorisation. Vous ne pourrez vous y brancher que dans deux ans au mieux , si tout se passe bien.

Mais quand on additionne, année après année, cela commence à faire un début de parc intéressant (environ 12 GW fonctionnant ou sur le point de fonctionner) : en matière d’EnR comme en tout, ce sont toujours les petits ruisseaux qui finissent par faire les grandes rivières (sauf quand on y colle un barrage au milieu).

 


 [MdlJ1]Depuis quelques mois, nous avons même deux ministères pour s’en occuper, l’un pour les énegies propres, l’autre pour les autres.

 [MdlJ2]Il convient cependant de rappeler que ceux qui ont le plus pâti de ce moratoire, ce ne sont pas les grands projets mais la multitude de petits projets portés souvent par de petites gens que l’appât d’un gain apparemment facile a poussé à sauter le pas et surtout la multitude de petit installateurs recrutés par des sociétés commerciales pas toujours regardantes et qui se sont lancés « dans le solaire » pour se diversifier sans vraiment y avoir été préparé. Les deux ont pris de plein fouet l’arrêt brutal dû au moratoire. Comme quoi, c’est comme sur tous les marchés : il y a ceux qui savent et puis les autres. Et quand je pense qu’il existe des économistes pour explquer que c’est justement ces asymétrie de l’information qui fait du marché la quintessence de l’organisation économique.Décidément, nous n’avons pas les mêmes valeurs

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