les traders ne jouent pas au badmington, hélas!

Nous avons tous fait cela dans notre enfance : inventer un jeu sans règle et surtout sans arbitre. C’est tellement plus rigolo. On peut faire ce qu’on veut, on peut innover, changer quand ça nous arrange, sans tricher évidemment puisqu’il n’y a pas de règle.

Mais là où ça se gâte c’est quand on veut jouer avec la bande de la rue d’à-côté parce que là il y a autre chose que juste le fun. Il y a aussi la gagne et évidemment, ça ne rate jamais, il y a toujours un moment où un grincheux, un mauvais perdant ou un gamin dont on voit tout de suite qu’il finira juge d’instruction ou premier président intervient pour dire « qu’il y en a marre! que c’est pad’jeu! » et voilà qu’apparaissent les régles et donc les disputes autour de la règle et de son respect et de fil en aiguille dans le tournoi inter-quartier, on n’acceptera plus de jouer s’il n’y a pas un ARBITRE.

ça y est le grand mot est laché : l’arbitre. Et tous les sports du monde y ont sacrifié, même la pétanque, même le badmington. Et pourtant quoi de plus inoffensif que « le volant » me direz-vous? ça se voit que vous n’avez pas vu des sportifs de haut niveau s’affronter à ce sport : si vous n’avez pas un oeil aguerri, vous ne voyez rien passer, au-dessus ou en-dessous du filet. Bon mais passons , s’il n’y a pas d’arbitre il n’y aura pas de mort d’homme.

Et puis il y a les sports collectifs et les sports de contact. Là, c’est déjà plus risqué . Si vous avez déjà joué un peu au rugby, au handball, voire au football, vous savez que sans arbitre, ça tourne souvent à la castagne. Heureusement que le rugby est « un sport de voyou joués par des gentlemen » sinon ça ferait longtemps que sa pratique en serait interdite. Gentlemen ? peut-être mais c’est surtout l’arbitre qui fait la courtoisie. Allez voir un match en troisième division de village dans le Gers (j’aurai pu aussi bien dire l’Hérault ou le Var ou le Morbihan), et vous aurez une idée un peu spéciale de ce qu’est un gentleman. On a même mis de la vidéo pour les aider les arbitres (car ils sont trois) : ce n’est pas encore de la vidéo-surveillance mais on y va à petit pas. Au football, c’est pareil sauf qu’on parle même d’avoir un quatrième arbitre. Il y aura bientot plus d’arbitres que de joueurs sur le terrain.

Mais pourquoi vous parle-je donc ainsi de sport dans une rubrique consacrée à la banque?

J’y viens justement. Il fallait lire dès les premiers jours de 2009 dans les think tanks les plus huppés, Forum Mondial en tête, les justifications les plus abracadabrantsques pour demander le moins de règles possibles. Il fallait quand même oser juste après la plus mémorable bataille rangée qu’on ait connu sur le grand ring financier. En deux mots, ces beaux esprits voulait renvoyer l’arbitre là où l’envoie toujours au nom du beau jeu. « Il ne faut pas de régles qui nuisent à la compétitivité de nos entreprises et entravent le libre jeu du marché. »

Mais pour avoir un peu pratiqué le handball et beaucoup pratiqué le rugby, je peux vous garantir qu’avec mon mètre 70 et mes 62 kilos (à l’époque), j’étais bien content qu’il y ait des règles. J’étais pas le seul et à part quelques brutes épaisses, tout le monde en redemandait. Et pour cause : compte tenu de la violence potentielle des chocs, cela pouvait être dangereux. Et c’est pour ça que nous voulions des arbitres.

Qand je jouais au volant par contre, je m’en foutais un peu qu’il n’y ait pas d’arbitre, il n’y avait aucun risque et on avait  en plus le plaisir de trichoter un petit peu.

Et c’est là où le bât blesse. Nos traders de haut vol ont démontré qu’ils jouaient un jeu dangereux. Nous seulement ils le jouent mais en plus ils s’en vantent et y prennent un plaisir malsain. Ils ont montré qu’ils avaient une idée de ce qu’est un gentleman plus proche de celle qu’on rencontre en troisième division en Ulster ou ou du côté de Llannelly (pour changer un peu de contrée) que de celle qu’on est censé enseigné à Eton, à Rugby ou à Oxbridge.

Donc les mêmes causes provoquant les mêmes effets, laisser les traders sans arbitres FORTS et RESPECTES, c’est prendre le risque d’organiser une partie de soule ou  de bouzkachi. C’est à dire qu’il risque d’y avoir du sang et des morts. L’inconvénient, c’est que dans ce jeu-là la balle de son ou le bélier mort, ce sont quand même la plupart du temps notre épargne et qu’à ce jeu elle finira rapidement en charpie.

Quelle dommage que les traders ne jouent pas au badmington!

Quel dommage aussi qu’on sente que toutes ces autorités des marchés, ces autorités prudentielles qui se mettent en place à Paris, à Bruxelles n’ont pour l’instant d’autorité que le nom. Tant que quelques lourdes sanctions n’auront pas été prononcées, il y aura un doute sur le fair-play.

P.S. : Le badmington, quoiqu’on pense, est un sport très viril

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